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Shoah: Tachkent, la Capitale de l’Ouzbékistan honorée comme une « ville juste »

A l’initiative de KODIROV Khurshid, Une soirée prestigieuse s’est tenue par l’ambassade d’Ouzbekistan au cercle interallié pour rendre hommage au pays qui a accueilli plus de 3 millions de réfugiés ( dont environ 1 million juifs) pendant la seconde guerre mondiale.

Après le discours de S.E.M. Sardor Rustambaev, l’ambassadeur Ouzbékistan en France, ce fut au tour de Vyacheslav Shlomo Shatokhin de nous présenter son film « Dernier enfance d’été » consacré à l’accueil des enfants juifs par les peuples ouzbeks lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Après la projection de ce documentaire, quelques personnes d’origine polonaise, dont Marek Halter, Waldemar Kobryner, Henri Bielasiak qui ont été évacués en Ouzbékistan et ainsi pu être sauvés sont venus témoigner.

La soirée qui a bénéficié du soutien de l’Ambassade d’Israël à Paris se termina par un succulent dîner.

Un peu d’histoire

J’ai voulu avec Viatcheslav (Shlomo est son prénom juif) Shatokhin l’auteur du film « Dernière été d’Enfance », organiser cette soirée pour sensibiliser le gouvernement ouzbèk à créer les musées d’Evacuation à Tachkent et Boukhara, confie KODIROV Khurshid.

Nous nous sommes tous les deux passionnés par l’histoire de l’évacuation des enfants orphelins et des juifs vers l’Ouzbékistan.

Durant 2019, j’ai collecté beaucoup de mémoires et témoignages des juifs (habitant actuellement en France) qui étaient réfugiés en Ouzbékistan pendant la Seconde Guerre Mondiale.

L’une des pages les plus fameuses de l’histoire de l’Asie Centrale est étroitement liée à la plus grande tragédie connue par le peuple juif ainsi que le terrible désastre qui a touché la population de la partie européenne de l’Union Soviétique durant la seconde guerre mondiale. Cela s’est passé dans ce qui était alors la République Soviétique d’Ouzbékistan, au cœur de l’Asie centrale.

En 1939, le pacte Germano-Soviétique est signé et stipule que les deux puissances ne s’affronteront pas durant les dix années suivantes. Mais en Juin 1941, Hitler rompt cet accord et lance l’opération Barbarossa qui vise à envahir l’URSS.

Cette invasion, nommée « Grande Guerre Patriotique » en Union Soviétique trouve l’armée Rouge et le pays complétement impréparés, ce qui provoque un incroyable désastre militaire et humain dans toutes les zones occupées par les nazis, c’est-à-dire l’Ouest de l’immense URSS et plus précisément : l’Ukraine, la Biélorussie, et l’Ouest de la Russie.

Mais la taille du pays, qui s’étend jusqu’à l’océan Pacifique permis à de nombreux réfugiés de fuir les zones de combats en partant vers l’Est. C’est ainsi que l’Ouzbékistan accueillis 1.5 millions de réfugiés dont environ 500.000 juifs, parmi lesquels environ 200-300 mille orphelins, des adolescents, des veuves et des personnes âgées qui venaient d’Ukraine, de Moldavie, de Biélorussie, de Russie et aussi de Pologne.

A l’époque, l’Ouzbékistan comptait 6 millions d’habitants dont 1.5 millions avaient été prélevés par l’Armée Rouge pour combattre le nazisme.

Les Ouzbeks qui demeurèrent dans leur République s’illustrèrent par la bravoure et l’humanité avec laquelle ils accueillirent les réfugiés, le plus souvent de la même manière qu’ils auraient donné l’hospitalité à des membres de leur propre famille. Il existe trop d’histoire d’orphelins littéralement adoptés comme de nouveaux enfants par les familles d’accueil. Un véritable mouvement d’adoption est né durant ces années de guerre. Les Ouzbeks qui avaient déjà des familles nombreuses à l’époque ont redoublé d’efforts pour se donner les moyens d’aider les réfugiés. Ils montrèrent ainsi leur détermination à en accueillir le plus grand nombre possible.

