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Le voile est de retour à l’école

Parents d’élèves et intervenants extérieurs sont autorisés à le porter dans l’école

parLaurence David –  CAUSEUR

©Pascal Fayolle/SIPA / 00709187_000010

Malgré la loi de 2004 sur les signes religieux, le voile est de nouveau accepté à l’école publique. La création des « espaces-parents » par Najat Vallaud-Belkacem et la possibilité pour les intervenants extérieurs de manifester leur appartenance religieuse lui permettent de s’exposer à la vue des individus les plus influençables, les enfants. 


Revenue à la une, à l’occasion d’une action commerciale, l’insubmersible question du voile n’en finit pas d’occuper le champ médiatique. Et si, pour une fois, nous l’envisagions avec des yeux d’enfants, ceux de ces petits garçons élevés dans cette conception de la femme pudique et ceux de ces fillettes qui ne naissent pas femmes voilées mais le deviennent, avec la conviction parfois intense que « c’est leur choix ».open in 0

Une école sous influence

Parce que la question du voile jouxte celle de la sexualité et de l’égalité homme/femme, la lecture du rapport parlementaire rédigé par Chantal Jouanno en 2012 se révèle particulièrement éclairante sur la façon dont se construisent, dès l’enfance,  nos normes et références en la matière. Intitulé « Contre l’hypersexualisation, un nouveau combat pour l’égalité », ce riche document, appuyé sur la recherche anthropologique, explique : « La sexualité des individus, bien qu’elle puise ses sources dans des pulsions inconscientes, est régie par des codes culturels et sociaux qui s’imposent aux individus et qui édictent le cadre dans lequel elle peut s’exprimer ‘socialement’. […] On peut noter que ces formes d’expression imposées aux femmes et aux hommes sont étroitement liées aux places et rôles assignés à ces derniers au sein de la société. La sexualité est donc une construction sociale. […] On peut définir la socialisation comme l’intériorisation des normes et des références qui permettent de devenir membre d’un groupe social, de se percevoir comme tel, et d’agir de façon appropriée dans ce groupe. […] L’intériorisation signifie que ce n’est que très rarement un apprentissage conscient. En général au contraire on apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent. »A

Ces autres, ce sont la famille, les pairs, l’école et les médias. Le rôle des deux premiers facteurs n’est plus à démontrer. La conquête des médias saute aux yeux, puisque, hors de ceux à vocation communautaire, les mannequins voilés se glissent de plus en plus dans les vitrines et campagnes publicitaires. Reste l’école… Elle a montré son impuissance à endiguer le phénomène, mais a-t-elle vraiment tout tenté ? Est-elle ce sanctuaire où l’on peut espérer qu’une autre image de la femme se construise ? L’école émancipatrice ne serait-elle qu’un mythe ?

Les « espaces-parents » de Najat Vallaud-Belkacem

Le voile pénètre l’école laïque de deux façons : par l’ingérence conviviale des parents d’élèves et, c’est moins connu, par les intervenantes extérieures.

Le sujet des accompagnatrices de sortie est connu de tous. Ce qui l’est moins, c’est que Najat Vallaud-Belkacem a jugé indispensable d’ajouter, à cette présence ponctuelle,  une présence plus continue « des signes et tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » en milieu scolaire, en inscrivant dans le code de l’éducation l’obligation d’aménager des « espaces-parents », conviviaux, à l’intérieur des écoles. Le goût pour la relation client efficace de la nouvelle mandature explique le maintien de cette politique.A

Le site ministériel Eduscol nous explique que « la relation de confiance et le dialogue entre les parents et l’école constituent un enjeu déterminant pour la réussite de tous les enfants ». « Propices aux échanges entre les personnels et les parents, ces espaces encouragent les relations entre parents eux-mêmes dans leur diversité. » Si la motivation est noble, on peut malgré tout s’interroger sur la relation que pourrait y nouer des mamans qui s’y retrouveraient, tête nue et en minorité, face à leurs pairs, toutes voilées, voire en abaya. De même, offrir un lieu de propagande par le fait, infiniment plus symbolique que le parvis de l’école, aux plus prosélytes d’entre elles, en nombre possiblement supérieur à l’équipe enseignante, interroge sur les figures d’identification que l’on souhaite donner aux petites filles scolarisées dans la même enceinte.

