Catégorie : TIMES OF ISRAEL

France : le FSJU envoie des masques aux survivants de la Shoah

Le FSJU a acheté plusieurs milliers de masques, qui seront envoyés par voie postale aux survivants et enfants cachés de la Shoah suivis par le service Passerelles

Par TIMES OF ISRAEL STAF

Une bénévole du Fonds social juif unifié prépare les kits de masques envoyés aux survivants de la Shoah. (Crédit : Twitter @fsju)

Une bénévole du Fonds social juif unifié prépare les kits de masques envoyés aux survivants de la Shoah. (Crédit : Twitter @fsju)

Le Fonds social juif unifié (FSJU) a lancé une nouvelle opération à destination des survivants de la Shoah.

Mise en place via l’initiative Passerelles, dédié à l’écoute, l’orientation et l’aide aux survivants, le nouveau projet vise à distribuer des masques dans le cadre de la pandémie de coronavirus.

L’association a ainsi acheté plusieurs milliers de masques, qui seront envoyés par voie postale aux survivants et enfants cachés de la Shoah suivis par le service Passerelles.

Cela leur évitera « d’aller dans un supermarché, où c’est anxiogène de faire la queue, en pharmacie… Ils recevront tous un kit de masques chirurgicaux aux normes CE », a expliqué vendredi Richard Odier, directeur général du FSJU, au micro de RCJ.

Le projet vise ainsi à les soutenir directement et touchera dans un premier temps 800 à 900 personnes, avec l’envoi de 4 000 masques – des personnes isolées et des écoles pourront également en recevoir suivant le stock disponible.

Richard Odier, directeur général du FSJU. (Crédit : fsju.org)

« C’est une action magnifique, puisqu’on vient aussi amener un petit courrier d’accompagnement, on maintient le lien avec eux, et il y a aussi les plateformes téléphoniques [du FSJU] », a expliqué Richard Odier.

Le responsable associatif rappelle ainsi que, « depuis le début de la crise, tous nos bénévoles et les équipes de Passerelles de Lyon à Nice, de Marseille à Paris, appellent tous les jours [les survivants]. Nos professionnels, nos éducateurs, nos psys, font des jeux, des devinettes, partagent des vidéos, traduisent des textes parfois en yiddish, parfois en ladino, sur Zoom ou par téléphone. […] Un lien hors du commun a été maintenu », dit-il.

FSJU@fsju

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Envoi à domicile de masques pour les survivants de la Shoah.
Opération du @FSJU avec le service d’accompagnement Passerelles.@GOLDMANNAriel @Les_Derniers @lauratenoudji @Fondation_Shoah @Shoah_Memorial @arnoklarsfeld @OdierRichard

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L’animatrice de RCJ a rappelé la nécessite des dons au FSJU (sur le site de l’association). Richard Odier a ajouté que les messages de soutien, notamment sur les réseaux sociaux, aux bénévoles du FSJU étaient également importants.

Un haut dignitaire religieux saoudien se rend à Auschwitz

Le prince Mohammed al-Issa, d’autres chefs religieux musulmans et des responsables de l’AJC doivent visiter un musée juif et une mosquée à Varsovie, et partager un repas de Shabbat

Par ADAM RASGO

Mohammed al-Issa, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, s'exprimant le 25 avril 2018 au Musée du patrimoine juif - Un mémorial vivant de la Shoah. (Capture d'écran : American Sephardi Federation)

Mohammed al-Issa, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, s’exprimant le 25 avril 2018 au Musée du patrimoine juif – Un mémorial vivant de la Shoah. (Capture d’écran : American Sephardi Federation)

Un haut responsable religieux saoudien doit visiter le camp de la mort d’Auschwitz en Pologne jeudi, avant le 75e anniversaire de sa libération par l’Armée rouge soviétique.

Mohammed al-Issa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM) basée à La Mecque et ancien ministre de la Justice saoudien, doit arriver à Auschwitz aux côtés de chefs religieux musulmans de plus de 24 pays et d’une délégation de responsables de l’American Jewish Committee (AJC).

Le président de l’AJC, David Harris, a déclaré que ce voyage représentait « la plus haute délégation de chefs religieux musulmans à avoir jamais visité Auschwitz ».

Issa, les religieux musulmans et les responsables de l’AJC visiteront le musée de l’Histoire des Juifs polonais à Varsovie vendredi, ainsi que la synagogue Nozyk dans la capitale polonaise et une mosquée locale, a déclaré Kenneth Bandler, un porte-parole de l’AJC, ajoutant que le groupe partagera également un repas de Shabbat interconfessionnel.

Ils prévoient également de rencontrer des survivants de la Shoah vendredi à la synagogue, selon une personne qui connaît les détails du voyage et qui a demandé à ne pas être nommée.

La visite prévue d’Issa à Auschwitz intervient après qu’il eut visité le US Holocaust Memorial Museum à Washington, DC, en mai 2018 et écrit un article d’opinion dans le Washington Post en janvier 2019 condamnant les « crimes odieux » des nazis. Il a également déclaré que « les musulmans du monde entier ont la responsabilité d’apprendre » les leçons de la Shoah.

La voie ferrée d’où des centaines de milliers de personnes ont été dirigées vers les chambres à gaz pour être assassinées, à l’intérieur de l’ancien camp de la mort nazi d’Auschwitz Birkenau ou Auschwitz II, à Oswiecim, en Pologne, le 7 décembre 2019. (Markus Schreiber/AP)

« J’exhorte tous les musulmans à apprendre l’histoire de la Shoah, à visiter les mémoriaux et les musées de cet horrible événement et à en enseigner la leçon à leurs enfants », avait alors écrit Issa, qui est considéré comme un allié du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman.

De 1940 à 1945, les nazis ont tué environ 1,1 million de personnes, principalement des Juifs européens, à Auschwitz. Ils ont assassiné la plupart des victimes dans des chambres à gaz.

M. Harris de l’AJC a qualifié la visite prévue d’Issa à Auschwitz de très importante, soulignant qu’il pense qu’elle permettra aux musulmans de mieux comprendre la Shoah.

« Ce voyage sera révolutionnaire. Ce n’est pas exagéré », a-t-il déclaré au téléphone.

Pawel Sawicki, un fonctionnaire du bureau de presse du Mémorial d’Auschwitz, a déclaré dans un courriel que si des ecclésiastiques, des dirigeants et des militants arabes et musulmans ont déjà visité le camp, il semble qu’Issa soit le plus haut responsable religieux à le faire.

En mai 2019, l’AJC et la LIM ont signé un protocole d’accord, dans lequel ils ont convenu de participer ensemble à un voyage à Auschwitz cette semaine.

Depuis 2016, Issa est à la tête de la Ligue islamique mondiale, qui mène une action missionnaire islamique dans le monde entier.

Robert Satloff@robsatloff

Honored to join Director #SaraBloomfield in escorting @MWLOrg_en sec-gen Dr. Mohammed #Alissa on comprehensive tour of @HolocaustMuseum. In January, he talked the talk on recognizing calamity/enormity of #Holocaust; today, he walked the walk.

