Ottawa aux petits soins pour le suspect de l’attentat rue Copernic

Ottawa aux petits soins pour le suspect de l’attentat rue Copernic

Après avoir bénéficié d’un non-lieu le 12 janvier, Hassan Diab, suspect dans cette affaire qui avait fait quatre morts et des dizaines de blessés à Paris en 1980, est reparti dans son pays d’adoption, le Canada. Un vol retour surprenant d’égards diplomatiques puisqu’il a été accompagné dans l’avion par un représentant de l’ambassade du Canada en France.

C’est un très mauvais message à destination des pays qui, comme dans l’enquête sur l’attentat de la rue des Rosiers en 1982, refusent de coopérer avec la justice française dans des dossiers antiterroristes. » En quelques mots, cet expert résume l’un des enjeux du dernier rebondissement de l’enquête sur l’attentat de la rue Copernic, le 3 octobre 1980, l’une des plus vieilles de l’antiterrorisme français. Paradoxalement, ledit rebondissement n’est pas le non-lieu prononcé le 12 janvier dernier en faveur du suspect, Hassan Diab, par deux juges d’instruction antiterroristes, dont Jean-Marc Herbaut principalement en charge du dossier.

La décision, s’opposant aux réquisitions du parquet, était en fait attendue depuis des mois, voire des années, par la défense et les parties civiles. Car le magistrat instructeur a cru à l’innocence du suspect canadien d’origine libanaise dès 2015, quand il a repris le dossier instruit par Marc Trévidic. Ce non-lieu n’a toutefois pas conclu l’affaire, et la suite s’est avérée classique : le parquet et les 24 parties civiles ayant fait appel, la décision finale revient à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, qui, dans quelques semaines ou quelques mois, confirmera le non-lieu ou renverra Hassan Diab devant une cour d’assises spéciale. Ces derniers mois, cette même chambre de l’instruction, composée de magistrats du siège, a, statuant sur la liberté provisoire du suspect et non sur le non-lieu, jugé qu’« il existe des indices graves et concordants rendant plausible l’implication d’Hassan Diab dans les faits qui lui sont reprochés ». Mais tout a changé depuis ce week-end, et l’on peut se demander si la prochaine décision de la chambre de l’instruction, quelle qu’elle soit, a encore beaucoup d’importance.

Le vrai, et peut-être l’ultime rebondissement, de l’affaire Copernic est en effet survenu après le non-lieu, vendredi. Remis en liberté, Hassan Diab, 64 ans, a aussitôt profité de sa capacité de mouvement recouvrée pour prendre l’avion pour le Canada, d’où il avait été extradé en novembre 2014 après six ans de combat judiciaire.

Pour quitter la France, Hassan Diab, sur lequel pèse toujours le soupçon d’avoir posé dix kilos de pentrite devant une synagogue au nom d’un groupe terroriste palestinien (le FPLP-OS), a bénéficié d’un traitement de faveur. Selon le quotidien Ottawa Citizen, Hassan Diab, dont le nom figurait sur une « no-fly list », est revenu chez lui via l’Islande en utilisant un passeport provisoire, fourni par les autorités d’Ottawa, et accompagné dans l’avion par un représentant de l’ambassade du Canada en France. Il a déclaré que les diplomates canadiens avaient été « magnifiques » : « L’une m’a accompagné jusqu’à Ottawa et sans elle, je ne pense pas que j’y serais arrivé. En Islande, ils n’ont pas compris le passeport temporaire, elle est donc intervenue et leur a expliqué. » L’Ottawa Citizen croit savoir que son départ, « rapide et coordonné avec l’ambassade », s’est déroulé avec « la bénédiction des autorités françaises ». À son arrivée, Hassan Diab a été accueilli, sous les bouquets de fleurs, par sa femme, ses enfants et ses soutiens. Il a donné mercredi une conférence de presse au cours de laquelle il a critiqué la loi d’extradition canadienne et le système carcéral français, estimant que «justice a enfin été rendue». À Ottawa, l’affaire est en tout cas entendue : l’innocence d’Hassan Diab est gravée dans le marbre. Le message pour Paris est des plus clairs : à quoi bon aujourd’hui renvoyer Hassan Diab devant une cour d’assises spéciale et créer des tensions avec le Canada, si l’on sait qu’il restera outre-Atlantique ? En somme, une confirmation du non-lieu serait une façon raisonnable, diplomatique serait-on tenté de dire, de tourner la page… On imaginerait presque qu’Ottawa connaît la décision avant même qu’elle soit prise à Paris.

Un passeport à son nom trouvé à Rome

L’affaire Copernic va-t-elle se clore par cette version canadienne du « circulez, y a rien à voir », ce pied de nez au système judiciaire français, parquet et chambre de l’instruction mélangés, et aux parties civiles ? Si tel est le cas, l’impression de gâchis prévaudrait. Pour le travail de générations de policiers et de magistrats français qui, de 1980 à nos jours, ont travaillé, refusant obstinément de jeter aux oubliettes, comme l’ont fait nombre de nos voisins, ces « vieilles affaires terroristes » pour mieux dire aux tueurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain qu’on ne massacre pas impunément en France. Pour les trente-sept ans d’attente des parties civiles (dix-huit personnes privées, dont des parents de deux des quatre victimes de Copernic, et six associations dont l’AfVT, la Fenvac, la Licra, le Mrap et l’Union libérale israélite de France). Et finalement aussi pour Hassan Diab, jamais tout à fait innocenté, mais soumis depuis près de dix ans à une vie rythmée par les bracelets électroniques canadiens et les cellules françaises.

Le 29 novembre dernier, le parquet de Paris requérait « la mise en accusation d’Hassan Diab devant une cour d’assises spécialement composée ». Il estimait que « (son) implication dans l’attentat de la rue Copernic repose sur des éléments solides » et considérait comme « nécessaire un examen par une juridiction de jugement et une discussion contradictoire des éléments à charge et à décharge ». Le ministère public résumait ainsi un dossier où, loin de visions caricaturales faisant d’Hassan Diab le coupable idéal ou un martyr de la liberté, les éléments à charge et à décharge s’affrontent, troublants sans toutefois jamais être décisifs. Car le temps a brouillé les souvenirs des témoins et empêché l’utilisation des méthodes modernes (point d’ADN dans ce dossier). Il est pourtant évident que sans éléments à charge, l’affaire Diab n’aurait jamais vu le jour. Et sans éléments à décharge, cet ex professeur de sociologie serait peut-être déjà renvoyé aux assises. En 2007, Hassan Diab déclarait au Figaro qu’il était innocent, qu’il n’avait jamais milité dans des organisations palestiniennes et qu’il était victime d’une homonymie. À l’appui de ses dires, une solide défense d’alibi tendant à établir qu’il ne pouvait être en Europe, et encore moins à Paris, en septembre-octobre 1980, car il passait ses examens au Liban. Son ex-épouse, qui avait refusé de répondre aux questions du juge Trévidic, affirme qu’il l’avait amenée à l’aéroport de Beyrouth le 28 septembre 1980. Parmi les anciens de la faculté de sociologie de Beyrouth, où étudiait Hassan Diab en 1980, quatre témoins déclarent qu’il a révisé les examens avec eux et qu’il n’a pas quitté le pays. L’université de Beyrouth précise enfin que les examens de sociologie ont eu lieu en octobre 1980. En novembre 2016, la chambre de l’instruction avait toutefois noté que le témoignage de l’ex-épouse « n’est en l’état assorti d’aucun élément matériel de preuve » et que « les investigations conduites au Liban ne s’accompagnent pas davantage d’éléments de preuve matérielle indiscutable de (la présence de Diab) au Liban le jour des faits ». L’ordonnance de non-lieu estime pour sa part que ces témoignages et l’attestation de l’université de Beyrouth « permettent d’estimer qu’Hassan Diab se trouvait vraisemblablement au Liban pendant cette période ». Elle balaie en revanche les éléments troublants pour le suspect. Qui demeurent pourtant. Pourquoi l’apolitique Diab est-il décrit par un de ses anciens amis comme un militant propalestinien, engagé au sein du FPLP ? Pourquoi ce même témoin précise-t-il qu’il avait été frappé, en 1980, par la ressemblance entre les portraits-robots du terroriste et son ami ? Comment expliquer que l’apolitique Diab soit très proche d’une femme fortement soupçonnée d’être une activiste propalestinienne ? Pourquoi une de ses ex-petites amies a-t-elle tenu à témoigner spontanément en indiquant qu’il lui avait dit avoir « fait exploser une voiture » ? Pourquoi le passeport d’Hassan Diab est-il retrouvé en 1981 dans les mains d’un activiste palestinien ? Pourquoi ce passeport porte-t-il trace d’un visa espagnol du 17 septembre 1980, d’une entrée et d’une sortie d’Espagne les 20 septembre et 7 octobre 1980 (pour commettre leurs attentats, les terroristes palestiniens avaient pour coutume d’arriver dans un pays tiers avec leur vrai passeport puis de gagner le pays visé avec un faux passeport) ? L’intéressé affirme avoir perdu ce passeport le 12 septembre 1980, tombé de sa moto sur une route libanaise. Comment croire qu’un inconnu ait pu trouver ce document le 12, 13, 14, 15 ou 16 septembre et se précipiter pour se procurer un visa espagnol le 17 septembre sans rien changer au document, à la photo qui y figure ? Et accepter de partir commettre un attentat avec ce document trouvé par hasard quelques jours plus tôt ?

Ces éléments, et quelques autres, ont été mis en avant par la chambre de l’instruction pour refuser à plusieurs reprises la remise en liberté du suspect et par le parquet pour demander son procès. Depuis Ottawa, l’ex-professeur n’aura plus à en répondre. Lors de l’interpellation d’Hassan Diab au Canada, en 2008, un ancien policier de la DST commentait l’événement en ces termes : « Il nous faut ne pas oublier, et consacrer du temps et des hommes pour sortir les affaires. » Pour l’heure, l’affaire Copernic semble bel et bien enterrée.

Le Figaro – jeudi 18 janvier 2018

2 thoughts on “Ottawa aux petits soins pour le suspect de l’attentat rue Copernic

  1. CHEVALLOT Reply

    Théoriquement à l’occasion de son prochain voyage en France, cette ordure sera reçu par le mollah Macron pour être élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur pour services rendus à la nation et peut-être une nomination à un poste de conseillé diplomatique à l’ambassade de France en Israël !!!!!

  2. CHEVALLOT Reply

    Théoriquement à l’occasion de son prochain voyage en France, cette ordure sera reçu par le mollah Macron pour être élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur pour services rendus à la nation et peut-être une nomination à un poste de conseiller diplomatique à l’ambassade de France en Israël !!!!!

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