Islam: l’étrange lettre de la préfecture du Rhône

Dans un courrier envoyé en vue de prochaines assises territoriales, elle invite à «mieux faire connaître l’islam dans la société».

Par Stéphane Kovacs

Est-ce à l’État de «mieux faire connaître l’islam»? De «valoriser des interactions entre l’islam et la société civile»? Dans un courrier à en-tête du préfet du Rhône envoyé notamment à l’université Lyon-II, le sous-préfet demande à sa présidente d’inviter les professeurs et les élèves à prendre part aux assises territoriales de l’islam de France, qui se tiendront le 17 décembre à la préfecture. Alors que nombre de militants laïques crient au «prosélytisme d’État», le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, fustige une «lettre inadmissible» et demande au ministre de l’Intérieur de «s’expliquer rapidement sur l’attitude de la préfecture du Rhône».

C’est l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb qui avait demandé, l’an dernier, à chaque département d’organiser ces assises territoriales de l’islam de France, en continuité des «instances de dialogue» lancées en 2015. Dans sa lettre, qui selon Bruno Retailleau a été envoyée à plusieurs universités, le sous-préfet écrit qu’«elles constitueront l’occasion de réfléchir à la consolidation de la représentativité d’une structure départementale déjà en gestation, afin d’être en mesure d’avancer sur les multiples enjeux auxquels l’islam est confronté dans le département». Et d’énumérer: «mieux faire connaître l’islam dans la société civile, notamment via les médias» ; «mieux lutter contre la radicalisation» ; «travailler sur la formation et le statut des imams» ou encore «permettre une meilleure implication d’une structure de représentation départementale ancrée dans les valeurs de la République». Avant de préciser que «ces échanges ne seront fructueux que s’ils permettent aux représentants des imams et des gestionnaires d’association cultuelle de dialoguer avec des élus, des représentants d’autres cultes, des acteurs professionnels ou associatifs de la société civile».

«Infractions à la laïcité»

Trois jours après un séminaire gouvernemental où Christophe Castaner avait enjoint aux préfets d’«agir contre la radicalisation et le communautarisme», il ne peut pas «rappeler à grands coups de communication les principes qui fondent notre laïcité, s’offusque le sénateur de Vendée, et laisser l’État ignorer ces mêmes principes dans les territoires! L’État a-t-il la prétention de devenir l’attaché de presse d’un culte?». Même émotion pour l’association Esprit Laïque: «Comment l’État peut-il organiser à ce point l’abattage du principe de séparation, de neutralité, et de non-reconnaissance des cultes par les instances régaliennes?», s’indigne-t-elle. «On a franchi une étape supplémentaire dans les infractions à la laïcité, renchérit Laurence Taillade, présidente du Parti républicain solidariste (PRS). Voilà l’État qui organise la promotion du culte musulman, et un concordat qui ne dit pas son nom avec l’islam!» Sur Twitter, la militante laïque Zineb El Rhazoui martèle: «Les médias sont indépendants. La société civile n’est pas le clergé. La préfecture n’est pas une mosquée.»

À la préfecture, on répond qu’«il ne s’agit absolument pas de faire la promotion d’une religion, mais de permettre un espace de dialogue entre les cultes et les autorités au niveau départemental – qui n’existe pas actuellement – pour traiter de tout un tas de problématiques comme la lutte contre le communautarisme et la radicalisation». Pour Bruno Retailleau, «c’est sans doute la faute d’une préfecture, mais pas seulement»«En refusant de faire évoluer la loi sur les signes religieux dans les sorties scolaires ou sur la présence de listes communautaires aux élections, le gouvernement sème le doute sur la réalité de son engagement à lutter contre les menaces que fait peser sur la République l’islam politique, insiste-t-il. Et on attend toujours le grand discours d’Emmanuel Macron sur la laïcité! S’il n’y a pas de cap en haut, cela ouvre à toutes les erreurs…»


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