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Robert Satloff, le directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy, a déclaré que l’organisation a historiquement propagé « une souche virulente d’écrits, de pensées et de prédications anti-Israël et antisémites », mais que, sous Issa, elle a radicalement changé d’approche, repoussant les partisans de la ligne dure et intensifiant l’ouverture aux autres confessions.

La LIM, qui a été fondée en 1962, est subventionnée par le gouvernement saoudien ; elle soutient également les mosquées et les centres islamiques dans le monde entier.

Satloff, qui a accompagné la directrice du US Holocaust Memorial Museum, Sara Bloomfield, dans sa visite du musée de Washington, a également déclaré qu’il pensait que la visite attendue du chef religieux saoudien à Auschwitz avait « une signification particulière ».

« Le fait que le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, qui représentait autrefois le pire visage du leadership musulman sur les questions liées aux Juifs et à l’histoire juive, se rende à Auschwitz – normalisant la discussion sur la Shoah et marginalisant les négationnistes – est quelque chose de remarquable », a-t-il déclaré.

Abdel Wahab al-Shahari, le directeur de la communication de la LIM, a déclaré qu’il vérifiait si Issa serait disponible pour une interview, mais n’a finalement pas dit s’il serait en mesure de le faire ou de répondre aux messages de suivi.

Mohammed al-Issa, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, aux côtés de hauts fonctionnaires saoudiens, dont le ministre adjoint de la Défense Khalid bin Salman, lors d’une rencontre entre une délégation de chrétiens évangéliques et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, le 10 septembre 2019 à Djeddah. (Délégation Joel C. Rosenberg)

Joel Rosenberg, un chrétien évangélique et un auteur américano-israélien qui a rencontré Issa à deux reprises en Arabie Saoudite, a déclaré qu’il pensait que le chef religieux saoudien avait le soutien des dirigeants de Ryad pour effectuer le voyage à Auschwitz.

« Il ne ferait certainement pas cette visite si le prince héritier ne voulait pas qu’il le fasse », a déclaré M. Rosenberg lors d’un appel téléphonique, faisant référence à Issa comme étant dans le cercle rapproché du prince Mohammed.

L’Arabie saoudite a entrepris un certain nombre de réformes sociales et économiques ces dernières années et a fait preuve d’une plus grande ouverture à l’égard d’Israël, mais a également fait l’objet de vives critiques à la suite du meurtre du chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi, qui, selon la CIA, a été ordonné par le prince Mohammed.

La semaine prochaine, Issa devrait également se rendre à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, où plus de 8 000 musulmans ont été tués en juillet 1995 par les forces serbes bosniaques.

Shalom Lévy, blessé au couteau en 2016 à Strasbourg, est décédé

Son assaillant a été reconnu pénalement irresponsable le 19 décembre, alors qu’il avait déjà attaqué un Juif en 2010

Par TIMES OF ISRAEL STAFF

Shalom Lévy, Juif loubavitch de Strasbourg qui a été grièvement blessé au couteau le 19 août 2016 dans une attaque antisémite. (Crédit : famille Lévy)

Shalom Lévy, Juif Loubavitch de Strasbourg qui a été grièvement blessé au couteau le 19 août 2016 dans une attaque antisémite. (Crédit : famille Lévy)

Shalom Lévy, Juif loubavitch de Strasbourg qui a été grièvement blessé au couteau le 19 août 2016 dans une attaque antisémite, est décédé ce dimanche à âge de 65 ans, a rapporté le journal Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Il laisse derrière lui douze enfants.

Son assaillant, un musulman âgé de 45 ans au moment des faits et qui a crié « Allah Akbar » durant l’attaque selon des témoins, a été reconnu pénalement irresponsable le 19 décembre car atteint de troubles psychiatriques. Il ne sera ainsi pas jugé et a été libéré après 18 mois en détention provisoire.

La lame de 30 centimètres avait touché Shalom Lévy au rein et au foie. La victime avait néanmoins réussi à prendre la fuite.

« Il ne s’en est jamais bien remis, ni physiquement, ni psychologiquement. C’était pourtant un homme solide, boucher de profession, qui venait tout juste de prendre sa retraite », a rapporté son avocat, Maître Raphaël Nisand, au journal alsacien.

L’assaillant avait déjà attaqué un quadragénaire juif à Strasbourg en 2010, et avait été également reconnu irresponsable dans cette affaire. Il avait ensuite passé deux ans en hôpital psychiatrique.

Évoquant l’assassin, l’avocat Raphaël Nisand ajoute : « Voilà un homme qui en est à son deuxième Juif poignardé à Strasbourg. Qu’est-ce que la justice a à nous dire par rapport à ça ? », qui explique « qu’on perd toute traçabilité de l’individu à partir du moment où il est déclaré irresponsable pénalement et qu’il sort de détention ».

L’avocat a ainsi réclamé un changement de la loi afin que « l’irresponsabilité pénale ne puisse pas jouer pour quelqu’un qui allègue des motifs terroristes ou racistes. Le terroriste qui agresse, il sait ce qu’il fait. Même s’il a un petit vélo dans la tête ».

« Ces jours-ci, il est facile de déclarer quelqu’un fou », avait déclaré peu après l’attaque Moyal, fille de Shalom Lévy, au site The Algemeiner. Elle réagissait au fait que la police n’avait pas reconnu la dimension antisémite et terroriste de l’attaque. « Tout d’abord, c’est vrai, il faut être fou pour vouloir tuer quelqu’un. Donc le gars est fou. Mais quand vous voyez mon père, c’est évident qu’il est Juif. Il a une barbe et porte une kippa. »

L’affaire évoque celle de Sarah Halimi, sexagénaire juive assassinée à Paris en avril 2017 après avoir été défenestrée. Son meurtrier, Kobili Traoré, en proie à une bouffée délirante au moment des faits, a lui aussi été déclaré irresponsable pénalement le 19 décembre par la cour d’appel de Paris.

Quand des survivants de la Shoah rencontrent les élèves d’un cours de théâtre

Le documentaire ‘Witness Theater’ montre comment des cours de comédie comblent les écarts de communication entre des octogénaires et lycéens et leurs amitiés conséquentes 

Par RICH TENORIO5 Pour The Times Of Israël

Une journée d’automne, une professeure de théâtre apprend à sa classe, formée de 24 élèves, à se promener dans une pièce et à se saluer par le regard seulement. Ce qui est plus inhabituel, c’est que ces acteurs néophytes sont un mélange de lycéens et de survivants de la Shoah.

Ce programme intergénérationnel, appelé Witness Theater, est au cœur d’un nouveau documentaire qui porte le même nom et qui a été réalisé par Oren Rudavsky. « Witness Theater » a été projeté du festival du film juif de Boston le 11 et le 14 novembre.

