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L’espionne française oubliée qui a dirigé le plus grand réseau de résistance

L’histoire incroyable de Marie-Madeleine Fourcade, qui a mené une opération de renseignements déterminante contre les nazis

Par RICH TENORIO1

Des renforts américains débarquent dans les jours qui ont suivi le jour-J et l'invasion, par les Alliés, de la France occupée par les nazis en Normandie, pendant la Seconde guerre mondiale, en juin 1944 (Crédit :  AP Photo/Bert Brandt, File)

Des renforts américains débarquent dans les jours qui ont suivi le jour-J et l’invasion, par les Alliés, de la France occupée par les nazis en Normandie, pendant la Seconde guerre mondiale, en juin 1944 (Crédit : AP Photo/Bert Brandt, File)

Lorsque les soldats et les responsables politiques s’étaient révélés incapables d’empêcher l’invasion de la France en 1940, une femme fit le choix de se joindre à d’autres citoyens combatifs entrés dans les rangs de la Résistance.

Issue de la classe favorisée et cosmopolite, mère de deux enfants, Marie-Madeleine Fourcade ne s’était pas contentée de rejoindre le mouvement de rébellion contre l’occupant. Elle a pris la tête de sa plus importante cellule de renseignements, Alliance, et a défié à la fois les nazis et le patriarcat français qui étouffait toute avancée des femmes.

C’est son histoire qui est racontée dans un ouvrage écrit par l’auteur de best-sellers Lynne Olson et intitulé Madame Fourcade’s Secret War: The Daring Young Woman Who Led France’s Largest Spy Network Against Hitler(non-traduit en français).

Forte de 3 000 personnes à son apogée, on compte parmi les succès de la cellule Alliance le don d’une carte aux Alliés qui faisait presque 17 mètres et qui représentait les plages de Normandie. Une carte qui devait s’avérer déterminante lors du Jour-J, dont le 75e anniversaire a été célébré cette année.

« Aucun autre réseau d’espionnage allié n’a duré aussi longtemps ni fourni de renseignements aussi cruciaux pendant tout le conflit », dit l’écrivaine, ajoutant que Fourcade a été la seule femme à avoir dirigé une organisation de la résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Marie-Madeleine Fourcade, à gauche, avec deux co-espions, Ferdinand Rodriguez, au centre, et Paul Bernard, après la guerre. (Crédit : Patrick Rodriguez-Redington)

Parce que les membres d’Alliance utilisaient des noms d’animaux comme pseudonymes, la Gestapo avait baptisé le réseau « Arche de Noé ». Le surnom de Fourcade était « Hérisson » – une créature décrite par l’auteur comme « inoffensive en apparence » mais qui n’en est pas moins un petit animal que, comme l’avait dit l’une des ses amies, « même un lion hésite à mordre ».

« La première fois que j’ai entendu parler de Marie-Madeleine Fourcade, j’ai été sidérée parce que je n’avais jamais entendu parler d’elle dans le passé », explique Olson au Times of Israel. « C’était incroyable – une jeune femme à la tête du réseau d’espionnage le plus important des Alliés et le plus influent de la France occupée. »

L’espionne française Marie-Madeleine Fourcade semblait être la mère innocente de deux enfants mais elle avait dirigé la plus importante opération de collecte de renseignements au cours de la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Chemins de Mémoire)

Constamment en fuite, Fourcade aura souffert de la capture et de l’exécution d’un grand nombre d’agents – notamment celles de son second, Léon Faye, dont elle a eu un enfant pendant la guerre. Elle-même a été arrêtée à deux occasions. Une évasion avait d’ailleurs été particulièrement difficile.

Sa carrière, après-guerre, a été marquée par un passage au Parlement européen. Elle a également apporté de l’aide aux anciens membres de son réseau et aux survivants. À sa mort en 1989, alors qu’elle était âgée de 79 ans, elle a été la première femme à bénéficier de funérailles aux Invalides, là où sont enterrés certains des héros français les plus admirés, et notamment Napoléon.

Olson estime pourtant que l’histoire a été ingrate envers Fourcade, qui, « je le pense vraiment, n’a jamais reçu l’attention qu’elle méritait ».

