Les derniers survivants

Publié le 3 avril 2019  dans Culture & Sports/Entre les Lignes

„Et puis ils m’ont tatouée : 71978. J’ai tellement pleuré. Pas à cause de la douleur, non, à cause du numéro. J’avais perdu mon nom, je n’étais plus qu’un numéro. Ma mère m’a dit : « Ne pleure pas, ce n’est rien. Quand nous rentrerons, tu iras à l’école de danse et je te donnerai un grand bracelet qui cachera le numéro ». « Je ne suis jamais allée à l’école de danse et je n’ai jamais reçu le bracelet ».  Nina Weil, qui raconte ce qu’elle a vécu pendant la Shoah, fait partie des 14 survivants représentés dans l’exposition « The Last Swiss Holocaust Survivors » qui narrent leur histoire. Après Zurich, Singapour, Berlin et New York, cette exposition itinérante vient enfin d’arriver en Israël où elle est abritée dans le Musée Hecht de l’université de Haïfa.

La photo de Nina Weil, une survivante de la Shoah, figure en tête de l’exposition (photo : KHC)
LA PHOTO DE NINA WEIL, UNE SURVIVANTE DE LA SHOAH, FIGURE EN TÊTE DE L’EXPOSITION (PHOTO : KHC)

« Qui va en appeler à notre humanité ? » a demandé la psychologue Tsipi Gon-Cross dans son discours inaugural. Le président de l’université, le professeur Ron Robin, et l’ambassadeur suisse Jean-Daniel Ruch se sont posé la même question. Qui va raconter l’indicible et nous mettre en garde quand les derniers témoins auront disparu ? On recense 86 survivants en Suisse et, d’après le bureau central des statistiques en Israël, il y avait encore 186 500 rescapés en Terre Sainte fin 2016. Il est clair qu’en deux ans ce chiffre a dû sensiblement diminuer. « C’est la fin d’une génération mais nous devons préserver leur histoire et la transmettre à nos descendants » a déclaré l’adjoint au maire de Haïfa, le rabbin Dov Haiyun.

L’exposition est abritée dans le musée Hecht de Haïfa (photo : KHC)
L’EXPOSITION EST ABRITÉE DANS LE MUSÉE HECHT DE HAÏFA (PHOTO : KHC)

C’est exactement ce que fait cette exposition bouleversante. Plusieurs photographes dont Doris Fanconi et Frédéric Diserens ont réalisé des photos poignantes des survivants. Les textes de ces témoins, rédigés avec l’assistance du Dr Pascal Krauthammer et de Cristina Schaffner, nous ramènent à cette terrible époque. Bronislaw Erlich, que les nazis ont utilisé comme travailleur forcé, raconte : « Quand je vais me coucher et que j’éteins la lumière je pense à mes parents et à mon petit frère qui ont tous été assassinés. Je n’arrive pas à dormir la nuit. Une femme à Berne m’avait conseillé de prendre des gouttes de valériane. Je m’en suis acheté un flacon. Ça ne m’aide pas ».

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