La vérole est en Occident, les hirondelles au Maghreb

L’ÉDITORIAL DE FRANZ-OLIVIER GIESBERT

L’avenir de l’Occident est-il en train de se jouer en Tunisie et en Algérie ? C’est encore une question taboue, mais ces deux pays sont peut-être en train de sortir pour de bon de l’ornière islamiste dans laquelle les poussent depuis des années, par conformisme, haine de soi ou fatigue intellectuelle, une partie des élites françaises, des médias bien-pensants.

Leur impensé raciste amène ces nouveaux collabos (de gauche) à penser que tous les Arabes sont musulmans et tous les musulmans islamistes. Moyennant quoi l’anti-islamisme devient un néoracisme. A croire ces « maîtres-à-penser-comme-il-faut », il faudrait donc se soumettre à la fatalité islamiste, quitte à jeter par-dessus bord les valeurs européennes de la République.

Ce qui se passe aujourd’hui dans une partie du Maghreb est en train de prouver avec éclat que ces cagots de l’angélisme, obsédés par l’islamophobie, pensent faux, archifaux. Certes, l’hydre islamiste continue de tisser ses toiles sitôt que ses fils se défont, en repoussant toujours plus loin les limites de l’abjection – on peut l’observer dans la guerre fratricide que se livrent aujourd’hui, en Afghanistan, Daech et les talibans.

De même, l’islamisme a sans doute encore quelques « beaux » jours devant lui en Iran et en Turquie, où des pouvoirs pourris jusqu’à la moelle, nostalgiques de leur grandeur passée, s’échinent à exporter leur fondamentalisme à travers le monde. Mais ils n’ont plus le même rayonnement. La « magie » d’antan n’opère plus. Ils ne sont plus que les caricatures d’eux-mêmes.

Plus grave encore pour les islamistes : la « normalisation » (à petits pas) de l’Arabie saoudite, qui a fini de jouer au généreux bienfaiteur de l’intégrisme, voire du terrorisme : ce rôle est désormais dévolu à l’émirat du Qatar, as du dessous-de-table et mille-pattes de l’Orient qui, à force de les mettre partout, risque de se prendre un jour les pieds dans ses jambes et dans le tapis !

Mais la plus mauvaise nouvelle pour les islamistes et leurs épigones français vient, à l’évidence, du Maghreb, dont on disait qu’il finirait par tomber un jour tout cuit dans la nuit islamiste. On en est loin. Il fait de la résistance. Il appelle de ses vœux cette démocratie qui, en Occident, a perdu beaucoup de ses atours sous les coups de boutoir des braillards populistes.

L’Algérie a sorti la tête de l’obscurantisme dans lequel elle était empéguée au temps du FIS et du GIA, promus, voire encensés, par une intelligentsia française en plein délire collectif. Grâce soit rendue aux pôles de résistance à l’islamisme qui, depuis des années, ont toujours tenu, notamment autour de figures charismatiques comme Saïd Sadi ou d’écrivains comme Kamel Daoud, Boualem Sansal, etc. 

L’intégrisme algérien n’est plus ce qu’il était, à en juger par le tour que prend la forte contestation du pouvoir incarné désormais par le général Gaïd Salah, réputé proche du Qatar. Après le 26 e vendredi de manifestations, il apparaît clairement qu’elle n’a toujours pas été gangrenée ni même infiltrée par les fondamentalistes, en voie de marginalisation. C’est une formidable nouvelle. 

Quant à la Tunisie, elle est en train de donner au monde arabe une belle leçon : la démocratisation est toujours en marche ; rien, même les attentats, ne semble pouvoir l’arrêter. De la mouvance islamiste au courant laïque en passant par les nostalgiques de Ben Ali, toutes les sensibilités ou presque seront représentées lors de la présidentielle anticipée du 15 septembre : vingt-six candidats, dont deux femmes et le très populaire Nabil Karoui, magnat des télécoms. Apparemment, malgré les difficultés, tout permet de penser que la jeune démocratie tunisienne survivra à la mort du président Béji Caïd Essebsi, en juillet.

Si vérole il y a, elle est aussi en Occident, où prolifèrent les intégristes et leurs idiots utiles, les islamo-gauchistes, qui, avec leurs épigones indigénistes, font la loi dans certains journaux, parfois dans les universités américaines ou françaises, ce qui mériterait un tome II au prophétique « Soumission », de Michel Houellebecq.

En attendant, puissions-nous méditer, quand il est encore temps, l’avertissement du cheik Abdallah ben Zayed, ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis, il y a deux ans : « Viendra le jour où l’on verra beaucoup plus d’extrémistes radicaux et de terroristes venant d’Europe, à cause du manque d’esprit de décision, de la volonté d’être politiquement correct, du sentiment de mieux connaître le Moyen-Orient et l’islam que nous. »§ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *