Helena Rubinstein, impératrice du beau

EXPOSITION Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, des  œuvres et des archives racontent la vie de cette femme d’affaires, au goût très sûr. À la tête d’un empire de cosmétiques, elle fut aussi une collectionneuse d’art.

CLAIRE BOMMELAER

Helena Rubinstein dans son laboratoire, à Saint-Cloud, dans les années 1930.

Helena Rubinstein, partie de rien, fut à la tête d’un empire au point d’être considérée comme une des femmes les plus riches du monde dans les années 30. Son parcours hors normes, qui démarre dans une famille juive traditionnelle de Pologne, est raconté au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris. Assez longue, « L’aventure de la beauté » expose le portrait d’une femme indépendante, versée dans les affaires, possédant un goût sûr, y compris pour les œuvres d’art. Grâce aux archives prêtées par L’Oréal, qui détient la marque depuis 1984, la vie d’Helena est racontée comme dans un livre hagiographique. Outre des photos, des œuvres d’art, issues de sa collection, sont exposées.

Un rapide coup d’œil sur les murs permet de comprendre qu’Helena Rubinstein fut un personnage, à tous les sens du terme. Le parcours regorge de portraits où elle pose, toujours élégante avec son sempiternel chignon noir, mais sans jamais sourire. On apprend qu’elle faisait retoucher les photos, à la fin de sa vie, qui fut aussi un exercice de communication. À la fin de l’exposition, une interview radio, réalisée dans les années 60, permet d’entendre sa voix, à l’accent chantant : Helena, que Jean Cocteau nommait « l’impératrice de la beauté », était cosmopolite, déterminée et intelligente.

Née à Cracovie en 1872 dans une modeste famille juive orthodoxe, Chaja fait très tôt montre d’une indépendance extraordinaire pour son milieu. Elle refuse notamment le destin qui lui est proposé, y compris un mariage arrangé. Sa famille l’envoie chez un oncle en Australie, et c’est là-bas que la saga Rubinstein va démarrer. En 1902, elle crée sa marque, qui veut allier sciences et beauté (plus tard, elle prétendra même avoir fait deux ans de médecine). Grâce au bouche-à-oreille, celle qui s’appelle désormais Helena ouvre bientôt trois autres instituts, puis retourne en Europe, à Londres. Sa vie et sa réussite passeront par New York et, bien sûr, Paris.

On est presque étonné d’apprendre qu’elle épouse un certain Edward William Titus, avec qui elle aura deux enfants Royce et Horace. Edward, qui la surnomme Madame, tient un rôle important au sein de l’entreprise de sa femme, puisqu’il assure le volant publicitaire de la maison. L’affaire Rubinstein raconte aussi l’avènement de la réclame, dans les années 1930 à 60. Tandis que les clientes sont incitées à répondre à l’injonction de la beauté (« il n’y a pas de femmes laides, il n’y a que des femmes paresseuses », dira-t-elle), Madame commence une collection d’art premier, ce qui prouve un peu plus son côté avant-gardiste.

Elle plébiscite aussi des artistes comme Picasso ou Braque. Dans une salle du musée, des œuvres de Marc Chagall, Michel Kikoïne, Sarah Lipska, Louis Marcoussis, Élie Nadelman ou Maurice Utrillo, provenant de sa célèbre collection personnelle, font toucher du doigt son goût. De même, les photos très léchées de son appartement du boulevard Raspail, à Paris, valent toutes les démonstrations.

Statue du commandeur 

Ses relations autant que sa prestance lui permettent de poser pour Raoul Dufy, Salvador Dali ou Marie Laurencin. On la voit, statue du commandeur, près d’une table, dans sa « clinique de la beauté », en haut d’un escalier, habillée par les plus grands couturiers, qu’ils se nomment Poiret, Chanel ou Dior. Elle se lie avec Madeleine Vionnet, Jeanne Lanvin, Balenciaga et Yves Saint Laurent, dont elle sera l’une des premières clientes.

L’exposition ne dit pas grand-chose de sa relation au judaïsme, même si un des derniers actes de sa vie y a trait. Sensible à la création de l’État d’Israël, elle va financer le pavillon d’art contemporain du Musée d’art de Tel-Aviv, auquel elle léguera une collection de maisons de poupée.

« L’aventure de la beauté » au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris (IIIe), jusqu’au 25 août.

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