Antisémitisme, les protestants portent un « regard critique » sur leur passé

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Antisémitisme, les protestants portent un « regard critique » sur leur passé

Les célébrations du 500e anniversaire de la Réforme impliquaient un travail critique sur l’œuvre de Luther, et notamment ses écrits anti-juifs.

La Fédération protestante de France s’y est attelée et a remis lundi 4 décembre aux responsables juifs un texte en forme de bilan et perspectives.  Célébrer le 500e anniversaire de la Réforme implique aussi de se pencher sur ses failles, ou ses manquements. C’est ce qu’a fait courageusement la Fédération protestante de France lundi 4 décembre à Paris, en remettant aux responsables du Consistoire israélite une déclaration fraternelle intitulée : « Cette mémoire qui engage ».

Ce texte d’une petite dizaine de pages, qui s’ouvre par une célébration des acquis de la Réforme – « l’émergence d’un souffle de liberté, d’une spiritualité de la confiance »… – se poursuit avec ce constat : un vrai travail de mémoire oblige à porter aussi un « regard critique sur le passé ». « En cette année 2017, les protestants doivent regarder en face le fait que les acteurs de la Réforme n’ont pas été en mesure de susciter une vision théologique nouvelle du rapport entre l’Église et Israël, ni renouveler leur compréhension du judaïsme », écrivent-ils. « À de rares exceptions près, les réformateurs ont reproduit la pensée anti juive séculaire qui s’enracinait dans une certaine lecture du Nouveau Testament. Ils n’ont pas su s’extraire de l’opposition à Israël dans laquelle l’Église s’étaient installée. »

Violence insoutenable

L’œuvre de Luther, lui-même, le père de la Réforme, n’est pas exempte d’anti judaïsme, reconnaît la déclaration : jeune, il demandait « un accueil et une attitude amicale à l’égard des juifs », mais progressivement « ses propos se firent plus durs, atteignant dans trois écrits des années 1542 – 1543, une violence insoutenable envers eux ». Et « si les efforts de contextualisation des historiens, sans chercher à relativiser ni excuser, en donnent des clés de compréhension, ils n’atténuent en rien leur caractère inadmissible ».

Un long chemin a été fait en particulier depuis « la tragédie de la Shoah », qui a « réveillé les consciences et engagé les Églises dans un processus de révision de leur rapport au judaïsme ». Aujourd’hui, la FPF peut réitérer sa condamnation très ferme de l’antisémitisme « sous toutes ses formes », tout en reconnaissant aussi que cet enseignement n’est « toujours pas pleinement reçu ».

Des acquis irréversibles

Elle se dit également « engagée par les acquis du processus de dialogue et de travail théologique qui a mis en évidence le lien particulier et indissoluble entre l’Église et Israël ». De fait, grâce à ce travail et à la « meilleure connaissance mutuelle » permise par les rencontres judéo-chrétiennes, les acquis sont nombreux : « la reconnaissance de l’élection irrévocable du peuple juif » ; « le rejet de toute théologie de la substitution et d’appropriation exclusive par l’Église de l’héritage juif » ; et même « l’abandon de toute mission visant la conversion des juifs ». Une « affirmation sensible », reconnaît le texte, et qui ne concerne à ce stade « que le protestantisme luthéro-réformé ».

Mais la tâche théologique reste immense, reconnaît aussi la FPF, citant au titre des « difficultés » la « tension entre l’universalité du salut en Jésus-Christ et la reconnaissance du judaïsme comme voie spécifique de rédemption »…

Reste aussi la question délicate de l’État d’Israël, qui divise en profondeur les protestants de France. « Les uns, voyant plutôt dans l’État d’Israël la réalisation d’une promesse biblique, lui accordent un soutien quasi inconditionnel. D’autres, se réclamant plutôt d’une éthique des droits de l’homme, sont sensibles à la cause du faible et de la victime en lequel ils perçoivent les Palestiniens », analysent lucidement les auteurs. La FPF reconnaît pour sa part « la légitimité de l’État d’Israël et son rôle central pour le judaïsme ». Elle le fait « tout en reconnaissant également la légitimité d’un État palestinien ».

Responsabilité citoyenne

Enfin, dans un contexte actuel « de dissolution du lien social et de repli communautariste », la FPF estime avoir un rôle spécifique à jouer avec les responsables juifs : celui de défendre un « principe de laïcité garant de la liberté de conscience et de la liberté religieuse » et de continuer à promouvoir aussi une « responsabilité citoyenne ».

Le texte avait été présenté en amont aux responsables juifs « afin qu’ils puissent être en mesure de l’accueillir et d’y apporter (leur) réponse ». Ce qu’ils ont fait par la voix du grand rabbin de France, Haïm Korsia. « Ce qui revient toujours entre juifs et protestants est la Bible et ce que nous appelons la loi orale, qui requiert un regard exégétique et respectueux à la fois sur le texte, et ce que le monde protestant appelle la critique biblique », a-t-il souligné. « L’apport de l’interprétation du judaïsme est essentiel, mais il nous faut, dans le judaïsme, mieux appréhender la spécificité protestante », a reconnu Haïm Korsia. « Et cela ne se fait que par des échanges, une meilleure connaissance réciproque et un partage des combats communs pour l’Homme et sa dignité ».

 

 

Source : la-croix.com,5 décembre 2017

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