Shaakhmed Shamakhmudov et son épouse Bahri sont célèbres pour avoir adopté 14 orphelins de guerre provenant de différentes Républiques soviétiques y compris deux juifs. Un monument qui leur était dédié avait été déplacé du centre de Tachkent vers la périphérie à l’époque du Président Karimov. Or, le nouveau Président de l’Ouzbékistan (indépendante depuis 1991), Shavkat Mirziyoyev a tenu à ramener ce monument au centre-ville (à côté du palais de l’amitié entre les peuples) pour lui donner la visibilité qu’il mérite.

Vyacheslav Shatokhin, né en 1961 d’une mère évacuée vers l’Ouzbékistan pendant la grande guerre patriotique, et dont la famille avait décidé de demeurer en Asie centrale après le conflit, connait des quantités d’histoires pleines d’humanité datant de cette sombre période. « Un véritable mouvement pour l’adoption est né en Ouzbékistan à l’époque et ce sont des centaines de milliers d’enfants et d’adolescents sans familles qui ont trouvé un foyer ».

Shatokhin considère que tout film, livre, voire musée consacré à cet épisode constituerait une « mizvah » envers le peuple Ouzbek et ses incroyables et innombrables bonnes actions envers les réfugiés.

Avant d’arriver à Tachkent, la mère de Shatokhin, Nazarovna Hotimlyanskaya (née en 1930) était passée par Ferghana (au Nord-Est de l’Ouzbékistan), accompagnée de sa propre mère et de sa tante, en provenance de Poltava (Ukraine), cependant que son grand père, Nazar était tué dans les combats de l’année 1941.

Diplômé en Droit de l’Université de Tachkent en 1983, Vyacheslav Shatokhin a émigré à New York en 1997. Depuis 2010, il a dédié beaucoup de temps à la collecte d’information concernant l’évacuation des juifs vers l’Ouzbékistan. Il possède aujourd’hui de très importantes archives contenant des récits de quantité de témoins.

Pendant de nombreuses années, Shatokhin a cherché la meilleure façon de remercier le peuple Ouzbèk pour son comportement envers les réfugiés de guerre. Depuis 2010 il a collecté une immense base de photos et documents. Il a également collecté les témoignages de personnes dont les familles furent accueillies en Ouzbékistan. Avec ses propres modestes économies, il a financé le tournage de « Dernier été d’enfance » en 2018. Par ailleurs, il travaille actuellement avec Leonid Teruchkine (Directeur du département de recherche au centre d’éducation sur l’Holocauste de Moscou) afin de rédiger un livre à propos de la contribution du peuple Ouzbèk au sauvetage des juifs soviétiques.

Le documentaire « Dernier été d’enfance» a été diffusé à la télévision ouzbèke. Les héros de ce film, ce sont les enfants évacués vers l’Ouzbékistan pour les sauver des camps de concentration et d’une mort certaine. Dans ce documentaire, ils se souviennent comment le peuple ouzbèk a partagé ses derniers morceaux de pain avec les réfugiés sans jamais envoyer aucun enfant dans un orphelinat !

Le message-clé est de rendre hommage et de faire passer à la postérité les actes de bravoure du peuple ouzbèk pendant la période la plus dure de ce conflit mondial.

Des poèmes de Gafur Gulom, un fameux écrivain et poète ouzbèk, tels que « Je suis juif » ou encore « Tu n’es pas orphelin » montrent l’attitude des Ouzbèks vis-à-vis des réfugiés juifs et des orphelins. Selon Vyacheslav Shatokhin, sans l’héroïsme de la nation ouzbèke, le nombre de victimes juives de la Shoah eut été plus élevé.

Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan peut être nommée avec raison la « Capitale soviétique de l’évacuation », étant la ville qui a reçu le plus grand nombre de réfugiés durant la grande guerre patriotique. La taille de la communauté juive de la ville a considérablement augmenté à cette époque. Et nombre des juifs évacués sont demeurés sur place après le conflit parce qu’ils n’avaient nulle part où aller.

