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Karim Akouche. Lettre ouverte à un soldat d’Allah. Arrête de m’appeler « frère »!

Article paru dans Tribune Juive du 22 octobre 20320

Prépare ta valise. Achète un billet. Change de pays. Cesse d’être schizophrène. Tu ne le regretteras pas. Ici, tu n’es pas en paix avec ton âme. Tu te racles tout le temps la gorge. L’Occident n’est pas fait pour toi. Ses valeurs t’agressent. Tu ne supportes pas la mixité. Ici, les filles sont libres. Elles ne cachent pas leurs cheveux. Elles portent des jupes. Elles se maquillent dans le métro. Elles courent dans les parcs. Elles boivent du whisky. Ici, on ne coupe pas la main au voleur. On ne lapide pas les femmes adultères. La polygamie est interdite. C’est la justice qui le dit. C’est la démocratie qui le fait. Ce sont les citoyens qui votent les lois. L’État est un navire que pilote le peuple. Ce n’est pas Allah qui en tient le gouvernail.

Tu pries beaucoup. Tu tapes trop ta tête contre le tapis. C’est quoi cette tache noire que tu as sur le front ? Tu pousses la piété jusqu’au fanatisme. Des poils ont mangé ton menton. Tu fréquentes souvent la mosquée. Tu lis des livres dangereux. Tu regardes des vidéos suspectes. Il y a trop de violence dans ton regard. Il y a trop d’aigreur dans tes mots. Ton cœur est un caillou. Tu ne sens plus les choses. On t’a lessivé le cerveau. Ton visage est froid. Tes mâchoires sont acérées. Tes bras sont prêts à frapper. Calme-toi. La violence ne résout pas les problèmes.

Je sais d’où tu viens. Tu habites trop dans le passé. Sors et affronte le présent. Accroche-toi à l’avenir. On ne vit qu’une fois. Pourquoi offrir sa jeunesse à la perdition? Pourquoi cracher sur le visage de la beauté?

Je sais qui tu es. Tu es l’homme du ressentiment. La vérité est amère. Elle fait souvent gerber les imbéciles. Mais aujourd’hui j’ai envie de te la dire. Quitte à faire saigner tes yeux.

Ouvre grand tes tympans. J’ai des choses à te raconter. Tu n’as rien inventé. Tu n’as rien édifié. Tu n’as rien apporté à la civilisation du monde. On t’a tout donné : lumière, papier, pantalon, avion, auto, ordinateur… C’est pour ça que tu es vexé. La rancœur te ronge les tripes.

Gonfle tes poumons. Respire. La civilisation est une œuvre collective. Il n’y a pas de surhomme ni de sous-homme. Tous égaux devant les mystères de la vie. Tous misérables devant les catastrophes. On ne peut pas habiter la haine longtemps. Elle enfante des cadavres et du sang.

Questionne les morts. Fouille dans les ruines. Décortique les manuscrits. Tu es en retard de plusieurs révolutions. Tu ne cesses d’évoquer l’âge d’or de l’islam. Tu parles du chiffre zéro que tes ancêtres auraient inventé. Tu parles des philosophes grecs qu’ils auraient traduits. Tu parles de l’astronomie et des maths qu’ils auraient révolutionnées. Tant de mythes fondés sur l’approximation. Arrête de berner le monde. Les mille et une nuits est une œuvre persane. L’histoire ne se lit pas avec les bons sentiments. Rends à Mani ce qui appartient à Mani et à Mohammed ce qui découle de Mohammed. Cesse de te glorifier. Cesse de te victimiser. Cesse de réclamer la repentance. Ceux qui ont tué tes grands-parents sont morts depuis bien longtemps. Leurs petits-enfants n’ont rien à voir avec le colonialisme. C’est injuste de leur demander des excuses pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Tes ancêtres ont aussi conquis des peuples. Ils ont colonisé les Berbères, les Kurdes, les Ouzbeks, les Coptes, les Phéniciens, les Perses… Ils ont décapité des hommes et violé des femmes. C’est avec le sabre et le coran qu’ils ont exterminé des cultures. En Afrique, ils étaient esclavagistes bien avant l’île de Gorée.

Pourquoi fais-tu cette tête ? Je ne fais que dérouler le fil tragique du récit. Tout est authentique. Tu n’as qu’à confronter les sources. La terre est ronde comme une toupie, même s’il y a un hadith où il est écrit qu’elle est plate. Tu aurais dû lire l’histoire de Galilée. Tu as beaucoup à apprendre de sa science. Tu préfères el-Qaradawi. Tu aimes Abul Ala Maududi. Tu écoutes Tarik Ramadan. Change un peu de routine. Il y a des œuvres plus puissantes que les religions.

Essaie Dostoïevski. Ouvre Crime et châtiment. Joue Shakespeare. Ose Nietzche. Quand bien même avait-il annoncé la mort de Dieu, on a le droit de convier Allah au tribunal de la raison. Il jouera dans un vaudeville. Il fera du théâtre avec nous. On lui donnera un rôle à la hauteur de son message. Ses enfants sont fous. Ils commettent des carnages en son nom. On veut l’interroger. Il ne peut pas se dérober. Il doit apaiser ses textes.