Intervenants extérieurs à la laïcité

Mais le plus étonnant demeure la fiche 22 du Vademecum de la laïcité, dans laquelle les sages du Conseil du même nom ont rappelé que les intervenants extérieurs « ont le droit, au même titre que les parents d’élèves, de manifester ostensiblement leurs convictions philosophiques ou religieuses ». Par ces quelques lignes, est désormais connue de tous la possibilité, pour une intervenante portant des signes religieux ostensibles, de tenir un rôle pédagogique, devenant ainsi un modèle, tant par le fond de son action, que par la forme de sa tenue, au même titre que peut l’être un enseignant.

Etonnamment, le silence règne parmi les défenseurs de la laïcité et de l’émancipation des femmes, sur cette possibilité offerte, à cet emblématique signe religieux, de s’afficher en milieu scolaire. Pourtant, des cas concrets se présentent, par exemple lorsque l’Education nationale encourage les interventions de Latifa Ibn Ziaten, par ailleurs gratifiée par le Printemps républicain d’un prix de citoyenneté. Ne peut-on s’interroger sur les conséquences de cette démarche qui contribue à renforcer la légitimité, par l’institution, d’une femme voilée donnée en modèle à des élèves ? Souvenons-nous d’un autre cas de port du voile qui a créé une polémique récemment : celui de Maryam Pougetoux,  la présidente de la section locale de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) à Paris IV. Le débat fut vif concernant cette syndicaliste dont l’action ne ciblait que de jeunes adultes. Mais alors, ne doit-on pas réfléchir avec encore plus d’intensité, à l’impact du signifiant et du signifié du même accessoire, sur un public adolescent, voire enfantin ? Car, soyons honnêtes, qui peut prétendre, par son regard, distinguer le sens du foulard de l’une de celui de l’autre ? Surtout avec des yeux d’enfants…

« On apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent »

Face à ce constat, l’espoir réside dans l’avènement d’un courage politique, éclairé par les mots de Jean Zay. Dans sa circulaire  du 31 décembre 1936, il définissait  « les enfants ou les jeunes gens » en ces termes : « Encore peu conscients des risques encourus et dont l’inexpérience et la faculté d’enthousiasme sont exploités ». S’il évoquait alors la propagande politique, le risque demeure pour le prosélytisme religieux à l’œuvre aujourd’hui. Découlant de ce prisme d’analyse, la loi de 2004, fut un premier rempart face au pouvoir d’intégration par pression des pairs de la pratique du voilement. Mais alors, pourquoi, aujourd’hui, renforcer la puissance de l’exemplarité des mères et des intervenantes en tenue « pudique », en les laissant affirmer leur présence dans l’enceinte scolaire

Il sera trop tard lorsque des associations, plus ou moins bien intentionnées, auront exploité la faille de la fiche 22 du Vademecum, pour faire de leurs intervenantes, dont l’aura et le statut se rapproche de celui d’une enseignante, les chevaux de Troie de la vision rétrograde du rôle de la femme, au nom de ce partenariat entre acteurs de terrain que valorise le ministère de l’Education nationale.

« On apprend les normes parce que les autres autour de nous les appliquent », disait le rapport Jouanno. La présence de femmes voilées, sur le temps scolaire, dans un rôle pouvant aller jusqu’à la conduite d’activités éducatives, contribue donc tout autant que le voilement des fillettes, à conditionner les enfants à une vision hiérarchisée des sexes. Pour que l’école ne concoure pas à faire de ce particularisme une norme, emmenant dans son sillage une conception rétrograde du rôle de la femme, il est urgent d’oser sanctuariser l’école face à la pénétration de tout signe religieuxG

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Antisémitisme: une peste plus rouge que brune

parElisabeth Lévy – 19 février

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Manifestation des gilets jaunes, 9 février 2019. Auteurs : Francois Mori/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22299320_000001

Affirmer, comme le font certains, que « les gilets jaunes sont antisémites », est à la fois une insulte et une sottise. Mais il y a des antisémites parmi eux.  On notera que les expressions anti-juives sont devenues de plus en plus récurrentes à mesure que le mouvement s’est gauchisé. 