Olson a appris l’existence de Fourcade alors qu’elle faisait des recherches pour son précédent livre, lui aussi consacré à la guerre, Last Hope Island: Britain, Occupied Europe, and the Brotherhood That Helped Turn the Tide of War. Ancienne correspondante à la Maison-Blanche pour le Baltimore Sun, Olson a écrit plusieurs best-sellers sur les efforts du Royaume-Uni et des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire de Fourcade a suffisamment intrigué l’auteur pour que cette dernière la place au cœur de son nouvel ouvrage.

Lynne Olson, auteur de ‘Madame Fourcade’s Secret War: The Daring Young Woman Who Led France’s Largest Spy Network Against Hitler’. (Crédit : Tamzin B. Smith)

Olson a lu l’autobiographie écrite en français par Fourcade en 1968 et sa traduction en anglais ainsi que les mémoires de deux de ses anciens lieutenants, Jean Boutron et Ferdinand Rodriguez. Elle a également interviewé la fille de l’espionne, Pénélope Fourcade-Fraissinet, qu’elle avait eue avec son second époux, l’homme d’affaires Hubert Fourcade. Des recherches et des rencontres qui ont aidé Olson à raconter l’histoire d’une femme qui aura vécu une existence incroyable.

Née Marie-Madeleine Bridou à Marseille, la future espionne a passé les premières années de son enfance à Shanghaï, où son père était cadre dans une compagnie maritime. Après la mort de ce dernier, la famille est retournée en France – mais elle a recommencé à voyager après avoir épousé son premier mari, l’officier de l’armée française Édouard-Jean Méric, qu’elle a accompagné au Maroc. Ils ont eu deux enfants, Christian et Béatrice, avant de se séparer en 1933.

Dans le Paris d’avant-guerre, elle a travaillé dans l’industrie de la radio, passé une licence de pilote et pris part à des courses automobiles. Et en 1936, lors d’un rassemblement social en présence notamment de Charles de Gaulle, futur leader de la résistance française, Fourcade a rencontré un agent des renseignements militaires français qui s’appelait Georges Loustaunau-Lacau. Il a alors recruté Fourcade pour une opération privée dont l’objectif était de collecter des informations sur le programme militaire croissant de l’Allemagne.

Les craintes face à l’Allemagne s’étaient avérées justifiées avec le Blitzkrieg et la chute de la France en 1940. Au mois de septembre de cette année-là, Loustaunau-Lacau a fondé Alliance, adoptant le nom de code de Navarre. Dès la création du réseau, Fourcade a eu la responsabilité du recrutement des agents.

‘Madame Fourcade’s Secret War: The Daring Young Woman Who Led France’s Largest Spy Network Against Hitler,’ écrit par l’auteur Lynne Olson. (Autorisation/Random House)

« Il lui a beaucoup appris », dit Olson en évoquant Loustaunau-Lacau. « Mais elle a tiré seule les leçons de ses réussites et de ses échecs. »

Et tandis que la tâche était difficile, ajoute Olson, « elle a appris les choses très rapidement ».

Initialement, « elle recrutait des agents et collectait des renseignements sans savoir où les envoyer. Elle avait très peu d’argent et elle apprenait en improvisant, ce qui était le cas dans la résistance en général à cette période-là », note Olson.

Mais au mois d’avril 1941, Alliance a établi un partenariat avec le M16, agence de renseignements britannique – avec à sa tête notamment le commandant Kenneth Cohen, un Juif originaire de Grande-Bretagne qui dirigeait les opérations de l’institution depuis Vichy.

Fourcade avait demandé à Navarre de ne dévoiler ni son nom, ni son sexe à Cohen quand les deux hommes s’étaient rencontrés à Lisbonne.

Le parrainage britannique d’Alliance a « ouvert les vannes », explique Olson.

« Ils ont envoyé beaucoup d’argent et des transmetteurs radio. Elle a alors été en mesure de faire ce qui était nécessaire pour créer un réseau de résistance et de renseignements viable et important qui pouvait accumuler et collecter les informations et les envoyer en Angleterre de manière à ce que les Britanniques puissent en faire usage. »

Néanmoins, au mois de juillet 1941, Navarre a été capturé après un coup d’Etat raté anti-Vichy en Algérie. C’est alors que Fourcade s’est présentée pour prendre la tête d’Alliance.

« C’était extraordinaire », s’exclame Olson. « Elle a juste pris la décision de le faire. »

Marie-Madeleine Fourcade lors d’une session plénière du gouvernement européen, en 1980. (Crédit : Union européenne)

Elle s’inquiétait pourtant de ne pas être prise au sérieux par le M16 parce que femme.