Un Musée de l’évacuation est en construction. Ce projet sera présenté à Paris cette année.

Sylvie Bensaid

Frédéric Sroussi livre à TJ une interview exclusive de l’ancien Chef du Mossad en Iran: Eliezer ( Gueizi ) Tsafrir

J’ai interviewé  aujourd’hui, en exclusivité pour Tribune Juive, l’ancien haut responsable du Mossad, Eliezer (Gueizi) Tsafrir qui fut le chef des légendaires services de renseignements israéliens en Iran (en 1979, en pleine Révolution islamique), au Kurdistan irakien du temps de Saddam Hussein et au Liban. Il fut aussi le conseiller spécial pour les affaires de terrorisme d’un Premier ministre israélien. Eliezer (Gueizi) Tsafrir fut un combattant de l’ombre qui sauva la vie de centaines de personnes en contrecarrant les tentatives d’attentats des groupes et mouvements terroristes les plus redoutables, et ce aux quatre coins du monde. 

TJ : Tous les gens qui s’intéressent au conflit avec l’Iran connaissaient plus ou moins la terrible réputation du Général iranien Qassem Soleimani qui vient d’être neutralisé par une frappe américaine en Irak . Mais quelle était réellement sa fonction ? 

 Eliezer (Gueizi) Tsafrir : D’abord, je veux commencer par une belle citation issue de notre Torah : «Quand ton ennemi tombe, ne te réjouis pas». Ceci dit, c’était la chose à faire. Félicitations et merci aux États-Unis, au Président Trump et à l’aviation américaine pour avoir fait ce travail. 

Cet homme (Soleimani) avait comme fonction d’organiser des actions terroristes dans le monde entier et de créer un axe chiite pro-iranien allant de Téhéran , en passant par Bagdad jusqu’ à Damas et le Liban (avec l’aide du Hezbollah), sans oublier le Yémen. Il faut savoir que la force Quods qui veut dire  »Jérusalem »   en Arabe et en Parsi  dirigée par Soleimani  est active également en Afrique et en Amérique du Sud. Rappelons que cette unité (Quods) par le biais du Hezbollah ou directement est responsable des attentats perpétrés en Argentine (N.D.A attentat contre l’ambassade d’ Israël à Buenos Aires en 1992 qui coûta la vie à 30 personnes et l’attentat perpétré contre le centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994 qui fit 85 morts).

Rappelons que le Djihad Islamique Palestinien (DIP) qui est sunnite a été influencé par la Révolution Islamique iranienne chiite et qu’il est financé par l’Iran. 

I’Iran veut imposer le chiisme partout et n’oublions pas que l’Iran croit, selon la tradition chiite, en l ’arrivée du Maadi (N.D.A le Messie). 

TJ : Vous qui êtes un spécialiste du monde arabo-musulman, cette vision eschatologique, cette arrivée du  »dernier imam », y-croient-ils vraiment ?

EGT : Oui, ils y croient. C’est un régime d’ extrémistes irrationnels. 

Il faut dire surtout que l’Iran poursuit un programme nucléaire en vue d’obtenir la bombe atomique. Et croyez-moi, l’arme atomique dans les mains de fous pareils sera une immense menace pour le monde entier. Ils ont vraiment l’intention de faire disparaître Israël de la carte. Ils n’auront aucun problème moral pour lancer l’arme atomique contre Israël ! 

TJ : Que pensez-vous de ceux qui disent que L’Iran aura la bombe atomique, qu’ Israël l’a, et qu’il existera alors un équilibre de la terreur et de ce fait tout ira bien ?  

EGT : Pardon, mais même si les Iraniens savent qu’en frappant Israël, ils seront frappés à leur tour par une seconde frappe venant de nous, nous n’avons pas le luxe de permettre qu’une seule bombe atomique explose sur Israël . Vraiment pas !

Il y a une ligne rouge qu’il faut leur interdire de dépasser. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre de savoir exactement quand ils auront franchi cette ligne rouge…

TJ : De plus l’ État d’Israël est un petit pays qui ne peut pas se permettre de recevoir une seule frappe nucléaire !