Ce sera un chouette festival de proclamations républicaines. On se serrera les uns contre les autres, on répètera sur tous les tons que l’antisémitisme c’est mal et qu’on est contre. On dira en boucle qu’attenter aux juifs c’est attenter à la France. Les chaînes infos feront des « spéciales », les journaux titreront sur « le sursaut ». Les injures lancées à Alain Finkielkraut ont déclenché la mobilisation générale qui n’a pas eu lieu après l’assassinat de quatre enfants et d’un adulte juifs à l’école Ozar Hatorah de Toulouse en mars 2012. L’appel à « l’union contre l’antisémitisme » et à la manifestation de ce mardi a été publié quelques jours avant l’agression de l’académicien. Mais c’est l’émoi soulevé par celle-ci qui a sonné le branle-bas de combat. Ainsi, si le président a renoncé à ouvrir la marche, une grande partie du gouvernement sera présente derrière le Premier ministre. Il y aura même François Hollande qui avait tellement de mal à évoquer l’antisémitisme des quartiers. Le soir, tout le monde se félicitera de cette belle journée pour la République. Peut-être même parlera-t-on de « l’esprit du 19 février ».

L’alya de l’intérieur

Depuis des années, nous évoquons régulièrement – trop pour certains ­- la montée d’un antisémitisme qui a provoqué chez les juifs de banlieue une « alya de l’intérieur », beaucoup ayant quitté les villes islamisées pour se regrouper dans des zones plus sûres. Nous avons enragé du déni qui a recouvert cette tragédie à bas bruit que beaucoup ne voulaient pas voir. Nous devrions donc nous réjouir de ce que la haine des juifs devienne une grande cause nationale. Après tout, un excès  de bons sentiments vaut mieux que les mauvais ou que l’indifférence. Sauf qu’il y a un loup et même plusieurs.

Il y a l’usure des mots, des slogans, des marches, des bougies et de l’indignation elle-même. Certains rêvent d’un petit 11 janvier.

Il est vrai que les foules sentimentales sont réconfortantes. On a envie d’en être, de marcher et de marcher. Seulement, on sait ce qu’il est advenu de l’esprit du 11 janvier et de nos belles promesses de défendre la liberté d’expression et la laïcité. Dans nos banlieues, la sécession islamiste a continué à progresser, s’appuyant sur les calculs politiques des uns, la résignation des autres et notre indifférence à tous. Alors j’ai de plus en plus de mal à croire aux phrases qui commencent par « nous n’accepterons pas », « nous ne tolérerons pas », « nous résisterons » car elles précèdent souvent les abdications en rase campagne. On déclare, la voix grave, que rien ne sera plus comme avant. Et tout est comme avant. Ou pire.

L’obsession de Rothschild et des sionistes

Et puis, c’est un peu délicat à écrire, mais on peut craindre que cette focalisation subite et exclusive sur le malheur juif  finisse par lasser. D’accord, il y a ces tags et ces chiffres inquiétants. L’obsession de Rothschild et des sionistes qui dirigent le monde qui court les réseaux sociaux sur fond de désastre éducatif. Mais nombre d’autres groupes souffrent. Ne faudrait-il pas par exemple faire aussi place à la tristesse des catholiques qui voient des églises profanées ? Les images terribles d’autels souillés, de statues dégradées, de tabernacles déversés n’auraient-elles pas dû faire la « une » de nos journaux et tourner en boucle sur nos écrans ? On n’aimerait pas que des catholiques en arrivent, par délaissement, à penser qu’il n’y en a que pour les juifs. Comme le dit Alain Finkielkraut, « nous sommes dans le même bateau ».

