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Les Juifs d’Europe et Israël vent debout contre BDS (et consorts) | Jforum

Le Judaïsme européen à un carrefour, face à une adversité protéiforme, des partis identitaires aux officines palestinistes pour le boycott.

a) Le contexte historique houleux de la conférence de Bruxelles

L’antisémitisme qu’on sait croissant en Europe ne peut, probablement, qu’augmenter encore, à mesure que la vie politique se polarise, à l’écart des partis dominants traditionnels de droite, du centre et de gauche. Cette crise est encore plus flagrante, quand ces mêmes partis traditionnellement libéraux et ouverts, recèlent, comme au sein du Parti Travailliste britannique, ce même poison antisémite qu’on croyait (les Juifs de Grande Bretagne au premier chef) essentiellement secrété à l’extrême-droite ou chez les pires Islamistes radicaux.

” L’Europe est à un carrefour politique et se polarise de plus en plus à l’écart des partis centristes. Après les élections de 2019, les enjeux n’auront jamais été aussi élevés”, a déclaré le Rabbin Menahem Margolin en introduction. 

De gauche à droite, présentant la situation au Royaume-Uni : Gideon Falter, directeur de Campagne contre l’Antisémitisme, le député Matthew James Offord and David Maddox, rédacteur-en-chef politique du Sunday Express.

BRUXELLES- Comment contrer l’antisémitisme grandissant en Europe en mobilisant toutes les initiatives? Comment les Juifs devraient s’adresser ou non aux partis qui n’appartiennent pas au spectre classique de droite et de gauche, mais aussi aux partis dominants qui développent l’antisémitisme en leur sein, comme le parti travailliste britannique, en prévision des élections européennes de 2019? Ces questions étaient au cœur des sujets discutés et débattus, lors de cette conférence emblématique de l’Association Juive Européenne (EJA), qui s’est déroulée mardi 6 et mercredi 7 novembre à Bruxelles et à laquelle JForum était convié. 

L’Association Juive Européenne (EJA) a été fondée en 2007, en tant que centre de l’activité juive en Europe. Très rapidement, dès 2010, le Rav Menahem Margolin en a pris la tête, par des positions qui détonnaient avec le politiquement correct admis. Il fait, par exemple, campagne, en 2015, pour l’armement -dans des conditions claires et en traçant des règles particulières- des gardes dans les synagogues, face au risque d’intrusion terroriste. Les faits lui donnent encore raison, après la tragédie de Pittsburgh, commémorée au soir du 6 novembre 208.

  Les communautés juives d’Europe ont besoin de protection 24h sur 24 et nos pratiques et coutumes juives, comme la brit milah et la Cacherout sont sous pression, notamment, dans les pays nordiques et ailleurs. Depuis cette époque, l’EJA agit pour que toutes les associations juives puissent partager leurs points de vue, idées et développent le travail en réseau, pour l’amélioration et le bénéfice de tous. L’idée majeure est de peser par l’activation de réseaux, le nombre et l’influence, auprès des divers organismes de l’Union Européenne, afin de renforcer sa compréhension et sa relation, parfois houleuse (ex : marquage des produits de Judée-Samarie, etc), à Israël.

b) La lutte passe par les médias officiels et réseaux sociaux

Il est aussi vivement question de travailler pour une meilleure couverture médiatique du “conflit” et de montrer qu’il n’est pas seul à importer dans cette région, grâce à la branche de relations avec les médias, Europe Israel Press Association (EIPA)/ Public Affairs, que codirige Joseph Lempkowicz et qui a invité régulièrement 298 journalistes, 334 députés, responsables et membres des équipes de l’U.E. Ce volet, animé par David Khalfa, chercheur associé du think tank IPSE, (Institut prospective et sécurité en Europe) occupera la dernière partie des panels, mardi 7.  

Joseph Lempkowicz, qui milite, entre autres, pour une presse juive indépendante

Des dirigeants de communautés et d’organisations juives, des militants de groupes de défense pro-Israéliens se sont rencontrés lors d’un des plus vastes rassemblements des Juifs d’Europe, auquel assistaient aussi des hommes politiques européens importants, disposant de postes dans des ministères et de sièges au parlement, des Députés, des ambassadeurs, l’Envoyée Spéciale et Coordinatrice de la lutte contre l’Antisémitisme, Mme Katharina Von Schnurbein, ainsi que le Directeur Général du Ministère israélien de Jérusalem et du Patrimoine, qui se sont adressés à plus de 200 participants d’Europe et d’Israël.