EGT : Oui, évidemment. 

Pour en revenir à Qassem Soleimani, même si ce n’ était pas officiel, il était le numéro deux du régime après l’Ayatollah Khameinei. Son agressivité , son expérience faisaient de lui un homme très dangereux. Son élimination est donc une bonne chose et il faudra en faire de même avec les autres…

Les Iraniens s’imposent en Irak, au Liban, en Syrie et c’est très dangereux pour nous. C’est surtout pour éviter l’implantation des iraniens en Syrie d’où ils pourront nous attaquer encore plus facilement que Benjamin Netanyahou a donné l’ordre à notre aviation de frapper les bases iraniennes en Syrie. 

TJ :OK , mais même malgré toutes nos opérations aériennes, les iraniens sont quand même implantés en Syrie. 

EGT : Exact

TJ : Il y a aussi ce «jeu» avec la Russie qui se trouve en Syrie et qui nous empêche d’agir à notre guise contre Téhéran. 

EGT : En effet.

TJ : Alors, pensez-vous que l’ élimination du général Soleimani va changer quelque peu la donne ? 

EGT : Je ne pense pas qu’il y aura une différence car son remplaçant, Esmail Qaani, sera peut-être moins «talentueux» mais il continuera la même politique. C’est vraiment,vraiment dommage que la Russie offre une sorte de protection aux iraniens pour qu’ils continuent leur politique agressive envers nous, même s’ il existe, malgré tout, des désaccords entre l’Iran et la Russie. 

Tsahal doit donc continuer à les empêcher de réaliser ce qu’ils veulent tant en Syrie qu’ au Liban où le Hezbollah a 140 000 missiles qui peuvent devenir de plus en plus précis et ceci représente un très grave danger pour nous en Israël. 

TJ : Ne pensez-vous pas que même si nous nous attaquons à la présence iranienne en Syrie et même en Irak où notre aviation exécute des missions périlleuses, il faudra bien un jour frapper l’ Iran en Iran même…? 

EGT : C’est ce que je disais. Si l’Iran est prêt à dépasser la ligne rouge (par l’acquisition de l’arme atomique) et que la grande Amérique n’agit pas, alors il nous faudra frapper le territoire iranien. Il n’y a aucun doute sur ce point. 

Eliezer ( Gueizi ) Tsafrir, ancien Chef du Mossad en Iran

TJ : Mais pensez-vous que nos dirigeants politiques et l’état-major de Tsahal pensent comme vous? Qu’ils sont prêts à le faire ? 

EGT : J ’espère que oui, j’espère qu’il existe bien une préparation dans le cas où il faudra intervenir directement contre l’Iran. Il y a quelques années, Benjamin Netanyahou et Ehud Barak (alors ministre de la défense) avaient demandé de se préparer à cette éventualité mais hélas le Mossad (N.D.A dirigé alors par Meir Dagan) s’y était opposé, ce qui fit avorter l’ opération. Peut-être qu’ à cette époque c’ était trop tôt. 

TJ : Oui mais, il n’y avait pas que Meir Dagan qui était contre une telle opération. Il y avait aussi le chef du Shabak (le service de sécurité intérieure), Youval Diskin et surtout le chef d’état-major de l’époque, Gaby Ashkenazi.   

EGT : Il n’y a pas de doute qu’il y a eu des disputes concernant une attaque contre l’Iran mais peut-être qu’à l’époque c’était trop prématuré de l’envisager. Mais je répète que nous ne devons pas permettre à l’Iran d’obtenir l’arme atomique. Nous devrons donc agir; si ce ne sont pas les États-Unis, alors ce sera nous ! 

TJ : Mais Israël a-t-il les capacités de réaliser une attaque contre l’Iran afin d’ empêcher le régime des ayatollahs d’obtenir la bombe ? 

EGT : Ce ne sera pas une tâche facile, mais nous réussirons à faire le principal.