Le programme Witness Theater est né en Israël et il s’est exporté aux Etats-Unis, notamment à New York, par le biais d’une organisation pour les survivants de la Shoah appelée Selfhelp Community Services.

Le film de Rudavsky a été tourné à la Joel Braverman High School, à la yeshiva de Flatbush à Brooklyn, pendant la mise en oeuvre du programme qui a eu lieu au cours de l’année scolaire 2016-2017.

« L’une des raisons d’être de ce programme, c’est que ces communautés survivantes sont en train de disparaître », explique Rudavsky au Times of Israel. « C’est un projet qui vise à créer une autre génération de personnes qui sera en mesure de raconter leurs histoires ».

Selon le site Selfhelp, il y a approximativement 40 000 survivants dans la ville de New York – ce qui représente plus de la moitié de la population de survivants de tous les Etats-Unis – et leur nombre devrait chuter à 23 000 d’ici 2025 dans la Grande pomme.

Selfhelp fait état de pourcentages significatifs de survivants à New York dans un état de santé médiocre, et presque 50% de la population dont s’occupe l’organisation vit légèrement au-dessous du seuil de pauvreté fédéral américain.

La pauvreté des survivants est un phénomène mondial qui a été notamment mis en avant dans la Déclaration Terezin de la Conférence sur les avoirs liés à l’époque de la Shoah à Prague, le 30 juin 2009, qui disait qu’il « est inacceptable que ceux qui ont tellement souffert au début de leurs vies doivent vivre dans la pauvreté à la fin de leur existence ».

Au commencement du film, huit survivants rencontrent 16 élèves et leur professeure de théâtre, Sally Shatzkes. Certains vivent seuls : c’est le cas de Claudine Barbit, une survivante française âgée de 89 ans. D’autres sont des couples mariés, comme Aron et Cipora Tambor, ou Eazek et Rosa Blum. Aron, qui était âgé de 88 ans au moment du tournage, dit de Cipora dans le film : « cela fait 63 ans et demi que je suis tombé amoureux de ce visage ».

« Ils m’ont enthousiasmé », dit Rudavsky des survivants. « Certains étaient réellement des vedettes-nées. Eazek et Aron étaient des vedettes phénoménales ».

« Et », ajoute-t-il, « j’ai trouvé Claudine merveilleusement irrévérencieuse et charmante. Ces trois-là m’ont charmé dès le début ».

Rudavsky explique que les élèves qui ont rencontré le trio « se sont fortement liés à eux », notant en particulier l’un d’entre eux, Max. Pour Rudavsky, Max a été « quelqu’un de très particulier pendant tout ce processus ».

Il mentionne également Sarali et Mimi, deux autres élèves, expliquant que Mimi lui a confié un « récit poignant » au sujet de ses propres grands-parents survivants.

Oren Rudavsky, réalisateur de ‘Witness Theater.’ (Autorisation)

Le travail exigé par le théâtre permet d’unir le groupe en utilisant des moyens nouveaux – ce qui amène à Aron à plaisanter en comparant cette expérience à « un cours de psychologie ».

Rudavsky se réjouit du fait qu’il y ait beaucoup d’humour dans le documentaire.

Mais il y a aussi les souffrances endurées pendant la Shoah, que les élèves apprennent de la bouche des survivants.

Eazek, 94 ans, revient sur une vie qui avait commencé en Argentine en 1922, un pays dans lequel il était resté jusqu’en 1929. Sa famille était ensuite retournée dans sa Pologne d’origine.

Il évoque l’antisémitisme subi dans son nouveau pays, remarquant qu’il n’avait jamais rencontré ce problème en Argentine. Son père devait refuser une opportunité de partir vers la Palestine en 1936.

« Je ne sais pas pourquoi », dit Eazek.

Pendant la Seconde guerre mondiale, Eazek avait été forcé de travailler dans une usine de fabrication de munitions, dans le ghetto. Dans le film, il évoque la « peur constante » de la déportation à Treblinka, où sont morts de 700 000 à 900 000 Juifs ainsi que 2000 Roms. Un élève note que plus de Juifs sont morts là-bas que dans d’importe quel autre camp, à l’exception d’Auschwitz-Birkenau.

Dans le documentaire, Eazek clame que c’est l’amour qu’il portait à Rosa, qui travaillait également dans l’usine, qui l’avait sauvé de la déportation. Dans l’une des quelques animations présentées dans le film apparaît un wagon destiné à transporter les victimes vers le fameux camp de la mort.

Eazek dit néanmoins que « j’ai été sauvé. Ils m’ont fait descendre ».

Seconde chance : Il avait dit à un officier allemand qu’il voulait être avec la femme qu’il aimait et un gardien avait réuni le couple. Ils devaient finalement se marier et, poursuit Eazek, « cela fait déjà 74 ans que nous sommes ensemble ».

Aron, pour sa part, se souvient de sa captivité à Auschwitz-Birkenau. L’un de ses amis, un garçon de son âge, avait appris que son père était sur le point de se faire fusiller. Aron n’était pas parvenu à le retenir et son camarade s’était précipité pour se mettre à côté de son père, au sol. Les nazis les avaient exécutés tous les deux.

Extrait animé de l’invasion nazie de Paris extraite du film « Witness Theater » (Autorisation : Rudavsky)

Claudine raconte la tragédie du suicide de sa mère « juste avant la guerre » et elle indique que dans la France occupée par les nazis, « ma famille entière a été assassinée, les uns après les autres », amenant Schatzkes à suggérer une pièce écrite en l’honneur de la mère de Claudine.

« Nous sommes à vos côtés, ici, pour vous rendre hommage et rendre hommage à la mémoire de votre mère », dit Schatzkes, qui demande à Claudine de décrire cette dernière en trois mots. Ce sont finalement « très belle, talentueuse et une bonne personne » qui sont choisis – après quoi le groupe se réunit autour de Claudine et l’étreint, un moment, qui, dit Rudavsky, « est d’une certaine manière, à mes yeux, au cœur du film ».

« Pour certains survivants, il y a un processus qu’il faut comprendre, un processus thérapeutique qui intervient », explique-t-il. « Je pense que c’est, d’une certaine façon, symbolisé par ce sentiment qu’a Claudine qu’il est impossible pour qui que ce soit de réellement et pleinement comprendre autrui, en particulier lorsqu’il s’agit de quelque chose d’aussi horrible que la Shoah. C’est impossible – et pourtant c’est bien ce qui est en jeu dans ce processus ».

La survivante de la Shoah Claudine Barbot dans une production interprétée par les les étudiants de la yeshiva du lycée Flatbush Joel Braverma, le 23 avril 2017 dans le film Witness Theater (Crédit : Debbie Egan-Chin/New York Daily News)

Une expérience qui touche les élèves comme les survivants. Alors qu’Aron raconte ce qu’il a vécu à Auschwitz-Birkenau, une adolescente commence à pleurer. Aron lui dit qu’il est désolé, ajoutant : « Je pense que ça suffit pour aujourd’hui ».

