Le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique tué au Mali par l’armée française

La ministre des Armées Florence Parly a confirmé ce vendredi soir que l’émir Abdelmalek Droukdal et plusieurs de ses collaborateurs ont été «neutralisés».

Par Nicolas Barotte

Florence Parly, la ministre des armées, a annoncé vendredi 5 juin, la mort d’Abdemalek Droukdal, le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il a été tué par l’armée française lors d’une opération à Talhandak au Nord-Ouest du Mali.PartagerPlayUnmuteCurrent Time 0:03/Duration 1:07Loaded: 99.88% Picture-in-PictureFullscreen

Lorsque Florence Parly s’exprime jeudi devant la commission défense de l’Assemblée nationale, Abdelmalek Droukdal est déjà mort. L’armée française déployée au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane a «neutralisé» la veille, le 3 juin, l’émir d’Al-Qaida au Maghreb islamique «et plusieurs de ses collaborateurs lors d’une opération dans le nord du Mali».

Mais la ministre des Armées ne l’a annoncé que vendredi soir. «Le combat essentiel pour la paix et la stabilité dans la région vient de connaitre un succès majeur», a-t-elle commenté sur Twitter. Abdelmalek Droukdal «commandait l’ensemble des groupes qaidistes d’Afrique du Nord et de la bande sahélienne dont le JNIM, l’un des principaux groupes terroristes actifs au Sahel», a-t-elle ajouté.

Florence Parly✔@florence_parlyE

Le 3 juin, les forces armées françaises, avec le soutien de leurs partenaires, ont neutralisé l’émir Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdal et plusieurs de ses proches collaborateurs, lors d’une opération dans le nord du Mali.3 87722:06 – 5 juin 2020Informations sur les Publicités

L’armée française vient de remporter une victoire symbolique importante dans sa lutte contre les formations djihadistes qui gangrènent le nord du Mali. Alors qu’un effort supplémentaire a été demandé depuis le mois de janvier à l’opération Barkhane (lancée dans la foulée de l’opération Serval en 2014), l’élimination d’un important leader terroriste va déstabiliser sérieusement ces organisations.À lire aussi : La rivalité entre al-Qaida et l’EI embrase le Sahel

Pour faire basculer le rapport de force au Sahel, le chef de l’Etat Emmanuel Macron avait décidé de porter la présence militaire à 5100 soldats et de concentrer les opérations sur la zone des trois frontières (entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger) contre l’Etat islamique au Grand Sahara. Lors du sommet de Pau, en janvier, il avait exigé des pays du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Mauritanie) un engagement plus ferme aux côtés de la France. Affilié à Daech, l’EIGS était ainsi désigné comme ennemi principal. «Le 19 mai dernier, les forces armées françaises ont capturé Mohamed el Mrabat, vétéran du djihad au Sahel et cadre important de l’EIGS», a aussi annoncé vendredi soir Florence Parly.

Concurrence terroriste au Sahel

La neutralisation d’Abdelmalek Droukdal montre que la force Barkhane n’avait pas perdu de vue les autres groupuscules djihadistes. Ceux-ci d’origines et d’obédience à la fois diverses et entrecroisées se livrent aussi à une concurrence féroce dans le territoire sahélien. Depuis trois mois, l’EIGS, rattaché à Daech, et le RVIM (Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans), lié à Al-Qaïda, était même entré en conflit ouvert après avoir longtemps cohabité. «C’est une dynamique récente que nous surveillons avec attention», a commenté Florence Parly lors de son audition à l’assemblée pour s’en réjouir. D’autres fractures sont apparues avec la volonté apparente et balbutiante de certains groupes, comme par exemple la Katiba Macina, de laisser la porte ouverte à des discussions avec l’Etat malien.

Toutes les opérations de la force Barkhane sont désormais conduites avec les forces armées locales, s’est elle aussi félicitée. «Nous avons beaucoup de signes encourageants de leur montée en puissance», a-t-elle ajouté. L’autonomie des Forces armées maliennes ou des Forces armées nigériennes est la condition principale d’un désengagement français dans la région. Pour l’heure, elles n’étaient pas en mesure seules d’assurer le contrôle des territoires perdus.À lire aussi : «Barkhane»: «Reconstruire l’armée malienne, c’est réparer une voiture en roulant»

Le renforcement des armées s’accompagne malheureusement aussi de débordements. Plusieurs cas d’exactions contre des populations civiles menées ont été dénoncées. L’ONU a dénombré 101 exécutions extrajudiciaires par l’armée malienne entre janvier et mars, et une trentaine d’autres par l’armée nigérienne sur le sol malien. Vendredi, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix a exhorté «la Force conjointe du G5 Sahel et ses Etats membres à ne ménager aucun effort» pour respecter les droits humains.

Jusqu’à présent, l’état-major français s’est toujours refusé à tenir une comptabilité des djihadistes «neutralisés» sur le terrain, considérant que la «victoire» militaire passait par une autre voie : le retour de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire. Dans ce contexte, si l’élimination des leaders djihadistes constitue un succès, elle ne signifie pas un coup d’arrêt aux mouvements terroristes qui nourrissent leurs d’abord de conflits locaux, ethniques, pastoraux ou encore sociaux.

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