TJ : Pensez-vous que l’Iran pourra réellement se «venger» des États-Unis ? Et que penser – même si nous avons malheureusement l’habitude d’entendre cela  – des menaces de l’ ancien chef des Pasdarans Moshzen Rezai, annonçant que Tel-Aviv et Haifa seront frappées ?  

EGT : Les iraniens ont des options partout où se trouvent des troupes américaines dans la région et ailleurs. Même s’il existe une différence entre menacer et agir, il faut prendre au sérieux les iraniens. 

TJ : Ils ont la possibilité de frapper les troupes américaines avec des missiles ou faire des attentats aux États-Unis même , mais ne pensez-vous pas que ce serait alors la fin pour le régime des ayatollahs s’ils osent attaquer l’Amérique ? 

EGT : Je pense en effet que si Téhéran lance une attaque sérieuse contre les États-Unis , alors Donald Trump fera ce qu’il a dit , c’est-à-dire frapper 52 cibles en Iran, en «souvenir» des 52 otages de l’ambassade américaine de Téhéran. 

TJ : Pour terminer, quels sont les risques encourus par Israël après la neutralisation de Soleimani ? 

EGT : Cela empirera tant que nous n’aurons pas agi afin d’ empêcher l’Iran d’obtenir l’arme atomique. 

TJ: Eliezer (Gueizi) Tsafrir, merci beaucoup. 

Interview réalisée et traduite de l’hébreu par Frédéric Sroussi en exclusivité pour Tribune Juive. 

Frédéric Sroussi, Essayiste, journaliste

Si Sarah Halimi s’était appelée Malika Ashraoui…

Frédéric Sroussi Pour TRIBUNE JUIVE

La motivation qui a poussé la justice-du-mur-des-cons à  écarter le caractère antisémite, – pourtant avéré d’un point de vue factuel – du meurtre barbare de Mme Sarah Halimi nous laisse à penser que la justice française n’est pas toujours impartiale quand il s’agit des Juifs. Rappelons que les juges français prêtèrent allégeance au Maréchal Pétain et participèrent donc à la spoliation de milliers de Juifs en faisant appliquer les lois antisémites de l’ État français.

Une question aujourd’hui me taraude : que serait-il passé si Sarah Halimi s’était appelée Malika Ashraoui (j’ai choisi ce nom de façon arbitraire) ?

Je dirai, comme le philosophe Pierre Boutang sur un tout autre sujet, : «Pour le savoir, appliquons la méthode des différences; même hypothétique, la différence est souvent révélatrice.»

Imaginons donc (même si cela relève heureusement de la pure science-fiction !) qu’un Juif pratiquant se soit introduit dans l’appartement d’une femme musulmane, l’ait torturée pendant des heures avant de la défenestrer encore vivante – sans que la police, présente sur les lieux, n’intervienne – et qu’ensuite, ce Juif ait récité des prières en hébreu.

Quelle aurait été la réaction de la classe politique, des médias, des juges et de l’opinion publique ?

Nul besoin d’ être extralucide pour deviner que la France serait tout bonnement à feu et à sang et que des pogroms (à Dieu ne plaise) auraient lieu dans tout le pays.

Les banlieues s’enflammeraient et les policiers paieraient le prix fort pour s’être abstenus de sauver une femme musulmane victime d’un crime odieux.

Le concept du «pas-d’-amalgame» ne serait  évidemment pas utilisé à des fins d’ apaisement (les Juifs, ils sont tous solidaires…).

La justice se précipiterait pour qualifier le meurtre d’acte terroriste, etc, etc.  

Mais, Sarah Halimi n’ était pas musulmane car si elle l’avait été, elle serait vivante aujourd’hui…

Comparons maintenant le désintérêt, voire le mépris pour l’affaire Sarah Halimi avec l’hystérie collective qui suivit l’affaire de cette femme voilée présente au Conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, et vous comprendrez le principe dont les Juifs et Israël sont toujours les victimes : le deux poids, deux mesures

Les débats au sujet de cette affaire de voile , ô combien essentielle, ne cessèrent pas pendant des jours dans tous les médias. Les innombrables défenseurs de cette femme voilée clouèrent au pilori cette «pathologie française » que serait « la chasse au foulard islamique », dixit les affreux bobos du NouvelObs (14/10/19).

Bah oui, d’un côté on ne parle «que» d’un crime accompagné d’actes de barbarie perpétré par un djihadiste contre une femme juive parce ce que juive, alors que l’autre affaire concerne (c’est pas rien !) la sortie un peu prématurée d’une femme voilée d’un endroit public… Ce dernier cas est quand même bien plus grave et nous devrions comprendre le tollé, les manifestations et les pétitions contre l’«islamophobie» qui suivirent cette, ô combien,  douloureuse histoire…

Remercions tout de même les quelques dizaines d’intellectuels (très majoritairement non Juifs) et les deux journalistes qui se sont levés pour dénoncer le silence complice des medias et les décisions iniques de cette justice-du-mur-des-cons qui a depuis longtemps choisi son camp…

Affaire Sarah Halimi : Maître Loïc Henri monte au créneau. Sarah Cattan

Une dépêche de l’AFP est tombée hier, officialisant ce que d’aucuns savaient depuis une semaine : la juge Anne Ihuellou a informé les parties de sa décision la semaine dernière et a annoncé la clôture des investigations dans l’Affaire Sarah Halimi, après qu’une troisième contre-expertise psychiatrique eût conclu à l’abolition du discernement de Kobili Traoré, pénalement irresponsable.

L’heure est désormais aux observations finales des avocats ainsi qu’aux réquisitions du parquet. Elle annoncera ensuite sa décision très attendue sur la tenue ou non d’un procès contre Kobili Traoré, l’unique suspect, mis en examen pour meurtre à caractère antisémite.

De rares voix se lamentent sur la fin de l’histoire et concluent déjà à l’absence de procès dans cette affaire extra-ordinaire où une femme juive fut lynchée et défenestrée en plein Paris par un délinquant musulman qui implora Allah pendant son forfait.

La plupart se taisent.

Avec une lâcheté extrême.

Il en est un qui depuis le début s’est intéressé à l’Affaire. Nous avions déjà rencontré pour Tribune juive Maître Loïc Henri, qui envoya de New York le 24 septembre un courrier au CSM, dans lequel il demanda des comptes sur le traitement judiciaire du dossier par les Juges Ihuellou et Van Geyte.

Ainsi, de pair avec Paul Leslie ou Fiamma Nirenstein qui interpella le Parlement italien au sujet de l’Affaire Sarah Halimi, Maître Loïc Henri, s’interrogea lui aussi sur la place du Juif dans la société française, voulut en effet savoir ce qu’il en était de la présence de ces 28 policiers qui assistèrent sans réagir au lynchage et à la défenestration de Sarah Halimi qui eurent lieu sous leurs yeux, en live.

S’adressant au CSM, Maître Loïc Henri demande des comptes aux magistrats en charge du dossier, au Parquet, et à la Chambre de l’Instruction, qu’avait déjà saisie Maître Buchinger.

Rappelant qu’un magistrat a obligation de restituer aux faits leur exacte qualification juridique, Maître Loïc Henri demanda pourquoi était refusée systématiquement la reconstitution du drame et ne se contenta pas du motif selon lequel la dite reconstitution eût pu être dommageable à l’esprit fragile de Traoré.

Nous avons rencontré hier l’avocat.

Tribune juive : Loïc Henri Vous avez suivi avec nous, depuis New York, « l’affaire Sarah Halimi ». Ce communiqué tombe : clôture des investigations dans le dossier, après 3 expertises et contre-expertises psychiatriques… Votre avis d’Homme de Loi nous intéresse …

Loïc Henri : Clôture des investigations dans le dossier Sarah Halimi : Nous sommes donc en présence d’un Magistrat refusant la reconstitution de l’assassinat de Sarah Halimi afin d’éviter l’implication de par leur inaction des 28 policiers présents ce soir-là. La juge Anne Ihuellou commet donc un faux en écriture publique. 