« Je pense que les élèves ont leurs propres craintes d’être traumatisés émotionnellement, peut-être, de se laisser envahir par les récits, et qu’il est difficile pour eux d’écouter ces histoires », dit Rudavsky.

Malgré les difficultés, les élèves apprennent à connaître les survivants au niveau personnel. Ils vont les voir et ils apprennent les détails de leurs existences pendant et après la guerre.

Dans son habitation, Claudine montre l’étoile jaune qu’elle devait porter en France et qu’elle a conservé. Elle partage également d’autres aspects de sa vie, notamment les sculptures de feu son époux, un artiste. Et, dit-elle, elle-même a été danseuse de ballet pendant sept ans.

« Finalement, le film devient un documentaire sur la Shoah, sur les survivants de la Shoah », dit Rudavsky. « Je pense – c’est bien plus important – qu’il parle des jeunes et des personnes âgées qui parviennent à partager des choses ensemble – ce qui arrive de moins en moins ».

Rudavsky note qu’aujourd’hui, les gens sont « tous sur leurs téléphones mobiles, ils n’interagissent plus » tandis que le film présente « des interactions sans passer par le téléphone… Oui, nous vivons dans une culture jetable et au-delà de ça, dans une culture où plus personne n’a besoin de se regarder dans les yeux pour parler. Les parents ne parlent pas nécessairement aux enfants. Les enfants ne parlent pas nécessairement à leurs amis. ‘Witness Theater’ remonte à un temps où l’idée de partager quelque chose était différente ».

La survivante de la Shoah Khana Kuperman, à droite, avec Samantha Schabot, à gauche, et Diana Hoffstein, au centre, dans une production du Witness Theater ‘The Spirit of Hope,’ par les étudiants de la yeshiva du lycée Flatbush Joel Braverma, le 23 avril 2017 (Crédit : Debbie Egan-Chin/New York Daily News/ Autorisation : Rudavsky)

Evoquant le programme Witness Theater, le réalisateur indique qu’il « n’est pas surprenant pour moi qu’il soit d’origine israélienne », ajoutant qu’il lui rappelle « les premiers jours du sionisme israélien ».

« Ce sont les premières expériences du kibboutz en collectivité, lorsque les gens comptaient les uns sur les autres de manière unique et qu’ils partageaient une expérience à la fois individuelle mais qui s’appuyait toutefois sur autrui », dit Rudavsky.

« Dans le film, c’est une expérience collective. Toutes les sessions s’achèvent avec les élèves et les survivants qui se tiennent en cercle… Tout commençait et tout se terminait avec un cercle, chacun entrant dans le cercle et partageant avec le reste du groupe… S’ils se rendaient aux domiciles des uns et des autres, qu’ils sortaient ainsi du groupe, c’était le moment de ramener leurs expériences au sein du groupe », ajoute-t-il.

Les élèves incorporent tout ce qui leur a été donné d’apprendre au cours du programme dans une pièce qu’ils interprètent eux-mêmes aux côtés des survivants, qui s’émerveillent face aux lumières, aux étreintes et aux gros plans – ainsi que de la présence des médias de New York. La pièce permet de découvrir des moments glanés au cours de leurs nombreuses interactions, comme la reconstitution du refus de Claudine d’abandonner son étoile juive, qui est jouée en français.

Eazek, pour sa part, évoque sa rencontre avec Rosa, cette « jeune fille belle, gentille, pleine d’abnégation ». Max interprète l’officier allemand qui réunit le couple après qu’Eazek a échappé à la déportation à Treblinka.

Isaac Blum, survivant de la Shoah, dans « The Spirit of Hope », interprété par les les étudiants de la yeshiva du lycée Flatbush Joel Braverma, dans le film Witness Theater, le 23 avril 2017 (Crédit : Debbie Egan-Chin/New York Daily News)

Depuis que le film a été tourné, Eazek, Claudine et Aron sont décédés.

Rudavsky, pour sa part, se concentre sur la projection du film qui aura lieu dans la région de Boston après plusieurs présentations réussies – notamment au festival du film juif d’Atlanta et au festival international du film de Cleveland.

« Mon plus grand espoir, c’est que des enfants voient le documentaire », dit Rudavsky. « Qu’ils voient d’autres élèves comme eux travailler aux côtés de ces personnes âgées, pleurant, créant des liens – c’est vraiment la thématique du film. Puis tous les publics du festival. Vous savez, d’un côté, les gens ont tendance à se dire : ‘Oh, j’ai tout vu en ce qui concerne la Shoah, je sais tout’. Mais ils ne connaissent pas cette histoire ».

L’espionne française oubliée qui a dirigé le plus grand réseau de résistance

L’histoire incroyable de Marie-Madeleine Fourcade, qui a mené une opération de renseignements déterminante contre les nazis

Par RICH TENORIO1

Des renforts américains débarquent dans les jours qui ont suivi le jour-J et l'invasion, par les Alliés, de la France occupée par les nazis en Normandie, pendant la Seconde guerre mondiale, en juin 1944 (Crédit :  AP Photo/Bert Brandt, File)

Des renforts américains débarquent dans les jours qui ont suivi le jour-J et l’invasion, par les Alliés, de la France occupée par les nazis en Normandie, pendant la Seconde guerre mondiale, en juin 1944 (Crédit : AP Photo/Bert Brandt, File)

Lorsque les soldats et les responsables politiques s’étaient révélés incapables d’empêcher l’invasion de la France en 1940, une femme fit le choix de se joindre à d’autres citoyens combatifs entrés dans les rangs de la Résistance.

Issue de la classe favorisée et cosmopolite, mère de deux enfants, Marie-Madeleine Fourcade ne s’était pas contentée de rejoindre le mouvement de rébellion contre l’occupant. Elle a pris la tête de sa plus importante cellule de renseignements, Alliance, et a défié à la fois les nazis et le patriarcat français qui étouffait toute avancée des femmes.

C’est son histoire qui est racontée dans un ouvrage écrit par l’auteur de best-sellers Lynne Olson et intitulé Madame Fourcade’s Secret War: The Daring Young Woman Who Led France’s Largest Spy Network Against Hitler(non-traduit en français).

Forte de 3 000 personnes à son apogée, on compte parmi les succès de la cellule Alliance le don d’une carte aux Alliés qui faisait presque 17 mètres et qui représentait les plages de Normandie. Une carte qui devait s’avérer déterminante lors du Jour-J, dont le 75e anniversaire a été célébré cette année.

« Aucun autre réseau d’espionnage allié n’a duré aussi longtemps ni fourni de renseignements aussi cruciaux pendant tout le conflit », dit l’écrivaine, ajoutant que Fourcade a été la seule femme à avoir dirigé une organisation de la résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Marie-Madeleine Fourcade, à gauche, avec deux co-espions, Ferdinand Rodriguez, au centre, et Paul Bernard, après la guerre. (Crédit : Patrick Rodriguez-Redington)

Parce que les membres d’Alliance utilisaient des noms d’animaux comme pseudonymes, la Gestapo avait baptisé le réseau « Arche de Noé ». Le surnom de Fourcade était « Hérisson » – une créature décrite par l’auteur comme « inoffensive en apparence » mais qui n’en est pas moins un petit animal que, comme l’avait dit l’une des ses amies, « même un lion hésite à mordre ».

