FOG – Après Trotski, Plenel a une nouvelle idole : Marat !

Quand Edwy Plenel se range derrière Marat le sanguinaire, il y a fort à parier que d’autres journalistes lui emboîtent le pas.

| Le Point 

Nos prétendues élites intellectuelles sont-elles devenues folles ? Alors que le coronavirus commence à plomber l’économie, ne sommes-nous pas tombés dans la phase agonique de la décadence, quand la société commence à se désintégrer ? Ces temps-ci, il flotte sur la France un parfum soufré, annonciateur de guerre civile.

Après l’effarante cérémonie des César, qui n’a pas fini de traumatiser le pays, on se frotte les yeux : voici qu’une supposée grande conscience des médias, Edwy Plenel, se range subrepticement derrière l’une des figures les plus abominables de la Révolution française, maboul avéré, le citoyen Marat spécialisé, entre autres, dans l’appel au meurtre.

Grand manitou autoproclamé du camp du Bien, Plenel publie régulièrement des livres laborieux qui lui permettent de tourner dans les médias pour faire la réclame de Mediapart, l’entreprise qu’il a créée et qui l’a bien enrichi. Leur principale qualité : quand elles vous tombent des mains, ces publications ne font pas mal au pied, tant elles sont petites, légères. Toujours sans surprise, elles distillent la même musiquette, celle de la vieille ultragauche.

Le sujet de son dernier pensum, La Sauvegarde du peuple (La Découverte), est une pseudo-enquête autour d’une phrase de Jean-Sylvain Bailly, astronome, mathématicien et maire de Paris (1789-1791), un révolutionnaire trop modéré pour ne pas finir guillotiné : « La publicité est la sauvegarde du peuple. » Traduire : il faut rendre public tout ce qui est de l’intérêt du peuple. Cette formule, c’est ce qu’il y a de mieux dans le livre où il apparaît vite que, dans la Révolution, Plenel préfère les ennemis de l’édile parisien, à commencer par Marat.

Révélation qui laisse pantois, au milieu de maintes digressions : le héros de tant de journalistes considère Marat comme un modèle. Brrr… Son originalité, écrit Plenel, « est qu’il ne se contente pas de défendre le contre-pouvoir de la presse, la nécessité de ses vigilances et de ses défiances ». Notre libelliste est en pâmoison devant sa « théorie radicale de la démocratie comme lieu d’un conflit créateur », conflit dont il assume qu’il puisse « aller jusqu’à l’insurrection si ceux qui gouvernent se dérobent à sa vitalité ».

Face à une vision de la démocratie « qui la borne et la contient, la résumant et la réduisant à la légitimité de l’ordre issu du vote et des élections », Plenel adopte de toute évidence, pardonnez sa logomachie, la vision de Marat qui « l’étend et l’encourage, la stimulant et l’activant grâce aux désordres dynamiques d’un espace public pluraliste ». Et de citer le député montagnard qui publie un journal, L’Ami du peuple : « On voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition. »

Le journalisme consistant souvent, comme dit l’humoriste, à parler de choses qu’on ne connaît ni ne comprend, Plenel n’a sans doute pas pris le temps de travailler sur la Révolution française. Mais il ne peut ignorer que Marat, « pasionaria » de l’insurrection, prêchait la haine et prônait les tueries ou les pillages, quand il ne contribuait pas à orchestrer des massacres, comme ceux de septembre 1792. C’est dans tous les livres d’Histoire.

Disciple de Rousseau, faux philosophe, scientifique bidon, mais ne doutant jamais de son génie, le monstrueux Marat est rongé par la haine et l’aigreur comme par des vers. Dans son chef-d’œuvre, Les Origines de la France contemporaine (Laffont, « Bouquins »), Hippolyte Taine a tout dit sur cet histrion à la « logique de fou », qui souffre d’un délire de persécution et appelle sans arrêt le peuple à semer la mort. En septembre 1792, devant le conseil de la Commune, l’idole de Plenel estime à 40 000 le nombre de têtes qu’il faut abattre pour que la Révolution triomphe. Six semaines plus tard, l’abcès social ayant grossi, il considère qu’il faut tuer 170 000 personnes pour assurer la « tranquillité publique » et demande qu’on le charge de cette besogne.

Edwy Plenel n’a jamais cessé de célébrer la mémoire de Trotski, sa première idole : en 1918, quand il était le grand maître de l’Armée rouge, cet expert en terreur fut, comme l’a rappelé l’ami Étienne Gernelle (1), le sinistre concepteur du premier camp de concentration à la soviétique, préfiguration du Goulag, mouroir pour des millions de personnes (entre 10 et 20 millions) dont le grand tort était de penser mal. Mais bon, ça n’a jamais troublé la digestion de notre saint patron des médias, désormais converti aussi à Marat. Souvent plenellisés, nos chers confrères seront-ils maratisés dans la foulée ?

Pauvre presse ! Pauvre France ! §

1. Cf. « Le Point », le 15 novembre 2018.

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