Marseille : un médecin braqué et séquestré à son cabinet

Marseille : un médecin braqué et séquestré à son cabinet

Sur les images de vidéosurveillance de la salle d’attente, la deuxième bande d’agresseurs enfonce la porte du bureau de consultation.

PHOTO DR

Le 2 décembre, ce généraliste de Sainte-Marthe (14e) aurait été agressé par une bande de toxicomanes et menacé avec des armes de guerre

Des grenades lacrymogènes, des cris, des armes, des violences… Encore sous le choc, Samuel Oudinèche raconte “l’enfer” qu’il a vécu le 2 décembre dernier. Ce jour-là, ce médecin marseillais n’était pas coincé dans une manif de gilets jaunes, mais… dans son cabinet, comme tous les dimanches ; car il est l’un des rares généralistes à consulter ce jour-là. Et comme tous les dimanches, il y avait foule devant sa porte.

Le Dr Oudinèche n’est pas un médecin comme les autres. Nous l’avions rencontré il y a quelques semaines (La Provence du 26 octobre), dans son cabinet de Sainte-Marthe (14e), assailli par des dizaines de patients qu’il ne pouvait pas soigner, faute de feuilles de soins délivrées en nombre suffisant par la Sécurité sociale. Des malades étrangers pour la plupart, pauvres parmi les pauvres, des personnes pas à jour de leurs droits, des mères de famille aussi, qui galèrent pour trouver un médecin dans les quartiers Nord. “Je n’ai que des patients compliqués…“, élude le médecin.

Juif pratiquant affiché, tables de la Torah bien en vue sur son bureau, Samuel Oudinèche accueille une patientèle majoritairement musulmane. “Il est le seul docteur de Marseille qui parle arabe et qui nous comprend“, disent de lui ses patients reconnaissants. D’autres le sont moins. En particulier les toxicomanes, qui affluent chez ce praticien, l’un des rares à délivrer des ordonnances sécurisées pour des drogues de substitution. Agressée il y a quelques mois, sa collègue ophtalmologue du centre médical de Sainte-Marthe a recruté… un garde du corps, qui ne la quitte plus d’une semelle.

“J’ai subi une agression préméditée”

Mais si des bagarres éclatent régulièrement dans le cabinet du Dr Oudinèche, “jamais encore je n’avais subi un tel niveau de violence“, assure-t-il. Ce dimanche 2 décembre, il en est persuadé : “J’ai subi une agression préméditée“. Il décrit une bande de toxicomanes qui se serait donné rendez-vous à son cabinet, pour l’obliger à prescrire des ordonnances de Subutex. “Ils ont lancé des grenades lacrymogènes dans la salle d’attente. J’ai été séquestré dans mon bureau de 11 heures à 3 ou 4 heures du matin. Ils ont sorti des armes de guerre et me les ont braquées sur le front. Des caïds faisaient le guet à l’extérieur.” Les images de vidéosurveillance que nous avons plus consulter montrent un individu cagoulé qui s’acharne à coups de pied contre la porte du bureau de consultation. “Ça, c’est la 2e bande, ils sont arrivés vers 21 heures, sans doute prévenus par les premiers agresseurs“, analyse le Dr Oudinèche.

Contactées par nos soins, deux patientes qui ont assisté aux faits confirment ce récit glaçant. “C’était la guerre !“, résume l’une d’elle, qui évoque “les bousculades, les menaces, les coups.” “Au moment où j’allais partir, ils ont jeté une bombe lacrymogène.” L’autre patiente, enceinte, raconte avoir été “piétinée par la foule” et a fait un malaise.

Arme sur la tempe, avec le sentiment que j’allais bientôt mourir“, le Dr Oudinèche a dû remplir de dizaines d’ordonnances de Subutex datées du mois de janvier. En partant, ses agresseurs auraient embarqué son ordinateur médical, contenant des milliers de pièces d’identité, attestations, et aussi les relevés de comptes et les documents personnels. “Il y a quelques jours, j’ai reçu un appel au cabinet d’un individu qui me réclamait 10 000 euros pour me restituer ce matériel“, poursuit le Dr Oudinèche.

De source policière, on confirme qu’une plainte a été déposée et qu’une enquête est ouverte. En attendant, la police a ordonné au médecin de fermer son cabinet jusqu’à nouvel ordre.

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