« La première fois que j’ai entendu parler de Marie-Madeleine Fourcade, j’ai été sidérée parce que je n’avais jamais entendu parler d’elle dans le passé », explique Olson au Times of Israel. « C’était incroyable – une jeune femme à la tête du réseau d’espionnage le plus important des Alliés et le plus influent de la France occupée. »

L’espionne française Marie-Madeleine Fourcade semblait être la mère innocente de deux enfants mais elle avait dirigé la plus importante opération de collecte de renseignements au cours de la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Chemins de Mémoire)

Constamment en fuite, Fourcade aura souffert de la capture et de l’exécution d’un grand nombre d’agents – notamment celles de son second, Léon Faye, dont elle a eu un enfant pendant la guerre. Elle-même a été arrêtée à deux occasions. Une évasion avait d’ailleurs été particulièrement difficile.

Sa carrière, après-guerre, a été marquée par un passage au Parlement européen. Elle a également apporté de l’aide aux anciens membres de son réseau et aux survivants. À sa mort en 1989, alors qu’elle était âgée de 79 ans, elle a été la première femme à bénéficier de funérailles aux Invalides, là où sont enterrés certains des héros français les plus admirés, et notamment Napoléon.

Olson estime pourtant que l’histoire a été ingrate envers Fourcade, qui, « je le pense vraiment, n’a jamais reçu l’attention qu’elle méritait ».

Olson a appris l’existence de Fourcade alors qu’elle faisait des recherches pour son précédent livre, lui aussi consacré à la guerre, Last Hope Island: Britain, Occupied Europe, and the Brotherhood That Helped Turn the Tide of War. Ancienne correspondante à la Maison-Blanche pour le Baltimore Sun, Olson a écrit plusieurs best-sellers sur les efforts du Royaume-Uni et des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire de Fourcade a suffisamment intrigué l’auteur pour que cette dernière la place au cœur de son nouvel ouvrage.

Lynne Olson, auteur de ‘Madame Fourcade’s Secret War: The Daring Young Woman Who Led France’s Largest Spy Network Against Hitler’. (Crédit : Tamzin B. Smith)

Olson a lu l’autobiographie écrite en français par Fourcade en 1968 et sa traduction en anglais ainsi que les mémoires de deux de ses anciens lieutenants, Jean Boutron et Ferdinand Rodriguez. Elle a également interviewé la fille de l’espionne, Pénélope Fourcade-Fraissinet, qu’elle avait eue avec son second époux, l’homme d’affaires Hubert Fourcade. Des recherches et des rencontres qui ont aidé Olson à raconter l’histoire d’une femme qui aura vécu une existence incroyable.

Née Marie-Madeleine Bridou à Marseille, la future espionne a passé les premières années de son enfance à Shanghaï, où son père était cadre dans une compagnie maritime. Après la mort de ce dernier, la famille est retournée en France – mais elle a recommencé à voyager après avoir épousé son premier mari, l’officier de l’armée française Édouard-Jean Méric, qu’elle a accompagné au Maroc. Ils ont eu deux enfants, Christian et Béatrice, avant de se séparer en 1933.

Dans le Paris d’avant-guerre, elle a travaillé dans l’industrie de la radio, passé une licence de pilote et pris part à des courses automobiles. Et en 1936, lors d’un rassemblement social en présence notamment de Charles de Gaulle, futur leader de la résistance française, Fourcade a rencontré un agent des renseignements militaires français qui s’appelait Georges Loustaunau-Lacau. Il a alors recruté Fourcade pour une opération privée dont l’objectif était de collecter des informations sur le programme militaire croissant de l’Allemagne.

Les craintes face à l’Allemagne s’étaient avérées justifiées avec le Blitzkrieg et la chute de la France en 1940. Au mois de septembre de cette année-là, Loustaunau-Lacau a fondé Alliance, adoptant le nom de code de Navarre. Dès la création du réseau, Fourcade a eu la responsabilité du recrutement des agents.

‘Madame Fourcade’s Secret War: The Daring Young Woman Who Led France’s Largest Spy Network Against Hitler,’ écrit par l’auteur Lynne Olson. (Autorisation/Random House)

« Il lui a beaucoup appris », dit Olson en évoquant Loustaunau-Lacau. « Mais elle a tiré seule les leçons de ses réussites et de ses échecs. »

Et tandis que la tâche était difficile, ajoute Olson, « elle a appris les choses très rapidement ».

Initialement, « elle recrutait des agents et collectait des renseignements sans savoir où les envoyer. Elle avait très peu d’argent et elle apprenait en improvisant, ce qui était le cas dans la résistance en général à cette période-là », note Olson.

Mais au mois d’avril 1941, Alliance a établi un partenariat avec le M16, agence de renseignements britannique – avec à sa tête notamment le commandant Kenneth Cohen, un Juif originaire de Grande-Bretagne qui dirigeait les opérations de l’institution depuis Vichy.

Fourcade avait demandé à Navarre de ne dévoiler ni son nom, ni son sexe à Cohen quand les deux hommes s’étaient rencontrés à Lisbonne.

Le parrainage britannique d’Alliance a « ouvert les vannes », explique Olson.

« Ils ont envoyé beaucoup d’argent et des transmetteurs radio. Elle a alors été en mesure de faire ce qui était nécessaire pour créer un réseau de résistance et de renseignements viable et important qui pouvait accumuler et collecter les informations et les envoyer en Angleterre de manière à ce que les Britanniques puissent en faire usage. »

Néanmoins, au mois de juillet 1941, Navarre a été capturé après un coup d’Etat raté anti-Vichy en Algérie. C’est alors que Fourcade s’est présentée pour prendre la tête d’Alliance.

« C’était extraordinaire », s’exclame Olson. « Elle a juste pris la décision de le faire. »

Marie-Madeleine Fourcade lors d’une session plénière du gouvernement européen, en 1980. (Crédit : Union européenne)

Elle s’inquiétait pourtant de ne pas être prise au sérieux par le M16 parce que femme.

Ce qui devait la convaincre de dévoiler son identité aux Britanniques avait été une opération de répression du régime de Vichy à l’encontre d’Alliance, qui avait compris l’arrestation de la mère de Fourcade.

L’espionne a alors pris la décision de rencontrer le M16 en Espagne. Boutron, son lieutenant, l’a conduite dans sa Citroën par-delà la frontière cachée dans un sac de courrier postal – une épreuve qui a duré huit heures.

Lorsqu’elle est arrivée à Madrid et après un message envoyé à Cohen dans lequel elle lui révélait son sexe, plusieurs heures ont passé avant que l’espion britannique ne donne son feu vert au prolongement de sa coopération avec Alliance.