Ce qui devait la convaincre de dévoiler son identité aux Britanniques avait été une opération de répression du régime de Vichy à l’encontre d’Alliance, qui avait compris l’arrestation de la mère de Fourcade.

L’espionne a alors pris la décision de rencontrer le M16 en Espagne. Boutron, son lieutenant, l’a conduite dans sa Citroën par-delà la frontière cachée dans un sac de courrier postal – une épreuve qui a duré huit heures.

Lorsqu’elle est arrivée à Madrid et après un message envoyé à Cohen dans lequel elle lui révélait son sexe, plusieurs heures ont passé avant que l’espion britannique ne donne son feu vert au prolongement de sa coopération avec Alliance.

« Elle était, à ce moment-là, si précieuse, si importante pour le M16 que les militaires britanniques ont passé outre le fait qu’elle était une femme », explique Olson. « Alliance fournissait des informations de grande valeur. Cette femme était très particulière. »

Olson note que Fourcade savait se faire obéir de la majorité des membres masculins du réseau – un grand nombre d’entre eux étaient d’anciens militaires – ainsi que des presque 20 % de femmes d’Alliance. Les agents de Fourcade devaient réaliser des opérations remarquables.

La fausse carte d’identité de Marie-Madeleine Fourcade au nom de Marie-Suzanne Imbert. (Crédit : Granger)

Détesté par les Français car vu comme un collaborateur, Jacques Stosskopf affichait tant de diligence dans son travail pour l’amiral Karl Donitz à la base des sous-marins allemands à Lorient – la plus importante base de ce type dans le monde – que ses supérieurs ne devaient jamais soupçonner qu’il transmettait des informations à Alliance.

« Les sous-marins allemands décimaient les navires marchands britanniques », explique Olson. « Il a envoyé tant et plus de renseignements sur les lieux où ils se trouvaient de manière à ce que les Britanniques puissent s’en débarrasser. Ce que savait cet homme était extraordinaire. »

Robert Douin, artiste et sculpteur, avait créé une carte de 17 mètres représentant les plages de Normandie et les fortifications allemandes qui devait s’avérer « incroyablement importante » le jour-J, ajoute Olson. « C’était une carte vraiment très grande – il fallait visualiser une carte répertoriant les lieux déterminantes le jour-J. »

Illustration : Une roquette V-1 allemande s’abat sur une ville indéterminée du sud de l’Angleterre, le 22 juillet 1944. (Crédit : AP Photo)

Jeannie Rousseau, une traductrice germanophone âgée d’une vingtaine d’années, avait flirté avec des officiers allemands en tentant de leur faire révéler les plans nourris par Hitler concernant les roquettes de type V-1 et V-2 qui devaient détruire l’Angleterre et empêcher le Jour-J. L’opération de Rousseau avait entraîné le raid des Alliés sur Pennemünde, en Allemagne, le 17 août 1943, qui avait dévasté le centre d’essai et de lancement de missiles qui était alors le plus important du monde.

Rousseau, Douin et Stosskopf ont tous été capturés en 1944 – des centaines d’agents d’Alliance ont été arrêtés durant toute la guerre. Rousseau a été emprisonnée dans plusieurs camps de concentration mais a survécu et s’est finalement éteinte alors qu’elle était presque centenaire.

Pour leur part, Douin et Stosskopf ont été exécutés, comme de nombreux autres et notamment Faye, le second de Fourcade, qui était aussi l’homme qu’elle aimait.

Quand la Gestapo a capturé Faye, au mois de septembre 1943, dit Olson, « elle a perdu l’homme qu’elle adorait. Elle n’a jamais su ce qu’il était devenu ».

Faye et d’autres agents d’Alliance se trouvaient en fait dans les camps de concentration allemands. Faye a été tué au mois de janvier 1945.

« Elle a eu clairement le cœur brisé par la mort de Faye », dit Olson. « Elle ne s’en est jamais réellement remise. »

Fourcade a eu un fils avec Faye, né au mois de juin 1943.

« Elle était en fuite et enceinte, ce qui rend d’autant plus remarquable la manière dont elle est parvenue à faire ce qu’elle a fait », indique Olson. L’enfant avait été caché dans le sud de la France.

Craignant que les Allemands ne capturent ses deux autres enfants, Fourcade les avait envoyés hors de France, en Suisse. Inquiète d’être elle-même arrêtée si elle leur disait au revoir, elle avait observé leur départ, les voyant quitter le bâtiment de Lyon dans lequel elle se cachait.