Ce qui reste de la gauche (renforcée sur ce terrain qui ne mange pas de pain par la droite et la macronie) voudrait bien rejouer Carpentras et le bon temps de la lutte antifa. Rappelons pour la jeunesse qu’en 1990, après la profanation de tombes juives dans le cimetière de Carpentras, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à Paris, derrière le président de la République soi-même. Contre le « F-Haine » et Jean-Marie Le Pen. Pas de chance, on découvrira des années plus tard que les néo-nazis qui ont fait le coup n’avaient strictement aucun lien avec le parti lepéniste. Ces jours-ci, on n’en a pas moins entendu beaucoup d’élus et de responsables de gauche invoquer cette scène fondatrice et appeler le président à participer au remake. Tous contre qui vous savez, on allait bien s’amuser. Ainsi, alors que même la France insoumise était finalement invitée après quelques atermoiements, le Rassemblement national et Debout la France ont d’abord été oubliés. Ce qui revenait à les désigner sinon comme fauteurs d’antisémitisme, comme suspects. La ficelle était un peu grosse et pas mal de voix se sont élevées pour dénoncer cette exclusion, comme celle de Jean-François Kahn qui a déclaré sur BFM : « Marine Le Pen a beaucoup de défauts, mais pas l’antisémitisme. » Olivier Faure, le patron du PS qui était à la manœuvre a finalement déclaré qu’elle était la bienvenue de même que tous les électeurs du Rassemblement national. Ce à quoi elle a répliqué qu’elle organiserait son propre hommage, ne voulant pas défiler avec tous les responsables de la montée de l’islamisme et de l’antisémitisme qui va avec. Elle se demande par ailleurs pourquoi le gouvernement ne fait rien contre les milieux d’extrême droite qui sont archi-connus.

Tous n’ont pas en tête le même antisémite

Toutefois, il ne les a pas inventés, ces dérapages. Au sein du mouvement et sur les réseaux sociaux où il s’exprime, on a vu se déployer les éléments de langage du conspirationnisme qui mènent toujours aux juifs. Affirmer, comme le font certains, que « les gilets jaunes sont antisémites », est à la fois une insulte et une sottise. Mais il y a des antisémites parmi eux. Il y en a aussi chez les bouchers-charcutiers ou les cégétistes. On peut cependant observer que ces expressions anti-juives sont devenues de plus en plus récurrentes à mesure que le mouvement s’est mélenchonisé et même nuitdeboutisé. Parmi les pionniers des ronds-points, beaucoup sont partis, lassés d’entendre parler de Palestine et de vegan. Les défilés sont de plus en plus noyautés par des groupuscules organisés d’extrême droite et d’extrême gauche, sans oublier quelques islamistes en colère, auxquels se joignent quelques bataillons indigénistes, ou les membres de Justice pour Adama et de quelques autres associations, tout cela reformant le fond de sauce haineux du « Jour de colère ».

Antisémites au nom de l’antiracisme

Nombre de commentateurs ont souligné triomphalement que les déclarations antisémites intervenues dans les marges de la mobilisation des Gilets jaunes n’avaient rien à voir avec les musulmans. Sans doute ont-ils raison, quoi qu’il n’y ait guère moyen de le savoir. De toute façon, que l’antisémitisme islamiste ne soit pas au cœur de l’actualité ne permet pas de conclure à sa disparition. Et le « on est chez nous » lancé à la face de notre plus cher mécontemporain jouait bien la musique du grand remplacement. Surtout, au lieu de se demander qui sont les antisémites, exercice voué à l’échec car ils ne forment pas un groupe homogène, on ferait mieux de s’interroger sur la nature de l’antisémitisme qui a cours aujourd’hui. On ne dénonce pas les juifs comme juifs, mais comme capitalistes, comme colonialistes, et comme sionistes. « L’antisémitisme s’exprime dans la langue de l’antiracisme », résume Finkielkraut qui l’avait vu venir en 2000 dans Au nom de l’Autre. Du coup, des députés En Marche se sont mis en tête de faire de l’antisionisme un délit. Une deuxième loi Gayssot, quelle brillante idée. Non seulement la première n’a pas fait taire le négationnisme, mais en instaurant un privilège juridique pour les juifs, elle a ouvert la course à la reconnaissance mémorielle. Certes, la haine d’Israël cache ou entraîne toujours la haine des juifs. Y répondre par la censure ne serait pas seulement contre-productif, ce serait aussi une défaite intellectuelle. En attendant, ce fatras qui séduit aussi bien des fachos que des gauchos est bien, d’un point de vue idéologique, la facette gauchiste de l’islamo-gauchisme. C’est de cette matrice, et pas des années 1930, que vient la haine des juifs déguisée en haine d’Israël qui se lâche aujourd’hui. Dans son inspiration, cette peste est plus rouge que brune. Beaucoup de ceux qui s’apprêtent à défiler préfèrent ne pas le savoir. Autant dire qu’on n’attend pas grand-chose d’une mobilisation qui a toutes les chances de rester sans lendemain, à moins qu’elle n’accouche d’autres billevesées du genre de la loi anti-antisioniste. « Tout de même, me glisse un ami, c’est quand même bien que les gens se réveillent, non ? » Peut-être. Je l’avoue, ce grand raout m’agace à l’avance, mais s’il n’y avait personne ça m’inquiéterait. Ces juifs ne sont jamais contents.