Tu trouves que j’exagère ? Mais je suis libre de penser comme tu es libre de prier. J’ai le droit de blasphémer comme tu as le droit de t’agenouiller. Chacun sa Mecque et chacun ses repères. Chacun son dieu et à chaque fidèle ses versets. Les prophètes se fustigent et la vérité n’est pas unique. Qui a raison et qui a tort ? Qui est sot et qui est lucide ? Le soleil est assez haut pour nous éclairer. La démocratie est assez vaste pour contenir nos folies.

On n’est pas en Arabie saoudite ni au Yémen. Ici, la religion d’État, c’est la liberté. On peut dire ce qu’on pense et on peut rire du sacré comme du sacrilège. On doit laisser sa divinité sur le seuil de sa demeure. La croyance, c’est la foi et la foi est une flamme qu’on doit éteindre en public.

Dans ton pays d’origine, les chrétiens et les juifs rasent les cloisons. Les athées y sont chassés. Les apostats y sont massacrés. Lorsque les soldats d’Allah ont tué les journalistes, tes frères ont explosé de joie. Ils ont brûlé des étendards et des bâtiments. Ils ont appelé au djihad. Ils ont promis à l’Occident des représailles. L’un d’eux a même prénommé son nouveau-né Kouachi.

Je ne comprends pas tes frères. Il y a trop de contradictions dans leur tête. Il y a trop de balles dans leurs mitraillettes. Ils regardent La Mecque, mais ils rêvent de Hollywood. Ils conduisent des Chrysler. Ils chaussent des Nike. Ils ont des IPhone. Ils bouffent des hamburgers. Ils aiment les marques américaines. Ils combattent « l’empire », mais ils ont un faible pour ses produits.

Et puis, arrête de m’appeler « frère ». On n’a ni la même mère, ni les mêmes repères. Tu t’es trop éloigné de moi. Tu as pris un chemin tordu. J’en ai assez de tes fourberies. J’ai trop enduré tes sottises. Nos liens se sont brisés. Je ne te fais plus confiance. Tu respires le chaos. Tu es un enfant de la vengeance. Tu es en mission. Tu travailles pour le royaume d’Allah. La vie d’ici-bas ne t’intéresse pas. Tu es quelqu’un d’autre. Tu es un monstre. Je ne te saisis pas. Tu m’échappes. Aujourd’hui tu es intégriste, demain tu seras terroriste. Tu iras grossir les rangs de l’État Islamique.

Un jour, tu tueras des innocents. Un autre, tu seras un martyr. Puis tu seras en enfer. Les vierges ne viendront pas à ton chevet. Tu seras bouffé par les vers. Tu seras dévoré par les flammes. Tu seras noyé dans la rivière de vin qu’on t’a promise. Tu seras torturé par les démons de ta bêtise. Tu seras cendre. Tu seras poussière. Tu seras fiente. Tu seras salive. Tu seras honte. Tu seras chien. Tu seras rien. Tu seras misère.

Extrait de Lettre à un soldat d’Allah – Chroniques d’un monde désorienté, Karim Akouche, éd. Écriture (Editions de l’Archipel), Paris, 2018 ; éd. Frantz Fanon, Boumerdès, 2018.

Boualem Sansal. A la guerre, on répond par des actes décisifs et non par des discours émus


Pour le romancier algérien, notre pays se croit frappé par des terroristes alors qu’il subit une guérilla islamiste qui prend son élan pour un jour atteindre les dimensions d’une guerre totale.

Quelle horreur, quelle barbarie, on décapite un prof pour une caricature qui a fait mille fois le tour de la planète ! C’est dire la rancoeur et la folie des islamistes.

On condamne en rivalisant d’émotion et de formules, on affirme son soutien à la famille de la victime, on rassure le corps enseignant et les parents d’élèves, on appelle à des mesures fortes, on promet la fermeté.

Voilà ce qu’on entend sur les ondes. On fait son devoir, on a la conscience tranquille… jusqu’à la prochaine horreur, la prochaine barbarie.

la France ne comprend pas

Tout cela montre que la France ne comprend toujours pas la réalité à laquelle elle est confrontée. Elle se croit frappée par des terroristes, des jeunes fichés S ou pas, alors qu’elle subit une guérilla qui peu à peu prend son élan pour un jour atteindre les dimensions d’une guerre totale, comme beaucoup de pays l’ont vécue et la vivent encore à des degrés divers (Algérie, Mali, Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Somalie).
L’islamisme est un Etat souverain. L’islamisme ne fait pas dans le terrorisme et ceux qui égorgent et violent au nom de l’islam ne sont pas des assassins, ni des fous, ni des ignorants. Il faut enfin regarder les choses en face et employer les mots qui conviennent. L’islamisme est un Etat souverain, un Etat qui n’a pas de territoire propre, pas de frontières, pas de capitale, pas de citoyens mais des fidèles unis dans la Oumma, présente dans toutes les régions du monde, dans la maison de l’islam et dans la maison de la guerre, pas de constitution mais la charia tirée du saint coran et des hadiths authentiques.