Marie-Madeleine Fourcade après son évasion de prison, avec des hématomes et des écorchures sur son visage et sur son cou. (Crédit : Granger)

À la frontière, ceux qui les avaient escortés s’étaient enfuis, craignant les Allemands. Mais les enfants étaient parvenus à réussir leur évasion.

« [Fourcade] a découvert les détails de l’histoire après la guerre », note Olson. « Cela a été dur, vraiment très dur pour elle. »

Fourcade aura été amenée, pour sa part, à s’échapper à deux occasions.

La première fois, en 1942, des policiers de Vichy qui étaient secrètement des amis de la résistance étaient venus à son secours. La seconde fois, en 1944, elle s’est faite arrêter par la Gestapo.

Cette dernière « savait qu’elle était une espionne mais elle ignorait qu’elle était Marie-Madeleine Fourcade », raconte Olson. « Elle était terrifiée à l’idée qu’ils ne le découvrent rapidement et qu’ils la torturent. »

« Elle avait même réfléchi à se suicider à l’aide une pilule de poison », ajoute-t-elle.

Olson explique qu’elle a finalement « ôté tous ses vêtements et qu’elle est parvenue à faire passer son corps mince à travers les barreaux de la cellule de sa prison. Elle a sauté – et, autre détail incroyable auquel je pense toujours, elle avait pris sa robe entre ses dents. Elle a rampé dans la rue sur ses mains et sur ses genoux, elle a remis sa robe et elle a fui ».

Olson explique que c’est « seulement un des nombreux exemples » qui sont susceptibles de démontrer pourquoi « cette femme incroyable » aura été « tellement frappante et intéressante ». 

L’auteur espère que le livre réussit ainsi à retransmettre cela. « Les critiques sont toutes très bonnes, extrêmement bonnes », continue Olson. « Leur thématique la plus habituelle est la suivante : Comment cela se fait-il que nous n’ayons jamais entendu parler de cette femme auparavant ? »

« D’autres femmes ont été oubliées en France et ailleurs. Il est grand temps que nous apprenions également à les découvrir », s’exclame-t-elle.

Le Mossad a peut-être tenté de récupérer le corps d’Eli Cohen

L’agence de renseignement israélienne aurait mené une opération en Syrie il y a 40 ans pour récupérer la dépouille du légendaire espion

Par TIMES OF ISRAEL STAFF

Cette photo sans date montre l'espion israélien Eli Cohen en Syrie alors qu'il porte un bracelet retrouvé par le Mossad en 2018. (Bureau du Premier ministre)

Cette photo sans date montre l’espion israélien Eli Cohen en Syrie alors qu’il porte un bracelet retrouvé par le Mossad en 2018. (Bureau du Premier ministre)

L’agence israélienne de renseignement du Mossad aurait essayé de faire sortir la dépouille du légendaire espion Eli Cohen de Syrie il y a environ 40 ans, selon un enregistrement fait par le frère de Cohen, Maurice, et qui a été diffusé sur la Douzième chaîne.

Dans l’enregistrement qui aurait été effectué par Maurice Cohen – lui-même un agent du Mossad – dans une conversation avec un historien avant sa mort en 2006, Cohen parle de l’incertitude entourant le site où son frère a été enterré et d’une tentative sans succès de récupérer le corps.

Cohen avait infiltré les plus hautes sphères du pouvoir syrien au début des années 1960 et a obtenu des renseignements top-secrets avant d’être démasqué et exécuté publiquement à Damas en 1965.

« Il y a une version affirmant que l’ancien président Amin al-Hafiz a mis (son corps) dans un camp entouré par un bataillon de tanks pour le protéger », a déclaré Maurice Cohen dans l’enregistrement diffusé mercredi.

« Après le président Assad, le père défunt, ils ont dit qu’il avait creusé une énorme fosse et placé une bombe à gaz à l’intérieur et l’a recouverte de béton ».

Eli Cohen, agent espion du Mossad, exécuté en Syrie en 1965. (Crédit: capture d’écran YouTube)

« D’autres ont affirmé que des responsables syriens impulsifs auraient brûlé le corps, mais je doute que cette version soit correcte parce qu’il s’agissait d’une monnaie d’échange politique très importante », a-t-il dit.

