Toulouse : « Une flambée considérable des actes antisémites », sept ans après la tuerie d’Ozar Hatorah

SOCIETE  Sept ans après la tuerie perpétrée à l’école juive Ozar Hatorah, une allée du jardin Michelet était baptisée ce mardi du nom des victimes du terrorisme. Depuis, les actes antisémites ont connu une hausse importante selon les responsables de la communauté

Béatrice Colin pour 20 Minutes Toulouse

Un jeune homme porte une kippa lors d'une manifestation contre l'antisémitisme à Cologne.
Un jeune homme porte une kippa lors d’une manifestation contre l’antisémitisme à Cologne. — Henning Kaiser/AP/SIPA
  • Ce mardi, une allée du jardin Michelet, dans le quartier Bonnefoy de Toulouse, était baptisée des noms des quatre victimes assassinées le 19 mars 2012 à l’école juive d’Ozar Hatorah.
  • Un hommage leur a été rendu en présence de leurs familles, de Nicolas Sarkozy et de Jean-Michel Blanquer.
  • Depuis sept ans, les actes antisémites se sont multipliés dans la Ville rose. Entre mars et juin, le parquet a dénombré plusieurs dizaines de faits.

Sept ans après les tueries perpétrées le 19 mars 2012 à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, ce mardi matin, l’allée Monsonégo-Sandler était inaugurée au sein du jardin Michelet, en hommage à Myriam, Arié, Gabriel et Jonathan, les quatre victimes du terroriste Mohamed Merah.

« Ce jour-là, j’ai vu de mes yeux ce que les yeux d’aucun homme ne peut accepter de voir. C’est inacceptable, c’est innommable, cela ne doit pas se reproduire. Si cela continue c’est qu’on peut faire mieux », a soutenu Nicolas Sarkozy, président de la République de l’époque, présent aux côtés des familles et de la communauté juive.

Jean-Michel Blanquer@jmblanquer

Nous n’oublions pas!
Et nous agissons pour que la République soit forte face au fanatisme.
À Toulouse, 7 ans après, avec les familles, les élus , les citoyens et @NicolasSarkozy @jlmoudenc pour inaugurer un lieu de commémoration pour Myriam, Arié, Gabriel et Jonathan.

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A Toulouse, cette dernière est depuis plusieurs années la cible d’actes antisémites. « On aurait pu croire qu’en 2012 les choses se seraient figées au regard des événements tragiques qui s’y sont déroulés, rien du tout, nous sommes dans une flambée considérable. Toulouse est aujourd’hui une des places fortes de l’antisémitisme en France », déplore Franck Touboul, le président régional du Conseil représentatif des institutions juives (CRIF).

Crachats, insultes

Régulièrement, il est contraint de reloger des familles, « souvent dans des situations précaires, parce que leur judaïsme est connu de leurs voisins et ils vivent un enfer dans des quartiers ».

« Mes rabbins sont régulièrement insultés, sont obligés de faire des détours pour se rendre à la synagogue parce qu’ils savent que dans telle ou telle rue, ils risquent quelque chose, on leur crache dessus. Je me dis que l’histoire bégaye, les auteurs sont différents, ils ont un nouveau visage mais ils véhiculent la même haine, les mêmes clichés », poursuit ce responsable qui a vu de nombreuses familles émigrer, de nombreux jeunes partir après avoir eu leur bac.

Pour que ces actes ne restent plus lettre morte, depuis quelques mois, un référent judiciaire a été nommé par le Crif pour signaler tous les faits à un magistrat du parquet de Toulouse.

En quatre mois, 84 faits recensés

« Le 1er mars, un groupe local de traitement de la délinquance dédié à la lutte contre toutes les formes de discrimination a été mis en place, il permet d’analyser le phénomène et les types d’infractions. Entre mars et juin, nous avons eu 84 faits recensés, majoritairement des actes antisémites, que ce soit des insultes, des agressions ou du vandalisme. Nous enquêtons systématiquement », indique le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzéari qui enregistre une hausse des faits dénoncés.

Un impératif pour Franck Touboul, qui doit être accompagné selon lui d’un plan Marshall avec des mesures fortes sur ces questions, notamment au sein de l’éducation nationale. « Aujourd’hui je suis président d’une communauté qui est dans une phase de déclin, c’est une disparition programmée sur plusieurs décennies, 20 ans, 30 ans, pas plus. Je ne vois pas comment les choses peuvent changer. Il y a antisémitisme ordinaire, du quotidien qui rend la vie très compliquée. Il ne peut pas y avoir de police derrière tous les juifs, nous ne le souhaitons pas », poursuit Franck Touboul pour qui ce combat ne doit pas être uniquement celui des juifs, mais de tous.

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