« Elle était, à ce moment-là, si précieuse, si importante pour le M16 que les militaires britanniques ont passé outre le fait qu’elle était une femme », explique Olson. « Alliance fournissait des informations de grande valeur. Cette femme était très particulière. »

Olson note que Fourcade savait se faire obéir de la majorité des membres masculins du réseau – un grand nombre d’entre eux étaient d’anciens militaires – ainsi que des presque 20 % de femmes d’Alliance. Les agents de Fourcade devaient réaliser des opérations remarquables.

La fausse carte d’identité de Marie-Madeleine Fourcade au nom de Marie-Suzanne Imbert. (Crédit : Granger)

Détesté par les Français car vu comme un collaborateur, Jacques Stosskopf affichait tant de diligence dans son travail pour l’amiral Karl Donitz à la base des sous-marins allemands à Lorient – la plus importante base de ce type dans le monde – que ses supérieurs ne devaient jamais soupçonner qu’il transmettait des informations à Alliance.

« Les sous-marins allemands décimaient les navires marchands britanniques », explique Olson. « Il a envoyé tant et plus de renseignements sur les lieux où ils se trouvaient de manière à ce que les Britanniques puissent s’en débarrasser. Ce que savait cet homme était extraordinaire. »

Robert Douin, artiste et sculpteur, avait créé une carte de 17 mètres représentant les plages de Normandie et les fortifications allemandes qui devait s’avérer « incroyablement importante » le jour-J, ajoute Olson. « C’était une carte vraiment très grande – il fallait visualiser une carte répertoriant les lieux déterminantes le jour-J. »

Illustration : Une roquette V-1 allemande s’abat sur une ville indéterminée du sud de l’Angleterre, le 22 juillet 1944. (Crédit : AP Photo)

Jeannie Rousseau, une traductrice germanophone âgée d’une vingtaine d’années, avait flirté avec des officiers allemands en tentant de leur faire révéler les plans nourris par Hitler concernant les roquettes de type V-1 et V-2 qui devaient détruire l’Angleterre et empêcher le Jour-J. L’opération de Rousseau avait entraîné le raid des Alliés sur Pennemünde, en Allemagne, le 17 août 1943, qui avait dévasté le centre d’essai et de lancement de missiles qui était alors le plus important du monde.

Rousseau, Douin et Stosskopf ont tous été capturés en 1944 – des centaines d’agents d’Alliance ont été arrêtés durant toute la guerre. Rousseau a été emprisonnée dans plusieurs camps de concentration mais a survécu et s’est finalement éteinte alors qu’elle était presque centenaire.

Pour leur part, Douin et Stosskopf ont été exécutés, comme de nombreux autres et notamment Faye, le second de Fourcade, qui était aussi l’homme qu’elle aimait.

Quand la Gestapo a capturé Faye, au mois de septembre 1943, dit Olson, « elle a perdu l’homme qu’elle adorait. Elle n’a jamais su ce qu’il était devenu ».

Faye et d’autres agents d’Alliance se trouvaient en fait dans les camps de concentration allemands. Faye a été tué au mois de janvier 1945.

« Elle a eu clairement le cœur brisé par la mort de Faye », dit Olson. « Elle ne s’en est jamais réellement remise. »

Fourcade a eu un fils avec Faye, né au mois de juin 1943.

« Elle était en fuite et enceinte, ce qui rend d’autant plus remarquable la manière dont elle est parvenue à faire ce qu’elle a fait », indique Olson. L’enfant avait été caché dans le sud de la France.

Craignant que les Allemands ne capturent ses deux autres enfants, Fourcade les avait envoyés hors de France, en Suisse. Inquiète d’être elle-même arrêtée si elle leur disait au revoir, elle avait observé leur départ, les voyant quitter le bâtiment de Lyon dans lequel elle se cachait.

Marie-Madeleine Fourcade après son évasion de prison, avec des hématomes et des écorchures sur son visage et sur son cou. (Crédit : Granger)

À la frontière, ceux qui les avaient escortés s’étaient enfuis, craignant les Allemands. Mais les enfants étaient parvenus à réussir leur évasion.

« [Fourcade] a découvert les détails de l’histoire après la guerre », note Olson. « Cela a été dur, vraiment très dur pour elle. »

Fourcade aura été amenée, pour sa part, à s’échapper à deux occasions.

La première fois, en 1942, des policiers de Vichy qui étaient secrètement des amis de la résistance étaient venus à son secours. La seconde fois, en 1944, elle s’est faite arrêter par la Gestapo.

Cette dernière « savait qu’elle était une espionne mais elle ignorait qu’elle était Marie-Madeleine Fourcade », raconte Olson. « Elle était terrifiée à l’idée qu’ils ne le découvrent rapidement et qu’ils la torturent. »

« Elle avait même réfléchi à se suicider à l’aide une pilule de poison », ajoute-t-elle.

Olson explique qu’elle a finalement « ôté tous ses vêtements et qu’elle est parvenue à faire passer son corps mince à travers les barreaux de la cellule de sa prison. Elle a sauté – et, autre détail incroyable auquel je pense toujours, elle avait pris sa robe entre ses dents. Elle a rampé dans la rue sur ses mains et sur ses genoux, elle a remis sa robe et elle a fui ».

Olson explique que c’est « seulement un des nombreux exemples » qui sont susceptibles de démontrer pourquoi « cette femme incroyable » aura été « tellement frappante et intéressante ». 

L’auteur espère que le livre réussit ainsi à retransmettre cela. « Les critiques sont toutes très bonnes, extrêmement bonnes », continue Olson. « Leur thématique la plus habituelle est la suivante : Comment cela se fait-il que nous n’ayons jamais entendu parler de cette femme auparavant ? »

« D’autres femmes ont été oubliées en France et ailleurs. Il est grand temps que nous apprenions également à les découvrir », s’exclame-t-elle.

Le Mossad a peut-être tenté de récupérer le corps d’Eli Cohen

L’agence de renseignement israélienne aurait mené une opération en Syrie il y a 40 ans pour récupérer la dépouille du légendaire espion

Par TIMES OF ISRAEL STAFF

Cette photo sans date montre l'espion israélien Eli Cohen en Syrie alors qu'il porte un bracelet retrouvé par le Mossad en 2018. 
(Bureau du Premier ministre)

Cette photo sans date montre l’espion israélien Eli Cohen en Syrie alors qu’il porte un bracelet retrouvé par le Mossad en 2018. (Bureau du Premier ministre)

L’agence israélienne de renseignement du Mossad aurait essayé de faire sortir la dépouille du légendaire espion Eli Cohen de Syrie il y a environ 40 ans, selon un enregistrement fait par le frère de Cohen, Maurice, et qui a été diffusé sur la Douzième chaîne.

Dans l’enregistrement qui aurait été effectué par Maurice Cohen – lui-même un agent du Mossad – dans une conversation avec un historien avant sa mort en 2006, Cohen parle de l’incertitude entourant le site où son frère a été enterré et d’une tentative sans succès de récupérer le corps.

