Bilal Safa, le «justicier» de la trash TV irakienne

Want create site? Find Free WordPress Themes and plugins.

Bilal Safa, le «justicier» de la trash TV irakienne

REPORTAGE – Terroristes de Daech, égorgeurs d’enfants et tueurs en série : alors qu’une décrue de la violence semble enfin s’amorcer dans le pays, son émission «Ligne rouge» continue à le plonger chaque semaine dans le gouffre de la noirceur humaine.

Envoyé spécial à Bagdad

Son émission de téléréalité est le miroir de la brutalité de la société irakienne. On y voit défiler des égorgeurs d’enfants et des kidnappeurs maniant la scie à métaux, des crapules et des assassins en série, ainsi qu’une palanquée de terroristes de Daech, qu’ils soient simples poseurs de bombe ou grand argentier de l’organisation djihadiste.

Depuis six ans, «Ligne rouge» peut réunir plus de huit millions de téléspectateurs le mardi à 21 h 30, sur la chaîne privée al-Sumaria. Bilal Safa est – avec Ahmed Hassan, le présentateur d’un programme concurrent intitulé «Dans les griffes de la loi» – la star de la trash TV, un mode de programme en vogue sur les rives du Tigre.

Sa vie est une enquête sans fin sur le crime et le terrorisme, les deux fléaux qui s’entremêlent pour charrier un fleuve de sang, dans l’un des pays les plus violents de monde. Selon Iraq Body Count, un collectif de chercheurs et d’analystes installé au Royaume-Uni, plus de 288.000 personnes sont mortes en Irak par armes ou explosions depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003. Et environ 10.000 personnes ont été tuées lors de la bataille pour la reprise de Mossoul à l’État islamique (EI). Alors qu’une décrue de la violence semble enfin s’amorcer, Bilal Safa continue à plonger dans le gouffre abyssal de la noirceur humaine.

Interrogatoires musclés

À 36 ans, l’animateur vedette a gardé des traits presque poupins. Costume noir serré à la taille et mocassins vernis, il se définit comme un «justicier» solitaire. Son générique claque comme un coup de feu: il montre une balle filmée au ralenti et en gros plan frapper le cœur d’une cible. Images et témoignages chocs, scènes de reconstitutions dramatiques interprétées par les criminels menottés et interrogatoires musclés sont les ingrédients de la recette de son succès. Les extraits défilent sur son téléphone portable.

«Un jour, un suspect a préféré signer des aveux plutôt que d’être “invité” dans “Ligne rouge”»

Un commerçant de Mossoul raconte qu’il a vu une femme être marquée au fer rouge sur le sein par un forgeron de Daech pour avoir allaité son bébé publiquement. Un prisonnier, ancien gouverneur d’une région de l’EI, est interrogé sur le plateau par un militaire du contre-terrorisme. Bilal Safa prend le relais pour durcir le ton lorsque les réponses lui déplaisent. Facétieux, il peut aussi feindre une sieste dans son divan s’il juge qu’un accusé le mène en bateau. «J’ai questionné un bourreau de Daech qui a tué 180 personnes de sa main. Un jour, un suspect a préféré signer des aveux plutôt que d’être “invité” dans “Ligne rouge”. Certains ont reconnu des crimes dans mon émission», se félicite l’animateur.

Bilal Safa ne se contente pas de reprendre les dossiers judiciaires, il mène ses propres enquêtes pour livrer des révélations fracassantes. L’animateur est convaincu de connaître le fonctionnement de l’EI bien mieux que bon nombre de ses cadres. «C’est à la base un groupe mafieux», commente-t-il. Son robinet à scoops est alimenté par des posts publiés par son public sur sa page Facebook.

Il rentre à peine de Bassora, une ville du sud de l’Irak qu’il a fuie à la fin d’un tournage en changeant quatre fois de voiture afin d’échapper à la mafia iranienne du cristal, une drogue de synthèse aux effets dévastateurs. «Là-bas, un toxicomane a tué son père pour 40 dollars. Les pèlerins iraniens qui visitent les lieux saints chiites de Nadjaf et de Karbala transportent la marchandise dans leurs bagages. J’ai osé dénoncer l’implication de l’État iranien dans le trafic», dit-il.

Menacé de mort

Menacé de mort, Bilal Safa a été blessé à son domicile dans un attentat à la grenade. Son oncle et son frère ont été victimes de rapt, la première cause d’insécurité dans la capitale irakienne. Son père, un ancien militaire, s’est fait couper un doigt par ses ravisseurs. Des inconnus rêvent de le «découper en morceaux». La direction de Daech a proposé un poste de haute responsabilité à celui qui lui ramènerait sa tête.

Bilal Safa doit se méfier de ses ennemis mais aussi prendre garde à la justice irakienne qui voit d’un mauvais œil ce vengeur piétiner ses plates-bandes. «Elle ne reconnaît pas mon travail, se plaint-il. Mon but est de défendre les victimes et les opprimés en dévoilant des réalités cachées. J’ai le soutien du peuple. J’ai pensé à faire de la politique et à me présenter aux élections législatives, mais j’ai renoncé à mon projet pour pouvoir continuer mon émission.» Flanqué d’un garde du corps, il s’attend «toujours au pire» et avoue un «stress permanent» mais veut continuer à faire passer son «message» et dire «aux gens»: «gardez espoir, les criminels finiront par être démasqués!»

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *