Pessah à Séville – L’INQUISITION

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Pessah à Séville – Nissan 5240 / avril 1480 

 

L’INQUISITION           

En 1480, le tribunal de l’Inquisition lançait ses premières opérations d’une rare violence contre les judéo-convers à Séville dont le point de départ fut le jour de la ¨Pâque juive”

Rappel historique

L’Inquisition espagnole ou tribunal du Saint-Office de l’Inquisition est une juridiction ecclésiastique instaurée en Espagne en 1478.

Le pape Sixte IV  octroyait aux Rois catholiques  le droit de présentation des inquisiteurs, ce qui, compte tenu de l’imbrication entre l’Église et la couronne espagnole, revenait à concéder à celle-ci le contrôle de l’institution.

Dépendant de la couronne, qui nomma les premiers inquisiteurs, son pouvoir juridique était absolu pour juger et condamner.

Si l’Inquisition naît en 1478, c’est parce qu’elle est l’aboutissement ultime des tensions et des avatars chaotiques de l’histoire des juifs et des conversos.

Deux ans plus tard, en 1480, le tribunal lançait ses premières opérations d’une rare violence contre les judéo-convers à Séville et rapidement de nouvelles cours inquisitoriales virent le jour dans les principales villes de Castille et d’Aragon.

Comme dans les autres diocèses, mais peut-être plus à Séville compte tenu de la grande population qui s’y trouvait, fallait-il, en outre, prendre en compte les résistances d’un secteur de la population peu enclin à accepter au pied de la lettre les nouvelles prescriptions conciliaires.

Et, en ce siècle marqué par un affermissement exalté de la foi, tout particulièrement dans la vallée du Guadalquivir, le Saint-Office déploya une activité remarquable et novatrice et se fit le défenseur de l’orthodoxie la plus pure.

Extrait du roman historique “Les bûchers d’Isabelle la Catholique” de Didier Nebot Pages 382 à 388

“C’était soir de fête. Les juifs célébraient la pâque et les soldats faisaient leur ronde autour de la juderia. Tout était calme, la Séville chrétienne ne fêterait la résurrection du Christ qu’une semaine plus tard. Ce soir-là, deux gardes, reniflant une odeur de brûlé, remontèrent la petite ruelle lsaac-Shaprut et tombèrent sur un remue-ménage étrangement silencieux : une dizaine d’hommes luttaient contre un feu, tout en jetant des regards inquiets vers l’entrée de la juderia. Quand ils virent les arrivants, leur attitude devint étrange.

“Que se passe-t-il ici ?” Questionna un des gardes.

“Nous étions en train de célébrer la pâque lorsqu’un candélabre s’est renversé sur le sol. Le feu a pris assez vite, mais nous l’avons circonscrit, il n’y a plus de danger maintenant.”

“Vous êtes sûrs ?  Nous allons voir.”

“Non, tout va bien, il n’y a plus de danger, vraiment !”

L’homme semblait paniqué, ses compagnons fixaient le sol. Ce comportement insolite intrigua les gardes, qui s’avancèrent vers le groupe, dévisageant les hommes un par un… L’un d’eux chercha à reculer pour disparaître dans la rue, le garde le rattrapa et le reconnut. “Mais tu es Simon de Rosas. Que fais-tu au milieu de ces juifs?”

“C’est un converti, il festoyait avec eux ! Il judaïse ! Va chercher du  renfort!” dit l’autre garde.

Les autorités, vite prévenues, firent perquisitionner dans toute la juderia, où elles trouvèrent de nombreux convertis qui communiaient avec leurs anciens coreligionnaires. Ce fut un tollé général dans toute l’Espagne et ce fait, en apparence mineur, allait  servir de détonateur.

Les souverains adressèrent un message solennel au pape Sixte IV, afin qu’il autorise l’inquisition dans leur pays pour lutter contre les agissements pervers des hérétiques. Une bulle papale leur donna satisfaction, et l’on nomma à Séville Miguel de Morillo et Juan de Martin, les premiers grands inquisiteurs de la péninsule Ibérique.

Ce fut la stupeur et la consternation parmi les marranes. En moins d’un mois, le mouvement prit une ampleur considérable.

Diego de Susan, le voisin des Salva à Séville, faisait partie du conseil de la ville. Il proposa une entrevue à Torquemada pour que le tribunal de la honte ne devienne pas effectif, afin de régler le problème sans effusion de sang. Mais Torquemada refusa. Isabelle, sollicitée, opposa le même refus. Dans sa construction d’une Espagne pure et forte, il n’y avait pas de place pour les hérétiques, un chrétien baptisé qui reniait la parole du Christ était un danger pour la foi. Miguel de Morillo et Juan de Martin n’allaient pas tarder à s’installer à Séville. On verrait alors les résultats.

“L’affaire de la pâque juive” avait excité le peuple. Cette fois-ci on ne s’attaquait pas aux juifs, mais qu’importe, il y avait de l’investigation, de la dénonciation dans l’air, on se prit à commérer, les esprits se réveillèrent, prêts à assister les tribunaux dans leur tâche salutaire … Ainsi, aux yeux d’une poignée d’observateurs, l’insistance de Diego de Susan parut suspecte. Au conseil de la ville, il ne cessait de dénoncer l’infamie d’un tribunal d’inquisition. On se mit à l’espionner.

Il réunit plusieurs amis qui judaïsaient, parmi ceux qui n’avaient pas été arrêtés lors de la pâque, afin de trouver une solution. Quelques personnes très dévotes rapportèrent que plusieurs nouveaux “chrétiens” avaient pris beaucoup de précautions pour se rencontrer. Dans quel but ? L’oreille indiscrète d’un pieux chevalier chrétien, fort amoureux de la fille de Diego, put saisir quelques bribes de leur conversation : “deux émissaires”, “empêcher ce tribunal de s’installer”, “recours à la violence”. Il s’en inquiéta auprès des pouvoirs publics. Diego de Susan, hérétique, et quelques complices projetaient d’abattre Miguel de Morillo et Juan de Martin. Diego et  ses  acolytes furent arrêtés.

Enfermé dans une grotte humide et totalement obscure, Diego avait perdu la notion du temps lorsqu’un matin on l’introduisit dans une grande pièce éclairée par des torches puissantes. Devant lui se tenaient ses juges, assis derrière une longue table.

“Diego de Susan, vous êtes accusé d’avoir comploté contre le régime en voulant exécuter Miguel de Morillo et Juan de Martin, représentants officiels du Saint-Office à Séville. Vous êtes ici pour avouer vos crimes et vous repentir.”

Il tenta de se justifier, mais on l’interrompit, il devait subir la question. Face à ce tribunal, il n’était plus un être humain mais une souris prise au piège, qu’on allait dépecer sous couvert d’un aveu à obtenir. Un homme arrêté n’avait aucune chance ni d’être jugé loyalement, ni de connaître une mort douce ou brève. L’enfer existerait sur terre. Diego allait y goûter.

Ce fut d’abord l’épreuve de la poulie. On le  suspendit au plafond par une corde, pour le laisser tomber ; mais la corde le retenait à quelques centimètres du sol. A chaque chute, un choc d’une violence inouïe manquait de le démembrer. Diego avait à peine conscience de ses hurlements. On recommença jusqu’ à ce qu’il  acquiesce à  toutes les questions.

“José del Castillo, Eduardo Uva, Pedro Sunis sont donc coupables. Vous devez  nous donner la liste de vos autres complices.”

Mais Diego ne pensait qu’à la douleur, il n’avait aucun nom en tête. La question se poursuivit. On lui fit boire des litres et des litres d’eau, si bien qu’il ne respira plus qu’avec difficulté. Alors ses bourreaux l’allongèrent sur un banc creux qu’on recouvrit d’une lourde dalle : il arrivait parfois que le corps éclate sous la pression. Une torpeur étrange descendait sur lui par bouffées, lui dérobait les paroles de l’inquisiteur. A bout de forces, il s’évanouit. On le reconduisit au cachot. Il avait été condamné au  bûcher.

Le 6 janvier 1481, Diego et les plus riches marranes de Séville inaugurèrent le spectacle du feu : devant plus de cinquante mille personnes ils furent brûlés en place publique. Mais les tortures les avaient déjà détruits, ils n’étaient plus que des ombres fantomatiques qu’on traîna au bûcher, et auxquelles les flammes arrachèrent un dernier hurlement avant de les consumer.

L’Inquisition s’organisa très rapidement en établissant des règles strictes pour permettre les arrestations. La dénonciation était un droit, et même un devoir. Toute personne qui portait des vêtements d’apparat et ne touchait pas au feu le samedi, ou bien s’abstenait de manger du porc était suspectée. Les enfants devaient dénoncer leurs parents, on garantissait l’anonymat pour tout  dénonciateur.

Un simple différend prenait d’énormes proportions. La vie était devenue impossible en Andalousie : pour une jalousie, une dette, des hommes étaient livrés aux bourreaux, parfois par leur propre frère. Serviteurs et parents pouvaient devenir des ennemis implacables. A Séville, l’afflux des prisonniers fut tel que le Saint-Office quitta le couvent de San Pablo pour le château de Triana. Devant cet immense succès, l’Inquisition s’étendit à la plupart des grandes villes de Castille, sous la responsabilité de Torquemada.

On demanda aux rabbins de dénoncer ceux qui judaïsaient. En échange d’une relative sécurité dans les juderias, ils devaient participer à l’effort d’assainissement. Au risque de leur vie et en dépit des pressions qu’ils subirent, aucun n’obéit à cet ordre inique.

L’Inquisition étendait donc sa grande ombre sur toute l’Espagne. Pour la première fois depuis de nombreuses décennies, les juifs n’étaient pas inquiétés. Ironie du sort, ceux qui avaient refusé le parjure en étaient presque récompensés, c’étaient les autres, les marranes, qu’on traquait.”

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