Il ne sert à rien de se focaliser sur la responsabilité pénale de Kobili Traoré, qui sera reconnu très certainement irresponsable. N’oublions pas que si les 28 policiers étaient intervenus l’assassinat de Sarah Halimi n’aurait pas eu lieu. Je saisis le Parquet de Paris.

Mon avis, dont je vous faisais part déjà il y a de cela quelques mois, c’est que nous sommes en face d’un Magistrat ayant épuisé tous les artifices afin de préserver les 28 policiers présents ce soir-là. Artifice de l’irresponsabilité de l’assassin, et maintenant le grand écart afin d’éviter l’épineux dossier des policiers présents…Mon avis est simple : nous devons affirmer au travers de ce dossier le respect que nous devons à tous citoyens mais également…au peuple JUIF. Car si nous baissons les bras devant une telle offense alors nous ne pourrons plus nous plaindre quand nos sœurs et frères JUIFS seront assassinés en toute liberté…

C’est à nous hommes de Droit de nous engager. Nous connaissons parfaitement les rouages de la justice et personne d’autre n’est mieux placé pour défendre la République

Tribune juive : Que peut-on faire. Vous aviez déjà amorcé une action…

Loïc Henri : Je me suis manifesté auprès du CSM afin qu’ils m’apportent une réponse. Ce qu’ils ont fait…soulignant par là même la présence des 28 policiers. En droit il faut aussi jouer comme au billard avec las bandes…

Tribune juive : Et à présent. La clôture des investigations étant décrétée, que peut-il se passer ? Et vous, que pouvez-vous faire ?

Loïc Henri : Je saisis le Parquet de Paris ainsi que les instances de l’ONU afin de pousser le Parquet à apporter une réponse…j’ai déjà fait déplacer deux Magistrats et je sais aussi que ce dossier doit être plaider hors des tribunaux auprès des instances internationales comme je l’ai fait dernièrement à l’ONU à Genève…

J’entends souligner à l’international l’antisémitisme des Magistrats Français…

Antisémitisme qui trouve dans le dossier Sarah Halimi une forme d’apogée…

Je ne ferai pas les plateaux télé : Ce n’est pas ma tasse de thé. Je suis plutôt sniper et l’expérience fait que je sais que certains dossiers se gagnent hors des tribunaux dans les couloirs feutrés des instances internationales…Je suis totalement impliqué et je ne fermerai pas les yeux… Hors de question que mes sœurs et frères JUIFS se fassent assassiner dans l’indifférence du plus grand nombre…

Pendant ce temps…

Maître Gilles-William Goldnadel, avocat de la belle-sœur de la victime, réclame un renvoi aux assises : Depuis près de 40 ans que j’exerce ce métier, je n’ai jamais eu l’occasion de voir aussi peu d’empathie et de préoccupations pour le sort de la victime et de sa famille de la part d’un magistrat instructeur, s’insurge-t-il…

Maîtres Toby et Szpiner, avocats des enfants, déclarent que l’expert psychiatre ne peut se substituer au juge et qu’en l’absence d’unanimité entre les experts, il appartient à une juridiction de jugement de discuter les circonstances de purs faits, comme la tentative de maquillage du crime en suicide ou le choix, selon eux ciblé, de la victime, avant de pouvoir confirmer ou infirmer les réponses des psychiatres.

L’enquête sur le meurtre de Sarah Halimi touche à sa fin. La juge en charge de l’affaire doit désormais se prononcer sur la tenue ou non d’un procès contre Kobili Traoré.

Rappelons que cette affaire avait relancé le débat sur la persistance de l’antisémitisme dans certains quartiers populaires sous l’effet d’un islam identitaire. La qualification antisémite de ce crime avait donné lieu à un bras de fer entre la juge, qui ne l’avait pas retenu à l’origine, et le parquet de Paris, qui au contraire la réclamait.

En juillet 2017, l’affaire avait définitivement pris une tournure politique lorsque Emmanuel Macron, fraîchement élu président, avait réclamé à la justice toute la clarté sur les faits, et ce 2 avril, Nicole Belloubet avait demandé La plus grande fermeté dans les affaires jugeant les actes antisémites…

Sarah Cattan