Universités : la non-mixité ou les habits neufs du racisme

Universités : la non-mixité ou les habits neufs du racisme

Quand un « camp d’été décolonial » (sic) interdit aux Blancs a ouvert ses portes, certains ont considéré qu’il s’agissait d’une foucade d’illuminés. Quand des initiatives du même acabit ont été testées à la fac de Saint-Denis, ils y ont vu la trace emblématique d’un avant-poste du différentialisme. Quand le mouvement Nuit debout a validé cette pratique, reprise ensuite à son compte par le syndicat SUD de Saint-Denis, ils ont commencé à s’interroger. Vu ce qui se passe dans certaines facs, il est temps de tirer la sonnette d’alarme.

Une dérive identitaire et néoraciste, venue de l’autre côté de l’Atlantique, est en train de gagner le monde universitaire, avec la complicité de personnalités se réclamant de l’antiracisme et de l’extrême gauche. A Tolbiac, à Nantes et ailleurs, se sont tenues des réunions en « non-mixité », réservées à des personnes ayant la couleur de peau idoine. A Sciences-Po Paris, on a brodé sur le racisme de l’Etat français, comme si on était à Alger pendant l’époque coloniale. A chaque fois, on retrouve l’obsession de la prétendue domination blanche, la mise en scène d’un néocolonialisme fantasmatique, la dénonciation d’une France pratiquant le racisme institutionnel.

Certes, nul ne peut nier la nécessité de combattre le racisme et les inégalités sociales qui frappent en premier lieu les enfants d’immigrés. Ce n’est pas une raison pour encourager la dérive ethnodifférentialiste d’une partie de la gauche ayant rompu avec l’utopie universaliste pour voir dans le Blanc l’ennemi absolu. D’ordinaire, les membres de cette cohorte se revendiquent du combat antifasciste, au point parfois de déceler la « bête immonde » à chaque coin de rue. En général, ils traquent le « dérapage » verbal comme d’autres le sanglier. Ils soupèsent le moindre mot de Marine Le Pen pour y déceler le signe avant-coureur de la nuit des longs couteaux.

Or ces veilleurs de la démocratie cautionnent une dérive identitaire comparable à celle des identitaires chassant le migrant dans les Alpes, sauf qu’elle est à front renversé. A leurs yeux, la parole raciste est recevable dès lors qu’elle est portée par des voix se réclamant des présumés opprimés d’hier, d’aujourd’hui et de demain. De même qu’il y a le bon et le mauvais cholestérol, il y a le bon et le mauvais racisme.

En effet, la non-mixité des « racisés » n’est qu’une forme de diabolisation de tous les Blancs, quel que soit leur statut social. Finie, la lutte des classes, oubliée, l’opposition entre l’élite et le peuple, enterrée, la domination du capital. La nouvelle ligne de démarcation sépare ceux qui ne sont pas blancs, classés d’office dans le lot des victimes, et ceux qui le sont, suspects d’exploitation ou de complicité.

Si des esprits tordus prétendaient organiser une réunion interdite aux Noirs, on crierait au déni des droits humains, à la lepénisation des esprits, au mépris affiché. On invoquerait l’esprit de Voltaire, le combat de Nelson Mandela ou la mémoire de Rosa Parks osant s’asseoir dans un bus « interdit aux Noirs » dans l’Amérique ségrégationniste des années 50. En l’espèce, rien de tel.

De bonnes âmes expliquent que la non-mixité n’est pas une discrimination dès lors qu’elle est l’expression de la lutte « des opprimés pour les opprimés », se réclamant des Etats-Unis et de la naissance du mouvement pour les droits civiques, à l’époque du racisme légalisé. D’où l’on en conclura qu’à leurs yeux Emmanuel Macron est le clone de Pieter W. Botha, l’ex-président d’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Les identitaires en gants blancs (pardon : noirs) ont le sens de la nuance, le souci de la réalité et le goût de la dialectique.

En vertu d’un raisonnement tribal, les têtes pensantes de cette mouvance classent les Noirs avec les Noirs, les Arabes avec les Arabes, les musulmans avec les musulmans, les homos avec les homos, les juifs avec les juifs et les femmes avec les femmes. On est défini non par ce que l’on est, mais par ses origines – ethniques, raciales ou religieuses -, considérées comme des invariants structurels prédestinant le devenir de chacun. Chacun dans sa communauté. Exit la mixité. Adieu, l’approche universaliste qui veut que les êtres humains, forts de leurs différences, soient égaux entre eux.

Régis Debray a écrit : « Le citoyen, c’est l’homme sans étiquette. » Vivement le jour où l’on oubliera les étiquettes pour redécouvrir les citoyens.

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