Selon Cohen, la raison du secret qui entoure cette affaire en Syrie vient du fait que le Mossad avait déjà essayé de faire sortir le corps du pays.

« Je suis presque sûr qu’ils le gardent dans un secret très strict en Syrie, que très peu de gens savent où il se trouve, parce qu’il y a eu une tentative d’enlever le corps, a déclaré Cohen. Il a été transporté à proximité de la frontière entre la Syrie et le Liban ».

Il n’a pas donné d’autres détails dans l’enregistrement sur la tentative ni pourquoi elle avait fini par échouer. La Douzième chaîne a dit que la tentative avait eu lieu il y a 40 ans.

Sophie, la fille d’Eli Cohen, a déclaré à la Douzième chaîne qu’elle n’avait jamais entendu parler de cette information auparavant, et elle a appelé le gouvernement à publier toutes les informations dont il dispose sur le sujet.

Le reportage sur la localisation de Cohen a été diffusé après des semaines de spéculations selon lesquelles la Russie aurait trouvé son corps, une information qui a été démentie par le Bureau du Premier ministre et qui a été fermement réfutée par Moscou.

Citant des informations non-confirmées de groupes de l’opposition syrienne, des médias israéliens ont déclaré plus tôt ce mois qu’une délégation russe avait récupéré la dépouille de Cohen en Syrie.

Des officiels israéliens ont gardé le silence après la révélation de ces informations. Israël avait auparavant fait appel à la Russie pour l’aider à retrouver Cohen.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères russe a formellement rejeté ces informations, en publiant un communiqué qui « réfute fermement » cette affirmation, présentée comme une « provocation ».

Le ministère russe a demandé aux médias israéliens de faire preuve de plus de « précision, de professionnalisme et d’honnêteté pour couvrir des questions aussi sensibles ».

La Russie, qui est un allié du président syrien Bashar al-Assad, a récemment aidé Israël à retrouver et à récupérer la dépouille du soldat israélien Zachary Baumel qui avait disparu en 1982 pendant la première guerre du Liban.

Le Premier minister Benjamin Netanyahu (à droite) et Valery Gerasimov, le chef de l’Etat major russe, lors d’une cérémonie officielle, le 4 avril 2019, au cours de laquelle Israël a reçu la dépouille du soldat israélien Zachary Baumel. (Kobi Gideon / GPO)

La dépouille de Baumel a été renvoyée en Israël plus tôt ce mois, après 37 années d’efforts pour retrouver son corps. Des officiels israéliens recherchent toujours deux soldats capturés et tués dans la même bataille : Tzvi Feldman et Yehuda Katz.

Le corps de Cohen n’est jamais revenu de Syrie malgré des décennies d’appels lancés par sa famille.

Cohen avait infiltré les plus hauts-rangs des responsables politiques syriens dans les années qui avaient précédé la guerre des Six jours, en 1967, et les informations qu’il avait obtenues auraient joué un rôle déterminant dans la réussite sidérante de l’Etat juif au cours de ce conflit.

Cohen avait été traduit en justice et exécuté pour espionnage par le gouvernement syrien le 18 mai 1965, après être parvenu à infiltrer ce dernier sous le nom d’emprunt de Kamel Amin Thaabet pendant quatre ans.

L’année dernière, l’agence de renseignements du Mossad avait découvert une montre-bracelet qui avait appartenu à Cohen et elle l’avait ramenée en Israël lors d’une opération spéciale. Le bureau du Premier ministre n’avait pas expliqué comment la montre, qui se trouvait entre des « mains ennemies », avait été récupérée.

La montre qui appartenait à l’espion israélien Eli Cohen, ramenée en Israël le 5 juillet 2018. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Au fil des années, Nadia Cohen avait appelé en vain le gouvernement syrien à rendre la dépouille de son défunt mari. En 2008, un ancien chef de bureau de feu le président syrien Hafez al-Assad avait clamé que personne ne savait où Cohen avait été inhumé.

« Le corps avait été déplacé après un jour ou deux », avait noté Monjer Motsley dans un entretien. « Nous redoutions alors qu’Israël envoie des forces pour le récupérer ».

« C’est difficile de retrouver les ossements de Cohen », avait-il ajouté.
« Assad avait promis de les rendre à Israël mais lorsqu’il a demandé aux responsables de la sécurité de le faire, ils lui ont répondu : ‘Nous ignorons où se trouve sa tombe, monsieur’, et il n’a donc pas été en mesure de tenir sa promesse ».