Cohen avait infiltré les plus hautes sphères du pouvoir syrien au début des années 1960 et a obtenu des renseignements top-secrets avant d’être démasqué et exécuté publiquement à Damas en 1965.

« Il y a une version affirmant que l’ancien président Amin al-Hafiz a mis (son corps) dans un camp entouré par un bataillon de tanks pour le protéger », a déclaré Maurice Cohen dans l’enregistrement diffusé mercredi.

« Après le président Assad, le père défunt, ils ont dit qu’il avait creusé une énorme fosse et placé une bombe à gaz à l’intérieur et l’a recouverte de béton ».

Eli Cohen, agent espion du Mossad, exécuté en Syrie en 1965. (Crédit: capture d’écran YouTube)

« D’autres ont affirmé que des responsables syriens impulsifs auraient brûlé le corps, mais je doute que cette version soit correcte parce qu’il s’agissait d’une monnaie d’échange politique très importante », a-t-il dit.

Selon Cohen, la raison du secret qui entoure cette affaire en Syrie vient du fait que le Mossad avait déjà essayé de faire sortir le corps du pays.

« Je suis presque sûr qu’ils le gardent dans un secret très strict en Syrie, que très peu de gens savent où il se trouve, parce qu’il y a eu une tentative d’enlever le corps, a déclaré Cohen. Il a été transporté à proximité de la frontière entre la Syrie et le Liban ».

Il n’a pas donné d’autres détails dans l’enregistrement sur la tentative ni pourquoi elle avait fini par échouer. La Douzième chaîne a dit que la tentative avait eu lieu il y a 40 ans.

Sophie, la fille d’Eli Cohen, a déclaré à la Douzième chaîne qu’elle n’avait jamais entendu parler de cette information auparavant, et elle a appelé le gouvernement à publier toutes les informations dont il dispose sur le sujet.

Le reportage sur la localisation de Cohen a été diffusé après des semaines de spéculations selon lesquelles la Russie aurait trouvé son corps, une information qui a été démentie par le Bureau du Premier ministre et qui a été fermement réfutée par Moscou.

Citant des informations non-confirmées de groupes de l’opposition syrienne, des médias israéliens ont déclaré plus tôt ce mois qu’une délégation russe avait récupéré la dépouille de Cohen en Syrie.

Des officiels israéliens ont gardé le silence après la révélation de ces informations. Israël avait auparavant fait appel à la Russie pour l’aider à retrouver Cohen.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères russe a formellement rejeté ces informations, en publiant un communiqué qui « réfute fermement » cette affirmation, présentée comme une « provocation ».

Le ministère russe a demandé aux médias israéliens de faire preuve de plus de « précision, de professionnalisme et d’honnêteté pour couvrir des questions aussi sensibles ».

La Russie, qui est un allié du président syrien Bashar al-Assad, a récemment aidé Israël à retrouver et à récupérer la dépouille du soldat israélien Zachary Baumel qui avait disparu en 1982 pendant la première guerre du Liban.

Le Premier minister Benjamin Netanyahu (à droite) et Valery Gerasimov, le chef de l’Etat major russe, lors d’une cérémonie officielle, le 4 avril 2019, au cours de laquelle Israël a reçu la dépouille du soldat israélien Zachary Baumel. (Kobi Gideon / GPO)

La dépouille de Baumel a été renvoyée en Israël plus tôt ce mois, après 37 années d’efforts pour retrouver son corps. Des officiels israéliens recherchent toujours deux soldats capturés et tués dans la même bataille : Tzvi Feldman et Yehuda Katz.

Le corps de Cohen n’est jamais revenu de Syrie malgré des décennies d’appels lancés par sa famille.

Cohen avait infiltré les plus hauts-rangs des responsables politiques syriens dans les années qui avaient précédé la guerre des Six jours, en 1967, et les informations qu’il avait obtenues auraient joué un rôle déterminant dans la réussite sidérante de l’Etat juif au cours de ce conflit.

Cohen avait été traduit en justice et exécuté pour espionnage par le gouvernement syrien le 18 mai 1965, après être parvenu à infiltrer ce dernier sous le nom d’emprunt de Kamel Amin Thaabet pendant quatre ans.

L’année dernière, l’agence de renseignements du Mossad avait découvert une montre-bracelet qui avait appartenu à Cohen et elle l’avait ramenée en Israël lors d’une opération spéciale. Le bureau du Premier ministre n’avait pas expliqué comment la montre, qui se trouvait entre des « mains ennemies », avait été récupérée.

La montre qui appartenait à l’espion israélien Eli Cohen, ramenée en Israël le 5 juillet 2018. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Au fil des années, Nadia Cohen avait appelé en vain le gouvernement syrien à rendre la dépouille de son défunt mari. En 2008, un ancien chef de bureau de feu le président syrien Hafez al-Assad avait clamé que personne ne savait où Cohen avait été inhumé.

« Le corps avait été déplacé après un jour ou deux », avait noté Monjer Motsley dans un entretien. « Nous redoutions alors qu’Israël envoie des forces pour le récupérer ».

« C’est difficile de retrouver les ossements de Cohen », avait-il ajouté.
« Assad avait promis de les rendre à Israël mais lorsqu’il a demandé aux responsables de la sécurité de le faire, ils lui ont répondu : ‘Nous ignorons où se trouve sa tombe, monsieur’, et il n’a donc pas été en mesure de tenir sa promesse ».

Pour un prix Nobel de mathématiques juif, la théorie des jeux serait la solution

À Jérusalem, Robert Yisrael Aumann raconte son histoire entre l’Allemagne et New York, et dissèque le conflit israélo-palestinien

Par AMANDA BORSCHEL-DAN

Le Prix Nobel israélien, le professeur Robert Yisrael Aumann (à droite) s'entretient avec le journaliste Matthew Kalman lors d'un événement organisé par le Times of Israel Presents, organisé en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

Le Prix Nobel israélien, le professeur Robert Yisrael Aumann (à droite) s’entretient avec le journaliste Matthew Kalman lors d’un événement organisé par le Times of Israel Presents, organisé en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

En avril 1938, deux garçons juifs à Francfort, en Allemagne, discutent de l’arrestation du rabbin de leur communauté dans le mois ayant suivi l’annexion de l’Autriche. Comme seulement 1 % des citoyens allemands, leur rabbin a voté contre le référendum du 10 avril qui demandait : « Approuvez-vous la réunification de l’Autriche avec le royaume allemand réalisée le 13 mars 1938 et votez-vous pour la liste de notre Führer, Adolf Hitler ? »

Lors d’une soirée portant sur des histoires et des explications académiques organisée par le Times of Israël, en partenariat avec Beit Avi Chai, le mathématicien et prix Nobel Robert Yisrael Aumann a déclaré au théâtre bondé de Jérusalem que lui et son grand frère, sur le moment, pensaient que le rabbin devait être arrêté et emmené dans un camp de concentration.