« Nouvelle forme d’antisémitisme »

par Ingrid Riocreux | Causeur.fr

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C’est triste à dire mais… heureusement qu’Alain Finkielkraut a été agressé.

Et heureusement que deux caméras se trouvaient là : celle de Charles Baudry et de Yahoo Actualités, d’après Libé.

Sinon quoi ?

Sinon, nous étions bons pour subir encore longtemps des refrains mi-faux mi-flous sur « l’antisémitisme aujourd’hui en France ».

Coïncidence, cette agression verbale violente a eu lieu juste après une succession d’actes antisémites allant de la profanation des lieux de mémoires (les arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi ont été coupés) à l’agression physique d’un enfant (le petit garçon de 8 ans à Sarcelles) et la publication des chiffres de l’antisémitisme : une hausse de 74% a été enregistrée par rapport à l’année dernière.

Mais justement, dans cette atmosphère, il était assez fascinant de voir comme le discours journalistique s’employait à rabattre les soupçons vers « l’extrême droite » et à reconstruire le portait robot fantasmatique de l’aryen blond: çà et là, on nous rappelait qu’ »il y a une tradition de l’antisémitisme en France » dans laquelle on mélange tranquillement un certain antijudaïsme chrétien et les avatars hexagonaux de l’antisémitisme national-socialiste; sur France 24, on nous disait que l’antisémitisme d’aujourd’hui « amalgame des traditions ». Certes, on évoquait un peu partout l’existence d’un « antisémitisme d’extrême gauche ». Une concession a minima.

Edouard Philippe mentionnait, il y a deux semaines, l’existence d’une « nouvelle forme d’antisémitisme ». L’expression allait faire florès ; on s’interrogeait : « existe-t-il une nouvelle forme d’antisémitisme ? » Mais cette question a bien peu de sens et l’expression du premier ministre plaît justement parce qu’elle est elliptique et même euphémistique. On a l’impression que l’on parle de la résurgence d’un phénomène ancien, qui reviendrait sous une « nouvelle forme ». Ou d’une permanence qui muterait seulement par sa forme, alors que c’est bien sa nature et son contenu qui sont en cause. En tout cas, on est prié de croire qu’on a affaire à une réalité qu’on ne sait pas, ou pas encore, nommer.

Certes, on parlait de « l’antisémitisme dans les quartiers » mais dans tous les débats que j’ai pu entendre, en tout ou parties, ce thème n’était jamais assumé par les journalistes, toujours par des intervenants invités. Ce procédé me paraît souvent symptomatique de ces situations dans lesquelles on aurait tort de prétendre qu’on ne nous dit pas la vérité, mais où, pourtant, nous avons l’impression que nous ne sommes pas tout à fait autorisés à la penser. C’est une chose, en effet, de laisser dire qu’il existe dans notre pays un antisémitisme musulman, c’en est une autre de l’affirmer.

L’épisode Finkielkraut a permis de voir et d’entendre ce qu’on ne nous affirmait pas : les journalistes ont montré les images de ce barbu hurlant « Dieu va te punir » et nous ont informés que « l’un des agresseurs de Finkielkraut  [était] membre de la mouvance salafiste ».

Mais nos médias auront à faire un examen de conscience : quand on stimule le communautarisme et la concurrence victimaire, quand on se scandalise de certaines haines et qu’on en banalise d’autres, on porte une responsabilité dans l’exacerbation des tensions qui déchirent une société.