Pour un prix Nobel de mathématiques juif, la théorie des jeux serait la solution

À Jérusalem, Robert Yisrael Aumann raconte son histoire entre l’Allemagne et New York, et dissèque le conflit israélo-palestinien

Par AMANDA BORSCHEL-DAN

Le Prix Nobel israélien, le professeur Robert Yisrael Aumann (à droite) s'entretient avec le journaliste Matthew Kalman lors d'un événement organisé par le Times of Israel Presents, organisé en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

Le Prix Nobel israélien, le professeur Robert Yisrael Aumann (à droite) s’entretient avec le journaliste Matthew Kalman lors d’un événement organisé par le Times of Israel Presents, organisé en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

En avril 1938, deux garçons juifs à Francfort, en Allemagne, discutent de l’arrestation du rabbin de leur communauté dans le mois ayant suivi l’annexion de l’Autriche. Comme seulement 1 % des citoyens allemands, leur rabbin a voté contre le référendum du 10 avril qui demandait : « Approuvez-vous la réunification de l’Autriche avec le royaume allemand réalisée le 13 mars 1938 et votez-vous pour la liste de notre Führer, Adolf Hitler ? »

Lors d’une soirée portant sur des histoires et des explications académiques organisée par le Times of Israël, en partenariat avec Beit Avi Chai, le mathématicien et prix Nobel Robert Yisrael Aumann a déclaré au théâtre bondé de Jérusalem que lui et son grand frère, sur le moment, pensaient que le rabbin devait être arrêté et emmené dans un camp de concentration.

« Le rabbi l’avait bien cherché », se souvient-il s’être dit. « Il le méritait, car on était supposé voter oui », a déclaré Aumann, expliquant le processus de sa réflexion lorsqu’il avait à peine 8 ans.R

« Nous étions deux enfants juifs dans l’Allemagne nazie, tellement influencés par le narratif qui nous entourait que nous, enfants juifs, c’est ce que nous pensions ! », a déclaré Aumann, encore surpris, des années plus tard.

En 2005, Aumann a reçu le prix Nobel en Sciences économiques. Le professeur de l’Université hébraïque est surtout connu pour ses travaux sur l’analyse de la théorie des jeux, qui ont pour objectif de trouver des modèles mathématiques et stratégiques conduisant à des solutions aux conflits menés par des organismes rationnels. Une grande partie de la solution, a déclaré Aumann, réside dans les mesures incitatives.

La théorie des jeux est utilisée dans des situations où les joueurs interagissent et visent différents objectifs, a déclaré Aumann. Il peut être appliqué à presque toutes les zones de conflit, de l’achat d’une maison à la paix au Moyen-Orient.

Interrogé par le journaliste Matthew Kalman, Aumann fait des pauses et réfléchit avant de répondre aux questions les plus difficiles, tout en racontant sa vie avec humour et comment il est arrivé à la fois à sa spécialisation dans les mathématiques et dans un État jeune, Israël, en 1956.

Aumann a raconté comment sa famille, très pratiquante, avait fui l’Allemagne nazie juste avant la Nuit de Cristal et était arrivée aux États-Unis par voie maritime, en couchette première classe.

« Nous ne pouvions pas emmener de l’argent d’Allemagne », a-t-il déclaré. La famille a donc expédié tous ses biens durant ce voyage, dont un magnifique piano Steinway, toujours en possession des Aumann.

Une fois sur les côtes new-yorkaises, cependant, les parents ont dû multiplier les petits boulots pour joindre les deux bouts. Il a dit qu’il avait eu une belle enfance, à la fois en Allemagne et à New York.

Le professeur Robert Yisrael Aumann, lauréat du prix Nobel israélien, prend la parole lors d’un événement du Times of Israel Presents, organisé en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

« Nous achetions des œufs fêlés, qui étaient moins chers, mais c’étaient des œufs », a-t-il dit en haussant les épaules. « Nous allions bien. »

Ce sont les difficultés financières de sa famille qui ont initié le futur mathématicien à la théorie des jeux. Sa mère apportait parfois des friandises à la maison, telle une barre chocolatée, à partager entre les deux fils. Comme la plupart des enfants, ils se plaignaient de la division des bonbons.

Sa mère eut une idée brillante : Aumann divisait puis son frère Moshe choisissait. De cette façon, aucun des deux ne pouvait se plaindre et Aumann fut incité à couper les parts de manière équitable. Comme tout bon fils juif, a-t-il ri, il doit son succès à sa mère.