L’Envoyée Spéciale et Coordinatrice de la lutte contre l’Antisémitisme, au sien de l’U.E, Mme Katharina Von Schnurbein

En inaugurant la conférence, le Rabbin Menachem Margolin, fondateur et Président de l’EJA, un regroupement coordinateur de plusieurs organisations juives, a déclaré :

Voir et entendre autant de Juifs se rassembler en cette période cruciale me remplit d’un mélange d’espoir et d’inquiétude. J’ai convoqué cette conférence de façon à ce que les Juifs à travers tout le continent puissent discuter ouvertement de leurs inquiétudes, quant à l’avenir des Juifs d’Europe. L’Europe se trouve à un carrefour politique et va, probablement, se polariser de plus en plus à l’écart des partis centristes après les élections de 2019, les enjeux n’ont jamais été aussi élevés“.

c) Israël et Diaspora garants l’un sur l’autre pour un bénéfice mutuel dans la lutte

Le Rabbin Margolin a insisté  pour affirmer que : “Israël est la seule assurance-vie pour les Juifs à travers le monde. Jérusalem incarne la liberté de religion. L’Europe devrait prendre Jérusalem comme modèle”, déplorant que certains hommes politiques aient refusé d’assister à la conférence parce qu’on osait y discuter de la question et du statut de Jérusalem.

L’ambassadeur Ran Yishaï, Directeur Général du Ministère de Jérusalem et du Patrimoine a été particulière éclairant et incisif autour des notions de souveraineté et de responsabilité de la ville sainte comme des territoires de Judée-Samarie et ce, depuis les premiers textes de la Conférence de San Remo, les seuls à avoir encore valeur juridique de nos jours. Le reste du “conflit” ne remonte qu’à l’occupation sans doit d’un envahisseur, la Jordanie, à l’Est de Jérusalem et au-delà, en Judée-Samarie, mais qui, en soi, ne remettait pas en cause les fondamentaux de cette souveraineté temporairement bafouée. Les résolutions suivantes, comme la résolution 242 sont rédigée dans le cadre du Chapitre VI des Nations-Unies, par conséquent non-contraignantes, appelant à des arrangements territoriaux à l’issue d’un conflit.

La conférence de mardi, justement intitulée : Conférence de la Journée de Jérusalem pour la Liberté de Culture et de Religion, a permis d’entendre plusieurs représentants juifs de divers pays européens souligner la situation particulière dans leurs pays respectifs, concernant la question de l’antisémitisme.

Alors qu’un délégué de Serbie, Danilo Medic, rappelant le passé sioniste de son pays, autour de la ville de Zemun, et de la personnalité translucide de Judah Ben Shlomo Hai Alkalai, a mentionné qu’il n’existe pas d’antisémitisme organisé dans son pays, Nina Tojzner, de la Fédération de la Jeunesse Juive de Suède a dévoilé un antisémitisme en pleine expansion , qui s’est recyclé en Antisionisme, en particulier à Malmö, où presque la totalité de la population a quitté la ville, quand ce n’est pas le pays lui-même. Quant à l’émergence, en moins de 5 ans, de partis populistes aux slogans parfois dangereux par amalgame, la réflexion doit être complétée pays par pays : le responsable communautaire italien expose le parcours en zig-zag de certains dirigeants comme Salvini, connu autrefois sous d’autres casquettes, comme celle du Parti Communiste. Lui et d’autres clament leur bonne foi par des concessions majeures, comme de se mettre en chemin pour reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, voire déplacer leur ambassade, à l’instar de Donald Trump. Beaucoup ressentent encore le Judaïsme comme une forme rampante de cosmopolitisme érodant de la nation et de sa représentation de soi.

Mais, comme l’a présenté le député juif autrichien Martin Engelberg le lendemain, de vrais leaders démocrates savent parfois être les meilleurs alliés des Juifs et sanctionner tout dérapage, comme le montre le parcours sans faute de Sebastian Kurtz. Engelberg nous fait savoir en instantané, que Binyamin Netanyahu se rendra bientôt à Vienne, pour redéfinir les objectifs de la lutte commune contre l’antisémitisme. Dans l’idéal et même s’il faudra continuer d’ouvrir les yeux sur les marges extrémistes de ces différents pays centraux et de l’Est, ne peut-on concevoir la renaissance de grands centres de la vie culturelle comme Vienne, Budapest et toute une constellation de villes, qui puissent se fédérer dans leur projet de développement et de coexistence? Sebastian Kurz dispose de toutes les qualités de leadership pour aider ses voisins immédiats, Orban ou Salvini, à éviter les dérapages antisémites et xénophobes, au-delà de la libre critique d’une religion à tendances invasives et des mouvements de masse incontrôlés.

Sacha Ghozlan, président de l’UEJF (Union des EtudiantsJuifs de France) a insisté sur la nécessité de mener des actions ciblées et diversifiées contre les palteformes des réseaux sociaux qui propagent les discours de haine, mais aussi le message de BDS, les théories de la Conspiration et les Fake-News (fausses nouvelles ou infomation “alternative”). “L’antisémitisme n’est pas uniquement le problème des Juifs, mais de la société toute entière”.