« Le rabbi l’avait bien cherché », se souvient-il s’être dit. « Il le méritait, car on était supposé voter oui », a déclaré Aumann, expliquant le processus de sa réflexion lorsqu’il avait à peine 8 ans.R

« Nous étions deux enfants juifs dans l’Allemagne nazie, tellement influencés par le narratif qui nous entourait que nous, enfants juifs, c’est ce que nous pensions ! », a déclaré Aumann, encore surpris, des années plus tard.

En 2005, Aumann a reçu le prix Nobel en Sciences économiques. Le professeur de l’Université hébraïque est surtout connu pour ses travaux sur l’analyse de la théorie des jeux, qui ont pour objectif de trouver des modèles mathématiques et stratégiques conduisant à des solutions aux conflits menés par des organismes rationnels. Une grande partie de la solution, a déclaré Aumann, réside dans les mesures incitatives.

La théorie des jeux est utilisée dans des situations où les joueurs interagissent et visent différents objectifs, a déclaré Aumann. Il peut être appliqué à presque toutes les zones de conflit, de l’achat d’une maison à la paix au Moyen-Orient.

Interrogé par le journaliste Matthew Kalman, Aumann fait des pauses et réfléchit avant de répondre aux questions les plus difficiles, tout en racontant sa vie avec humour et comment il est arrivé à la fois à sa spécialisation dans les mathématiques et dans un État jeune, Israël, en 1956.

Aumann a raconté comment sa famille, très pratiquante, avait fui l’Allemagne nazie juste avant la Nuit de Cristal et était arrivée aux États-Unis par voie maritime, en couchette première classe.

« Nous ne pouvions pas emmener de l’argent d’Allemagne », a-t-il déclaré. La famille a donc expédié tous ses biens durant ce voyage, dont un magnifique piano Steinway, toujours en possession des Aumann.

Une fois sur les côtes new-yorkaises, cependant, les parents ont dû multiplier les petits boulots pour joindre les deux bouts. Il a dit qu’il avait eu une belle enfance, à la fois en Allemagne et à New York.

Le professeur Robert Yisrael Aumann, lauréat du prix Nobel israélien, prend la parole lors d’un événement du Times of Israel Presents, organisé en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

« Nous achetions des œufs fêlés, qui étaient moins chers, mais c’étaient des œufs », a-t-il dit en haussant les épaules. « Nous allions bien. »

Ce sont les difficultés financières de sa famille qui ont initié le futur mathématicien à la théorie des jeux. Sa mère apportait parfois des friandises à la maison, telle une barre chocolatée, à partager entre les deux fils. Comme la plupart des enfants, ils se plaignaient de la division des bonbons.

Sa mère eut une idée brillante : Aumann divisait puis son frère Moshe choisissait. De cette façon, aucun des deux ne pouvait se plaindre et Aumann fut incité à couper les parts de manière équitable. Comme tout bon fils juif, a-t-il ri, il doit son succès à sa mère.

Quand on lui a demandé pourquoi il a été attiré par les mathématiques, il a réfléchi et a répondu : « C’est beau, c’est beau. » Il aime la pensée précise, – « un art ».

Un jeu aux conséquences graves

Ayant atteint l’âge adulte pendant la guerre froide, la plupart des premiers travaux d’Aumann sur la théorie des jeux portaient sur la réflexion stratégique concernant la réduction de la course aux armements entre l’Union soviétique et les États-Unis.

C’était une période existentiellement effrayante et dans les années 1960, par exemple, il y avait une tendance aux États-Unis de la part des particuliers à construire des abris anti-bombes. Les Soviétiques, a-t-il dit, y voyaient un comportement extrêmement agressif, comme s’ils se préparaient à une deuxième frappe. Dans l’esprit soviétique, les abris anti-bombes signifiaient que les Américains allaient attaquer, puis se terrer lors de la réaction soviétique.

« La théorie des jeux était la colonne vertébrale de la politique de la période de la guerre froide », a-t-il déclaré, ajoutant que l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger avait été professeur sur le sujet à l’université de Harvard.

Professeur Yisrael Robert Aumann (Flash90)

La clé, a-t-il déclaré, est de maintenir un « équilibre de peur » tel que les deux camps n’utilisent pas leur stock d’armes en plein essor.

Lors de la crise des missiles cubains de 1962, toutefois, cet équilibre fut mise en péril, a déclaré Aumann, « Je pensais que le monde serait anéanti dans trois semaines. C’était effrayant ! »

Trouver un équilibre de la peur au Moyen-Orient

Tout le monde veut la paix au Moyen-Orient, a déclaré Aumann, toutefois, cela peut avoir pour conséquence de l’éloigner au contraire. Cela s’applique également à toutes les « concessions », telles que le désengagement de Gaza de 2005, dans lequel Israël a unilatéralement retiré les habitants de ses implantations et ses troupes de la région, qui est rapidement devenue un bastion de l’organisation terroriste Hamas.

« Quand vous criez : ‘paix, paix, paix’, c’est un signe [pour l’adversaire] de faire monter les enchères », a déclaré Aumann. « L’expulsion de Gaza – c’est de l’histoire ancienne – était une très très mauvaise décision », a-t-il déclaré, et a enseigné aux Palestiniens que, s’ils mettaient suffisamment de pression, Israël capitulerait. « Nous les incitons à continuer », a-t-il déclaré.

Israeli Le Prix Nobel, le Prof. Robert Yisrael Aumann, prend la parole lors d’un événement du Times of Israel Presents, produit en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

« La sagesse commune – ou la folie – consiste à penser que faire des concessions amènera la paix. Cela n’apporte pas la paix, mais la guerre, c’est le contraire », a-t-il déclaré. « L’expulsion de Gaza a conduit à toutes les guerres dans la région de Gaza qui ont suivi. Nous les incitons à continuer à faire pression. Nous récompensons leurs attaques. »

Convenant qu’Israël avait besoin d’un homme d’État théoricien du jeu, Aumann a ajouté sobrement que le gouvernement israélien lui avait déjà demandé son avis et qu’il semblait l’avoir suivi pendant quelques années. Mais ensuite, pour obtenir la libération de Gilad Shalit, le gouvernement a changé de cap et a fait exactement l’inverse de ce qu’il avait conseillé, et Israël a libéré 1 027 prisonniers lors de l’échange.

Tout n’est pas sombre, cependant. « Nous faisons beaucoup de mauvaises mais aussi de bonnes choses », a-t-il déclaré, ajoutant qu’Israël devait prêter attention aux incitations qu’il présente aux Palestiniens.

L’un des premiers moyens d’assurer un changement, a-t-il dit, est de mettre fin à l’endoctrinement de leurs enfants à détester suffisamment les Juifs pour sacrifier leur vie dans l’espoir de les chasser.

Peut-être fait-il référence à sa propre enfance et de la façon dont lui, enfant juif religieux, a été influencé par l’idéologie nazie, a-t-il déclaré : « Cela est profondément enraciné et doit changer. Cela aurait dû être notre première priorité. »