Quand on lui a demandé pourquoi il a été attiré par les mathématiques, il a réfléchi et a répondu : « C’est beau, c’est beau. » Il aime la pensée précise, – « un art ».

Un jeu aux conséquences graves

Ayant atteint l’âge adulte pendant la guerre froide, la plupart des premiers travaux d’Aumann sur la théorie des jeux portaient sur la réflexion stratégique concernant la réduction de la course aux armements entre l’Union soviétique et les États-Unis.

C’était une période existentiellement effrayante et dans les années 1960, par exemple, il y avait une tendance aux États-Unis de la part des particuliers à construire des abris anti-bombes. Les Soviétiques, a-t-il dit, y voyaient un comportement extrêmement agressif, comme s’ils se préparaient à une deuxième frappe. Dans l’esprit soviétique, les abris anti-bombes signifiaient que les Américains allaient attaquer, puis se terrer lors de la réaction soviétique.

« La théorie des jeux était la colonne vertébrale de la politique de la période de la guerre froide », a-t-il déclaré, ajoutant que l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger avait été professeur sur le sujet à l’université de Harvard.

Professeur Yisrael Robert Aumann (Flash90)

La clé, a-t-il déclaré, est de maintenir un « équilibre de peur » tel que les deux camps n’utilisent pas leur stock d’armes en plein essor.

Lors de la crise des missiles cubains de 1962, toutefois, cet équilibre fut mise en péril, a déclaré Aumann, « Je pensais que le monde serait anéanti dans trois semaines. C’était effrayant ! »

Trouver un équilibre de la peur au Moyen-Orient

Tout le monde veut la paix au Moyen-Orient, a déclaré Aumann, toutefois, cela peut avoir pour conséquence de l’éloigner au contraire. Cela s’applique également à toutes les « concessions », telles que le désengagement de Gaza de 2005, dans lequel Israël a unilatéralement retiré les habitants de ses implantations et ses troupes de la région, qui est rapidement devenue un bastion de l’organisation terroriste Hamas.

« Quand vous criez : ‘paix, paix, paix’, c’est un signe [pour l’adversaire] de faire monter les enchères », a déclaré Aumann. « L’expulsion de Gaza – c’est de l’histoire ancienne – était une très très mauvaise décision », a-t-il déclaré, et a enseigné aux Palestiniens que, s’ils mettaient suffisamment de pression, Israël capitulerait. « Nous les incitons à continuer », a-t-il déclaré.

Israeli Le Prix Nobel, le Prof. Robert Yisrael Aumann, prend la parole lors d’un événement du Times of Israel Presents, produit en partenariat avec Beit Avi Chai à Jérusalem, le 12 décembre 2018. (Dana Bar Siman Tov)

« La sagesse commune – ou la folie – consiste à penser que faire des concessions amènera la paix. Cela n’apporte pas la paix, mais la guerre, c’est le contraire », a-t-il déclaré. « L’expulsion de Gaza a conduit à toutes les guerres dans la région de Gaza qui ont suivi. Nous les incitons à continuer à faire pression. Nous récompensons leurs attaques. »

Convenant qu’Israël avait besoin d’un homme d’État théoricien du jeu, Aumann a ajouté sobrement que le gouvernement israélien lui avait déjà demandé son avis et qu’il semblait l’avoir suivi pendant quelques années. Mais ensuite, pour obtenir la libération de Gilad Shalit, le gouvernement a changé de cap et a fait exactement l’inverse de ce qu’il avait conseillé, et Israël a libéré 1 027 prisonniers lors de l’échange.

Tout n’est pas sombre, cependant. « Nous faisons beaucoup de mauvaises mais aussi de bonnes choses », a-t-il déclaré, ajoutant qu’Israël devait prêter attention aux incitations qu’il présente aux Palestiniens.

L’un des premiers moyens d’assurer un changement, a-t-il dit, est de mettre fin à l’endoctrinement de leurs enfants à détester suffisamment les Juifs pour sacrifier leur vie dans l’espoir de les chasser.

Peut-être fait-il référence à sa propre enfance et de la façon dont lui, enfant juif religieux, a été influencé par l’idéologie nazie, a-t-il déclaré : « Cela est profondément enraciné et doit changer. Cela aurait dû être notre première priorité. »