 

Une tribune toute particulière était accordée à la situation “très inquiétante” en Grande-Bretagne, où, comme l’a expliqué Gideon Falter, président de la campagne contre l’antisémitisme, beaucoup de Juifs envisagent de quitter le pays si le Travailliste Jeremy Corbyn est promu Premier Ministre. Flater a détaillé tout le processus de prise en ortage du parti et de montée en puissance de cet antisémitisme bon teint, masqué sous des apparences humanitaires mais totalement discriminant dans ses positions. Le député et commentateur présents ont reconnu une focalisation préalable sur le danger présent à l’extrême-droite, sans se soucier qu’un parti traditionnel comme celui de l’ex-Premier Ministre Tony Blair, puisse ainsi verser dans l’innommable, jour après jour et déclaration après discours.

La communauté juive, qui assistait à des phénomènes d’antisémitisme dans le reste de l’Europe, mais se pensait immune, jusqu’à l’avènement de Corbyn, “est très vulnérable et particulièrement inquiète”, a reconnu Gideon Falter. “Nous avons besoin de l’aide, de l’expérience et du soutien des autres communautés juives”. Il a souligné que le parti travailliste a refusé de condamner l’attentat de Pittsburgh, près à consentir à un crime nazi, “parce que cela reviendrait à condamner l’antisémitisme”.

Le député conservateur Matthew James Offord a déclaré que la situation au sein du parti Travailliste (Labour) ne pourrait pas survenir au sein de son propre parti : ” Corbyn dispose de nombreux disciples qui contrôlent le parti. Cette situation ne changera pas”, a ajouté David Maddox, rédacteur politique au Sunday Express.

 

Il y aura encore beaucoup à dire sur les débats et objectifs, le plan d’actions de ces deux journées, à l’issue desquelles ont été votées et promulguées les principales lignes rouges des communautés juives d’Europe, telles qu’elles sont en cours d’être transmises à tous les partis politiques européens :

La résolution finale qui a été adoptée, entre autres choses, appelle les dirigeants politiques à :

  • adopter officiellement la définition de l’antisémitisme mise au point par l’IHRA (contenant une condamnation claire des attitudes de discrimination antisionistes à visées antisémites, ou les 3D de Nathan Sharansky : Délégitimation, Double-standards, Diabolisation) en exigeant d’Israël un comportement qu’on “exigerait d’aucun autre état démocratique ou état tout court),
  • à soutenir la création d’un poste de commissaire ou d’envoyé spécial se consacrant à l’antisémitisme, à l’échelon national, dans leurs différents pays
  • A rejeter les activités de BDS, spécifiées comme “antisémites”
  • et s’engager pour la liberté des pratiques cultuelles, rituelles et des traditions juives (brit milah, abattage rituel et cacherout, dérogations accordées aux fêtes et shabbat…).

On ne pourra , sauf à vouloir être exhaustif, détailler en un seul article les nombreuses contributions, témoignages, préconisations d’actions échangées le deuxième jour, mercredi 7 novembre, par les membres de la Marche des Vivants, le Bnaï Brith Europe, Shimon Samuels du Centre Simon Wiesenthal et son expérience d’institutions négationnistes du passé juif, comme l’UNESCO, le Congrès Juif Euro-Asiatique, montrant à quel point la villecapitale d’Israël est un exemple d’exercice de la souveraineté tout en facilitant les pratiques religieuses des moindres congrégations présentes, en dépit de tous les débats européens continuels sur son statut légal.

#EJAconf2018 The picture was taken by Yoni Rykner
Le moment du vote, forgeant le consensus sur le document porteur des Lignes Rouges, envoyées à tous les partis politiques d’Europe et qui reflèteront la vision fondamentale des communautés juives d’Europe sur l’antisémitisme, comment et quand on doit traiter cette dérive à travers tout le continent.

Ces lignes rouges sont :

 

✓ Les partis politiques et leurs cercles dirigeants doivent contresigner complètement la définition de l’Antisémitisme promulguée par l’IHRA (Association Internationale pour la Mémoire de la Shoah)

✓ Tout pays européens doivent désigner un représentant Spécial (ou Commissaire) pour combattre l’antisémitisme, lorsqu’un tel poste n’existe pas déjà;

✓ Tous les partis politiques promettent d’exclure des partis de gouvernement ou les hommes politiques qui épousent l’antisémitisme comme défini par la définition de l’IHRA.

✓ Tous les partis politiques  voteront, en concordance avec leur règles respectives de procédures, des résolutions contraignantes qui rejettent les activités de BDS comme foncièrement antisémites.

✓ Tous les partis politiques devront soutenir par écrit dans les documents du parti leut soutien à la lberté de religion et la liberté de pratiques au niveau des Etats membres et aucniveau de l’Union Européenne.

#EJAconf2018

“Cette conférence pourrait bien être l’étape marquant d’une pierre blanche la continuité de la vie juive en Europe” a conclu le Rav Margolin.

 

Par Marc Brzustowski pour JForum.fr avec diverses sources