Ses soldats, policiers, imams, juges et bourreaux ne sont pas des fonctionnaires mais les fidèles eux-mêmes, sans liens hiérarchiques entre eux, agissant chacun selon ses moyens et les circonstances, en solitaire ou avec ses proches, parents, amis, voisins et des volontaires venus de plus loin.
Allah ordonne à chaque musulman, où qu’il soit dans le monde, d’oeuvrer par tous les moyens à l’expansion de l’islam, de le défendre au prix de sa vie, de combattre les mécréants et de châtier les blasphémateurs et les apostats.

A la guerre, on ne répond pas par des discours émus


Cette guerre, il la fait au monde entier, aux musulmans qui n’appliquent pas la charia, aux chrétiens, aux juifs, aux athées. La France est plus fortement touchée en raison de son histoire propre (la colonisation, son soutien aux dictatures arabes, la présence sur son sol d’une émigration nombreuse mal intégrée qui peu à peu s’est détachée de la communauté nationale). C’est à cela qu’a obéi le jeune tchétchène de Conflans Sainte-Honorine.

Pour les Français, c’est un assassin, pour les islamistes il s’est comporté en musulman sincère et courageux, il a jugé ce professeur pour blasphème, l’a condamné à mort et l’a exécuté, conformément à la charia. En récompense, il ira au paradis et aura les 72 vierges promises par Allah.

A la guerre, on répond par des actes décisifs et non par des discours émus

Il est plus que temps que la France regarde ces choses dans leur réalité nue, et se convainc qu’à la guerre on répond par des actes décisifs et non par des discours émus.

© Boualem Sansal

Boualem Sansal, auteur algérien, a publié notamment “2084 : la fin du monde”(Gallimard), qui a remporté le Grand Prix du Roman de l’Académie française en 2015.

Franck Serfati, avocat du BNVCA, au Procès Hyper Cacher.

Franck Serfati, avocat du BNVCA, au Procès Hyper Cacher

Aujourd’hui 22 septembre, auditions des Parties civiles de  l’HYPER  CACHER.

Il est 9 heures 20.  

Zarie  Sibony, une des 2 caissières, ancienne salariée de l’Hyper Cacher, rapporte que le 9 janvier 2015, le terroriste menace de tuer tout le monde si les otages ne remontent pas.

Vous  les  juifs   vous aimez la vie,  nous on préfère la mort .   Vous représentez ce  que je déteste le plus,  vous  êtes juifs et  français, dit-il.

La police a été appelée. L’attente est insoutenable. 4 heures et 4 minutes. Vous n’êtes pas suffisamment importants pour que la Police réponde, ironise-t-il, alors qu’il est lui-même en contact avec le commissariat de Vincennes.  

Un client, téléphone à l’oreille,  essaie de rentrer au moment où je ferme le rideau mais  il  insiste,  pénètre,   et reçoit 2 balles dans le dos.  

Yohan est monté du sous – sol,  il a de suite tenté de prendre l’arme du  terroriste mais il a pris immédiatement une balle dans la tête.  
Le terroriste a ouvert son sac noir, rempli  d’armes, de grenades, de munitions.   Il a  parlé  de lui  et de  la  Syrie où  l’armée  française tue  ses  frères.   Il exigeait d’être  en relation avec les médias, notamment B. F. M. 

Il restait  alors 5 ou 6 personnes dans la chambre froide qui ne voulaient absolument pas monter.  
Zahri poursuit: Comment rester aussi calme après  avoir tué 4 personnes sans pitié, aussi cruellement ? Pour moi ces 4 victimes sont des héros ; pour moi elles nous ont sauvé la vie. 

Chaque fois qu’il  s’adressait à nous, il rechargeait ses armes,  ce qui rajoutait à la pression.  Il nous a demandaé si on souhaitait qu’il  achève  Yohan Cohen qui agonisait.  

Il a tué comme si ces personnes étaient des choses ; je pense à elles tous les jours.  
Le terroriste est ensuite allé prié.

On a alors entendu des coups au niveau de la porte de secours ;  la police intervenait.  On s’est tous couché à plat ventre. J’ai vu  le terroriste une arme à la main,  son téléphone dans l’autre, disant à la police: Je les tue tous si vous essayez d’entrer.  J’ai alors vu des lasers rouges. 

Le  terroriste  n’aura pas  gagné,  je  vais  continuer à me faire suivre psychologiquement le  temps qu’il faudra, mais je  vais  continuer à vivre.”

Pour info, Zarie a dû attendre les résultats d’un test de dépistage du Covid, pour quitter Israël où elle réside désormais.

Elle est, à 28 ans, l’une des rares survivantes de confession juive à déposer au procès des attentats de janvier 2015.

Elle entendait représenter la voix de François-Michel Saada, Philippe Braham, Yohan Cohen et Yoav Hattab, les quatre personnes tombées sous les balles du jihadiste. Mission accomplie!